Kinderzimmer

Kinderzimmer, de Valentine Goby, fait partie des livres qui ont marqué la rentrée littéraire de l’automne 2013, et c’est à ce titre que je souhaitais le lire.

91159421Comme le dit fort justement Saxaoul, on ne peut pas « aimer » ce roman, parce qu’il décrit à l’état brut l’entreprise d’extermination des nazis dans le camp de Ravensbrück. Ce n’est pas un livre qui fait du bien, ce n’est pas un roman distrayant. C’est un roman coup de poing qui vient rappeler à notre société confortable, numérique, évidente, qu’il n’est pas besoin de se tourner beaucoup en arrière pour trouver l’horreur, la mort, l’exécution délibérée, planifiée et cynique de millions de personnes.

Kinderzimmer – la chambre d’enfants – est l’histoire de Mila, de son vrai nom Suzanne Langlois, arrêtée parce qu’elle faisait de la résistance et déportée au camp de Ravensbrück. La toute jeune femme découvre alors la réalité de la déportation : la violence des gardiens, la faim permanente, la crasse, la maladie, les parasites, l’absurdité des commandements, mais aussi la force d’âme – grâce à Téresa – et la solidarité. Parce qu’elle devine que la vérité pourrait la mettre en danger, Mila cache à ses bourreaux l’existence de l’enfant. Toute sa grossesse, elle la passe dans le secret. A vrai dire, ignorante, elle sait à peine comment grandit cet enfant dans son corps, et encore moins comment il va pouvoir en sortir.

Entre 1944 et 1945, la vie de Mila et de son enfant se résument à ce mot : tenir. Coûte que coûte, malgré les épidémies qui ravagent le camp, malgré la faim permanente, malgré la chambre à gaz, malgré la mort de sa cousine Lisette. Des épluchures de patate et des bouts de ficelle, l’haleine chaude d’une autre détenue, un morceau de charbon, voilà à quoi tient le fil ténu de sa vie. Mila comprend peu à peu qu’elle doit s’accrocher, pour elle, pour son enfant mais aussi pour dire. Pour témoigner. Pour que toutes ses compagnes de Block ne soient pas mortes en vain.

Une histoire évidemment marquante, très forte, qu’on lit les dents serrées. Je regrette un peu la fin trop rapide, qui ne fait qu’effleurer l’incrédulité de ceux qui n’avaient pas connu les camps, et leur réticence à savoir. Une fin qui pourrait donner l’illusion que tout rentre dans l’ordre alors que plus rien ne sera jamais pareil.

Kinderzimmer, Valentine Goby, Actes Sud.

Le billet de Noukette qui recense beaucoup d’autres avis.

44 réflexions sur « Kinderzimmer »

      1. Je n’avais même pas compris que Suzanne et Mila c’était la même personne. J’ai abandonné très vite, donc ne pas s’occuper de mon ressenti. Je suis parfois attachée à des détails idiots, pourquoi l’appeler Mila et non Marguerite ou Yvonne, tiens? Sinon, j’admets que changer de prénom est une façon de se distancier de cette histoire de son passé.

      2. @ Keisha : j’ai plutôt pensé à un nom de « résistante » moi, en fait… ça ne m’a pas dérangée. Tu ne devais pas être concentrée pour le lire car tu lis souvent des choses bien plus ardues. 🙂

  1. Tiens, le commentaire de Keisha est le premier que je vois un peu plus réservé .. je le lirai plus tard, en fait quand je me sentirai prête. (super ta nouvelle présentation).

  2. Moi aussi j’ai vu le changement, et c’est mieux ! Tiens, tiens, je note le premier commentaire négatif de Keisha à propos de ce bouquin, ça me rassure. J’avoue, le sujet me fait peur, et je fais un peu une overdose de billets dithyrambiques !! C’est grave, docteur ?

    1. @ Anne : merci! Comme toi, le sujet ne me tentait pas mais les différents billets ont fini par me convaincre et la vue du bouquin sur le présentoir de la médiathèque a parachevé le tout. Je l’ai lu en deux temps, besoin de faire une pause au milieu. Bon, si tu ne le lis pas, ce n’est pas grave. Tu ne seras pas bannie de la blogosphère… du moins, pas toute de suite! 😉

  3. Mais tu as refait la déco ! Je suppose que ta bannière est issue d’un de tes tableaux ? J’aime beaucoup.
    Sinon, Kinderzimmer fait aussi parti des quelques titres de la rentrée littéraire que j’avais repéré et qu’il faudra que je lise quand l’occasion se présentera.

  4. Tu as des lectures dures en ce moment mais je suis d’accord avec toi, la littérature c’est aussi (ou surtout) cela! Je ne vais pas dire le contraire moi qui me plains souvent que la littérature française soit déconnectée de la vie réelle! Malgré une fin décevante, le livre a l’air bien. Mais après la lecture de Semprun, je me demande si ça ne paraît pas plus faible ou en tout cas moins vrai? Je ne sais pas, je t’interroge?

    1. @ Claudia : j’ai lu Semprun il y a longtemps et je ne peux pas comparer. Ici, l’auteure s’est appuyée sur des témoignages de rescapés et ça sonne juste et vrai.

  5. Avec tous les avis positifs que j’ai lus je l’ai maintenant dans ma PAL, mais je vais attendre le bon moment pour me prendre un coup de poing comme tu dis.

  6. Pour être honnête, malgré tout le bien que j’en entends, je ne suis pas prête du tout à lire ce livre….ça viendra sûrement, mais franchement, c’est LE sujet qui me terrorise

  7. Enorme coup de coeur pour moi. Et aussi un peu déçue par la fin. Mais je pense que c’est voulu : le monde extérieur ne voulait pas savoir, il fallait donc revenir et se couler à nouveau dans le moule de la vie… et tenter d’oublier, de redevenir normal…

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