Cent ans

Cent ans. C’est  le temps qui sépare la narratrice de son aïeule Sara Suzanne.

C’est aussi la photographie d’un retable pour lequel Sara Suzanne a servi de modèle qui sert de prétexte à l’écriture des cahiers qui composent ce livre.

A travers ces cent ans, c’est le destin de plusieurs générations de femmes qu’Herbjorg Wassmo trace : Sara Suzanne, bien sûr et sa rencontre avec le pasteur Jensen, le peintre du retable, sa fille Elida qui sera placée dans une famille d’accueil, Hjordis qui vivra la guerre et Herbjorg, la petite dernière dont on devine qu’elle cherche à échapper à celui qui abuse d’elle.

Ce roman est une véritable épopée familiale qu’il faut lire absolument, un résumé l’affadirait par trop…

Ce que je retiendrais surtout de ce roman, c’est la manière dont l’auteur met en lumière la condition des femmes, leur totale soumission à la maternité qui les oblige, au fur et à mesure que les enfants naissent, avec une régularité de coucou suisse, à renoncer à leurs ambitions et à leurs rêves. Elles sentent, confusément, qu’elles seraient capables d’autre chose que d’accoucher, d’allaiter, de langer et de torcher mais la vie à l’époque, ne leur laisse pas le temps de s’appesantir sur ces idées trop modernes et contraires à la religion et à la bienséance.

Les hommes, leurs doutes et leurs ambitions, sont également très justement décrits. Fredrik ne supporte pas d’être amoindri par la maladie. Johannes culpabilise de céder sans cesse à ses pulsions sexuelles qui conduisent sa femme à enfanter presque tous les deux ans. Le pasteur Jensen, lui, a dû renoncer à ses ambitions d’artiste pour la sécurité que lui apporte sa position…

Extrait d’un dialogue entre Sara Suzanne et le pasteur Jensen qui résume bien le dilemme des personnages…

– Nous avons donc les mêmes pensées. Il y a beaucoup de choses que j’aurais aimé faire. Aimé vivre. J’aurais aimé peindre tant de tableaux… Et vous, que rêvez-vous de faire?

-Ce que je rêve? Je ne sais même pas qui je suis… quelle vie j’aurais voulu vivre, murmura-t-elle.

-Et moi, je ne sais pas jusqu’à quel point je vis vraiment. Parfois cela me semble être une trahison. Surtout envers moi-même.

– Vous auriez voulu peindre plutôt que prêcher?

– Je ne sais même pas si j’ai assez de talent. Si j’en avais eu, j’aurais probablement vaincu tous les obstacles. Et maintenant j’ignore si je regrette ma vie. En effet, comment pourrais-je regretter ma vie?

J’ai apprécié la lecture de ce livre même si j’ai mis du temps à me sentir vraiement « dedans ». Les allers-retours dans le temps ne sont pas ce que je préfère et j’ai parfois été perdue dans les noms des uns et des autres. Kathel a été enthousiaste à la lecture de ce roman. Clara en a fait un coup de cœur. Le ressenti de Marie se rapproche plus du mien…

Cent ans, Herbjorg Wassmo, Gaïa, 24 €

12 réflexions sur “ Cent ans ”

  1. Un très bon souvenir de lecture ! Je ne suis pas particulièrement attachée à mes livres, mais celui-ci, je suis contente de le revoir sur mes étagères !

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