Le quai de Ouistreham

Du livre de Florence Aubenas, on a déjà beaucoup parlé et même lu des extraits, dans les journaux, ici et là. Pendant, quelques mois, la journaliste est partie chercher, anonymement, du travail du côté de Caen. Après s’être forgé un CV à trous (femme, la cinquantaine, n’ayant pas travaillé pendant dix ans, avec juste son baccalauréat en poche…), elle s’est mise en chasse. D’abord auprès des entreprises d’intérmim qui l’ont brutalement éconduite – « Vous êtes plutôt le fond de la casserole, Madame » – puis après de Pole Emploi – ce prestataire de services qui ne manque pas de rappeler à ses clients qu’à tout moment, ils peuvent être radiés s’ils ne respectent pas leurs devoirs… Là, guidée, orientée, conseillée, elle a suivi un stage et fini par trouver quelques heures de ménage. A bord d’un ferry, dans les bungalows d’un camping, etc…

Si Florence Aubenas, dans ce livre, lève le voile sur la précarité – notamment féminine – et son vécu au quotidien, elle donne surtout à voir l’extrême violence du monde du travail aujourd’hui. A tel point qu’un petit tour dans la jungle, à côté, c’est le Club Med. Des femmes prises, jetées, exploitées, obligées de faire trois heures de trajet pour une heure de travail, dont on ne paye jamais les heures supplémentaires, qu’on fait trimer à la schlague… Evidemment, pas question de se syndiquer ou même de protester, on sait qu’il y en a dix, vingt, cinquante qui attendent de prendre la place. Des robots seraient mieux traités… parce qu’on leur concéderait une valeur. Là, ce qu’on voit, c’est le début d’un retour à la barbarie. L’humain réduit à sa fonction productive, objet qu’on classe en « utile » ou « inutile », et qu’on jette alors sans scrupules, sans de demander ce que cette femme, cet homme va bien pouvoir faire pour survivre… Ceci ne nous regarde pas, diraient les Inconnus…

Eh bien, justement, Florence Aubenas oblige à regarder ce que devient la société française. Un constat terrible mais qui n’est que la partie émergée de l’iceberg. Quoi qu’aient pu en dire les uns et les autres, il faut saluer le courage de cette femme qui a, du journalisme une haute conception, contrairement à nombre de ses confrères qui ne pensent qu’à jouer des coudes pour entrer dans la cour des grands. Qui d’autre aurait eu le cran de faire ça?

Merci à Isabelle, qui m’a prêté ce livre… Désolée d’avoir mis si longtemps à le lire!

Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas, Editions de l’Olivier, 19€

L’avis de : Bookomaton, Ladies Room

16 réflexions sur « Le quai de Ouistreham »

  1. Il est dans ma PAL, j’attends le bon moment pour le lire, je crains un peu que çà me rappelle trop le travail (j’étais dans les services sociaux, je ne vais pas apprendre grand chose …). Mais quelle femme ! Je l’ai vue et écoutée au salon du livre à Paris, c’est quelque chose !

  2. J’ai aimé ce reportage !
    Ce qui m’a également beaucoup choquée, c’est le mépris croissant dans notre société pour les précaires et pour certaines professions. Même les syndicats méprisent les caissières et femmes de ménage. Quelle honte !

  3. Bonjour ! Joli coin, belles lectures à découvrir ici ! J’ai été très touchée par le livre de Florence Aubenas, par sa profonde humanité. Je suis en train de terminer « vivement l’avenir » de Marie-Sabine Roger, c’est presque la version romancée du Quai de Ouistreham, que j’ai lu avant de créer mon blog. J’en parlerai dans mon billet. Je te mets dans mes favoris !

    1. @ Anne : j’ai le livre de MS Roger mais pas encore lu. On voudrait plus de livre comme celui de F Aubenas… qui sait, ça finirait peut-être pas dessiller ceux qui nous « gouvernent »…

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