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La lettre à Helga

Photo du 33403861-02- à 09En Islande, dans le petit village de Kolkustadir, le vieux Bjarni sent que la fin de sa vie arrive. Il ne veut pas quitter ce monde sans répondre à la  lettre que lui envoya un jour Helga, la seule femme qu’il ait jamais aimée.

Prenant la plume, il passe en revue sa vie et ses souvenirs : son métier de contrôleur de fourrage, l’importance de son élevage de moutons, la stérilité de sa femme et la douleur de celle-ci à l’idée de n’avoir jamais d’enfant, et enfin son attirance pour Helga, la femme de la ferme d’à-côté, si épanouie et vivante. Lire la suite La lettre à Helga

Le peintre d’éventail

Il faudra qu’un jour les scientifiques se penchent sur l’effet que peut avoir une belle couverture de livre sur un amoureux de la lecture…

P1040145Car après avoir lâché en cours de route Géométrie d’un rêve, je n’avais pas spécialement envie, là, tout de suite, d’un livre d’Hubert Haddad. Mais c’était sans compter sans cette couverture superbe, tentatrice, qui m’a happé le regard, forçant ma main à se tendre et à se saisir de l’ouvrage…

Le peintre, c’est Matabei Reien, un homme qui a fui la ville à la suite d’un accident de voiture où une jeune fille a perdu la vie et qui s’est réfugié dans la contrée d’Atora, d’où celle-ci était originaire. Il s’installe dans la pension de Dame Hison, une ancienne courtisane. Là, il fait connaissance avec les autres pensionnaires ainsi qu’avec Osaki Tanako, un peintre d’éventails.

Matabei s’attache au vieil homme et au jardin magnifique que ce dernier entretient. Une complicité nait entre eux et Matabei devient alors, sans vraiment l’avoir voulu, son disciple. Plus tard, il aura à son tour un apprenti en la personne de Hi-Han, le narrateur de cette histoire.

Dans le cadre idéal de ce jardin dont les couleurs changent au fil des saisons, l’amour va et vient. Les hommes et les femmes s’aiment ou se déchirent. Les esprits sont partout et le temps semble suspendu.

Je n’en dis pas plus. C’est un livre magnifique. Hubert Haddad a su merveilleusement transcrire ce Japon millénaire et son âme. Comme le peintre d’éventail, il le fait avec grâce et simplicité. Les mots, précis, ajustés, longuement polis, font surgir les perspectives du jardin et des âmes de ceux qui y vivent. Il y a tant de passages superbes qu’il est impossible de tous les citer.

Le ciel peu à peu s’éclaircit ; du brouillard ne persistait plus qu’un nimbe entre le soleil et les contours bleutés du lac. Ce jour d’automne était d’une insolite douceur après les pluies de tempête. Une quiétude un peu irréelle émanait du rapprochement fondu des perspectives coulissant comme de fins décors de théâtre. Par contraste, gigantesque, le volcan éteint pivotait avec lenteur et solennité autour de la barque minuscule. Les rives les plus reculées échappaient à son ombre, du côté des plantations de théiers. Sur fond de rochers et de lianes, à l’abri d’un grand cèdre, une pagode à deux niveaux se dédoublait elle aussi, dans ces eaux profondes qui selon l’orientation, viraient du noir anthracite au vif argent.

Mais là où tout n’est que calme et volupté, peut aussi surgir l’imprévu ou le drame. La nature patiemment maîtrisée se rebelle parfois et c’est alors le chaos qui prend la place de l’harmonie. Les productions humaines, si délicates fussent-elles, sont alors bien fragiles et dérisoires. Cependant, il est du devoir des hommes, d’un homme, de les sauver pour que subsiste, malgré la mort et la désolation, l’esprit du sublime Japon…

La vie est un chemin de rosée dont la mémoire se perd, comme un rêve de jardin. Mais le jardin renaîtra, un matin de printemps, c’est bien la seule chose qui importe. Il s’épanouira dans une palpitation insensée d’éventails.

Le peintre d’éventail, Hubert Haddad, Zulma. 

L’avis de Jérôme.

 

Portrait(s) de la femme à l’enfant

Le hasard a voulu que je lise à la suite deux romans dont les sujets étaient très proches. Que ce soit dans L’arbre aux haricots ou dans L’Embellie en effet, le récit tourne autour d’une jeune femme à qui un enfant est confié, soit par une inconnue soit par une amie. Mais si le sujet rapproche ces deux livres, leur traitement est bien évidemment différent et mon avis va de l’enthousiasme à la déception…

Dans L’Arbre aux haricots, le lecteur suit les pas de Taylor Greer. Presque une jeune fille encore lorsqu’elle décide de quitter son Kentucky natal pour ne pas finir comme ses congénères, mariée à un imbécile et mère d’une tripotée de morveux. Ses économies lui servent à acheter une vieille Cox et à tracer la route. Mais alors qu’elle traverse l’Oklahoma, une femme indienne lui confie un bébé dans un couverture. Taylor poursuit donc son voyage avec cette petite fille et finit par arriver en Arizona. Là, sans plus aucune ressource, elle va se faire deux amies, découvrir un métier ainsi que la dure réalité des réfugiés des pays limitrophes. Et envisager de bâtir ce qui ressemble de loin plutôt que de près à une famille…

C’est un roman plein de punch qui se lit tout seul. Taylor est très attachante et la petite Turtle également. Pleine d’interrogations mais dotée d’un sacré caractère, Taylor avance dans la vie comme une boule d’énergie jusqu’à ce qu’une réalité qu’elle n’avait jamais envisagée la rattrape. Comme cela arrive souvent aux fonceurs, elle se trouve alors plongée dans un doute qui l’anesthésie complètement mais ses amies veillent… Tendre sans être mièvre, porté par un style énergique, L’arbre aux haricots fait partie des bonnes lectures qu’on a envie de recommander à ses amis.

Dans L’Embellie, l’histoire est un peu différente. L’héroïne, récemment séparée de son mari, accepte de prendre en charge Tumi, le fils de sa meilleure amie hospitalisée. Un petit garçon qui voit mal et a des problèmes d’audition mais qui va la suivre avec toute l’innocence de ses quatre ans dans son périple autour de l’Islande en plein mois de novembre. On retrouve dans ce roman la fantaisie d’Audur Ava Olafsodottir qui nous avait enchantés dans Rosa Candida mais contrairement à son premier roman traduit, j’ai trouvé qu’ici l’auteur était brouillonne. L’histoire part dans toutes les directions. Les personnages et les rencontres se multiplient et le récit qui se déroule en parallèle ne suffit pas à maintenir l’attention. Du moins, pas la mienne…

J’ai trouvé que l’ensemble mettait du temps à démarrer et le point final m’a cueillie alors que je commençais à peine à entrer dans l’histoire. Une déception donc pour moi que cette Embellie que j’ai supposée écrite avant Rosa Candida. Bingo! Elle date de 2004 et Rosa, de 2007… Entre-temps, l’auteur a travaillé son swing, d’où sans doute ce décalage, comme si une histoire était, sur le fond, l’esquisse moins travaillée de l’autre…

Dommage pour moi mais je pense que vous serez nombreux à apprécier ce roman. Cathulu en a fait un « énorme coup de cœur de cette rentrée littéraire ».

L’arbre aux haricots, Barbara Kingsolver, éditions Rivages, qui m’a été recommandé par Théoma

L’embellie, Audur Ava Olafsdottir, Zulma

Le dessin d’illustration est bien évidemment une œuvre de Modigliani.

Little Big Bang

Un père israélien, trouvant sa bedaine un peu trop prononcée, décide un jour de se lancer dans un régime. Suivant les avis des uns, les conseils des autres, il teste sans succès de nombreuses méthodes.

Il commença donc par suivre un régime extrême, à base de lait et des pommes, qui autorise la consommation de vingt pommes par jour, jusqu’à cinq verres de lait et de l’eau à volonté. Le souci avec ce régime fut que Papa se mit à avoir l’impression d’être lui-même une pomme, ce qui n’est pas une sensation extraordinaire. […] Il passa ensuite à une formule à base de carotte, chaudement recommandée par de nombreuses personnes. Mais en peu de jours, sa peau prit une étrange couleur, à mi-chemin entre l’orangé et le jaune foncé. Effrayée, Maman décida de lui faire suivre une diète à base de pop-corn dont on lui avait dit monts et merveilles, parce que c’était un régime à la fois plaisant et amaigrissant et qui s’accordait bien avec les sorties au cinéma.

Vous l’avez compris : racontée à hauteur d’enfant, cette histoire est une fable pleine d’humour. Mais le propos de l’auteur n’est pas de fustiger les charlatans « qui abusent des gros ». Même si le père fait les frais de ceux-ci. Après quelques tentatives infructueuses, il se lance, sur les conseils d’une « spécialiste » dans un régime à base d’olives. Un jour, un noyau reste coincé dans sa gorge et quelque temps après, une petite pousse d’olivier commence à sortir de son oreille. Le noyau s’est enraciné dans le corps de l’homme et lui pousse à travers la tête. Le fait que cet arbre soit un olivier n’est pas innocent : symbole de paix, il permet à l’auteur, Benny Barbash d’évoquer avec humour et dérision la situation des territoires palestiniens et l’attitude de l’Etat d’Israël face à ses archaïsmes et ses contradictions.

On sourit beaucoup en lisant ce livre – la consultation chez le médecin, les repas de famille, la visite du spécialiste des oliviers en territoire arabe, sont autant d’occasions de faire passer quelques messages bien sentis. Ce conte, plein de verve, plairait sans doute à Frédéric Lefèvre car on y sent l’esprit de Voltaire (du fameux Zadig &…) en raison de cette manière bien particulière de « cultiver la satire » sous le couvert d’une histoire invraisemblable.

Un dernier extrait pour vous faire sentir l’esprit du livre sans rien dévoiler de l’histoire.

Alors que sa femme s’inquiète des silences de plus en plus nombreux lors de ses séances de thérapie, son mari répond :

Il n’est pas étonnant que vous ayez épuisé tous les sujets de conversation au bout de 248 séances! De quoi peut-on bien papoter après 12 400 minutes de conversation, pratiquement 207 heures? demanda Papa, en secouant la feuille. Avec qui as-tu parlé 207 heures dans ta vie?

– Certainement avec toi, non?

– Enfin, Smadar, lança Papa sur un ton méprisant, fais le calcul toi-même. Nous parlons peut-être en tout et pour tout deux minutes par jour, et crois-moi, c’est deux fois plus qu’un couple moyen.

– Rien que maintenant, nous parlons davantage.

– Parce que nous parlons du temps que nous passons à parler et que les discussions sur le temps passé à parler prennent toujours plus de temps que les discussions elles-mêmes. Pense à tous ces jours au cours desquels nous ne nous disons rien, ou lorsque nous nous contentons d’un bref compte-rendu  sur ce qui s’est produit, ou sur ce qui doit se produire, du genre : Tu as payé la taxe foncière? Tu as appelé un réparateur pour la machine à laver?

– C’est vraiment odieux, ce que tu me racontes là, déclara Maman après un instant de réflexion.

– C’est bien pour cela que tu vas chez la psy, non?

L’avis de Leiloona

Little Big Bang, Benny Barbash, Zulma, 17€50, disponible à la médiathèque de DZ