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Les ailes de la Sylphide

Lucie est une prometteuse ballerine au conservatoire de Lyon. Lorsque son école décide de monter le ballet de La Sylphide, elle est sur les rangs pour obtenir le rôle-titre. Elle est sélectionnée pour  le rôle de ses rêves et sa joie est sans nuage, jusqu’à ce qu’elle découvre deux étranges proéminences dans son dos. Peu à peu, l’univers de Lucie semble se détraquer. La forêt, autour de la maison de ses parents, recèle d’étranges créatures qui cherchent à l’attirer dans leur monde.

Encore une fois, Pascale Maret explore de nouveaux territoires littéraires et nous emmène là où on ne l’attendait pas. Les ailes de la Sylphide est un roman fantastique, presque un conte, qui balade le lecteur entre phénomènes surnarturels et explications rationnelles. Pour l’auteure, la ballerine romantique, en tutu, presque libérée de la pesanteur grâce à ses pointes, est la créature fantastique par excellence. D’où le choix de cette héroïne qui use de son corps comme d’un instrument, jusqu’à ce que la belle machinerie se dérègle.

Ailes

Pascale Maret mêle avec beaucoup d’habileté les images du ballet classique à d’autres, beaucoup plus contemporaines. De la même manière qu’elle oppose la lumière à l’ombre, la fuite dans le rêve aux arêtes tranchantes de la réalité.

C’est un roman d’une grande richesse. Difficile d’en dire plus car il faut préserver sa part de mystère, que n’est dévoilée qu’à la toute fin. Gageons qu’il déclenchera chez celles et ceux qui le liront des discussions passionnées…

Les ailes de la Sylphide, Pascale Maret, Thierry Magnier

Mon autre billet sur les romans de l’auteure.

Deux fois Pascale Maret…

Est-ce le fruit du hasard ou bien un tour joué par mon inconscient? Ces dernières semaines, j’ai lu coup sur coup deux romans jeunesse de Pascale Maret. J’ai envie de dire : j’aime bien Pascale Maret. C’est un peu idiot, en même temps, parce que je ne la connais pas du tout. J’ai simplement lu trois de ses romans et consulté le site où elle évoque son parcours, ses différents écrits ainsi que les rencontres avec les élèves et autres salons qui jalonnent son parcours obligé d’auteure. J’apprécie sa manière naturelle et simple de parler de tout cela. Et j’aime beaucoup cette confession :

J’écris à la main, dans un grand cahier, car j’aime le glissement du stylo plume sur le papier et le côté « travail manuel » de l’écriture.

harrison-3-20667La véritable histoire d’Harrison Travis est basée sur un fait réel. Alors qu’elle était en voyage, Pascale Maret tombe sur un article dans Time au sujet d’un jeune homme en cavale. Aussitôt, ça fait tilt. L’auteure s’empare de cette histoire rocambolesque et donne voix à Harrison Travis. C’est une jeune américain qui vit dans un trailer avec sa mère alcoolique et négligente. Il n’aime pas vraiment l’école alors un jour, il décide d’arrêter et part vivre tout seul, dans les bois. Il vit de menus larcins, s’installe dans les villas balnéaires inoccupées pendant une grande partie de l’année. Peu à peu, à force d’être en marge de la loi, il se fait repérer par le shérif local auquel il cherche à échapper. Et puis il y a les avions. Depuis son plus jeune âge, Harry est fasciné par les trainées blanches qui quadrillent le ciel, par ces oiseaux de fer, de bois et de toile qui déposent les riches vacanciers sur l’île.

Les premières pages à peine entamées, j’ai été captivée par le récit d’Harry. Derrière la vivacité, la débrouillardise du jeune garçon, on sent poindre la sensibilité, le besoin d’amour. Cependant, malgré un mauvais départ, Harry ne rejette jamais la responsabilité de ses actes sur les autres. Ni victime, ni héros, il tatônne, trébuche mais ne renonce pas à trouver, un jour, SA liberté. Un bon livre jeunesse que je recommande!

Pour la petite histoire, Elise Fontenaille s’est emparée du même fait divers mais l’a traité autrement dans Le garçon qui volait des avions. 

A vos risques et périls surfe avec avec un humour distancié sur la vague de la télé-réalité. Cobayes d’un A_vos_risques_5cm-0f816nouveau concept, six adolescents sont déposés sur une île déserte, livrés à eux-mêmes et tenus de s’entraider lors des épreuves s’ils veulent toucher l’argent promis. Cependant, très vite, rien ne va se dérouler comme prévu. Les stratégies de com’ des uns, les désirs de dépassement des autres sont bouleversés par un évènement inattendu. Car l’île déserte ne l’est pas et la politique va bientôt balayer le divertissement…

Donnant voix tour à tour à chacun des personnages, Pascale Maret s’amuse des conventions de ce genre d’émission. On sourit. Et puis l’histoire prend un virage imprévu et ce qui n’était, au départ, qu’un avatar de la société de divertissement devient une véritable épreuve qui bouleversera la vie de chacun des adolescents et les mènera sur la voie de la maturité. Seul petit bémol : les personnages paraissent parfois un peu caricaturaux. Mais c’est la télé qui veut ça, non? 😉

Un livre qui peut servir de base pour une intéressante discussion, avec vos enfants, sur la télé-réalité. Et la couverture ira parfaitement avec le turquoise de leur serviette de plage…

Le site de l’auteure

Le rose et le noir

Avec un titre pareil, on pourrait croire que je vais parler de films canaillous ou de lingerie olé-olé… Eh bien non, tout faux, je vais parler de livres pour la jeunesse. Ah ah!

Pour la catégorie Rose, mais alors vraiment vraiment rose, il s’agit du Journal d’Aurélie Laflamme. Ce premier tome, d’une série qui compte déjà huit volumes et fait l’objet d’une adaptation cinématographique, est écrit par India Desjardins, une auteure québécoise. Aurélie Laflamme, quatorze ans, tient régulièrement un journal où elle consigne ses petits tracas quotidiens, les relations avec sa mère, les fous-rires partagés avec sa meilleure amie Kat et ses interrogations sur le lieu où se trouve désormais son père, mort quand elle était plus jeune… C’est frais, léger mais pas trop non plus, pas gnan-gnan et j’ai bien ri à la lecture de certains passages. Malgré tout, je suis restée un peu sur ma faim au niveau du style. J’ai trouvé ça un peu plan-plan parfois, j’aurais aimé plus de punch…

Lucie est fan!

Pour la catégorie Noir, j’ai lu, le temps d’une petite insomnie, Frères de Sang de Mikaël Olivier. Martin mène une vie tranquille et relativement protégée avec ses parents et son frère Brice dans la banlieue parisienne. Jusqu’au soir où la police débarque dans la maison, embarque Brice, le frère, dix-neuf ans, en l’accusant de pas moins de cinq meurtres! Les preuves sont accablantes, la détermination des parents à croire leur enfant innocent vacille. Seul Martin est persuadé que Brice n’a rien fait et décide de le sortir de là. Un roman qui captive d’emblée et décrit avec beaucoup de réalisme et de crédibilité la manière dont les parents, l’entourage et Martin vivent ce bouleversement. L’adulte que je suis a été un peu déçue par la rapidité de l’enquête et du dénouement de cette affaire mais je pense que c’est dû au format « ados », pour lesquels il est parfaitement adapté. C’est ma seule réserve sur ce livre vraiment prenant et bien écrit. Un thriller à lire et à prêter – peut-être… – à vos enfants, surtout s’ils ne sont pas sages… Hin, hin, hin (rire diabolique…)..

La page de l’auteur à propos de ce livre.

Le journal d’Aurélie Laflamme, India Desjardins, Michel Lafon, 13,95€

Frères de sang, Mikaël Ollivier, Editions Thierry Magnier, 7,80 €

La théorie de la relativité*

Je vous rassure tout de suite : c’est bien d’un livre qu’il s’agit et non de la célèbre théorie d’Einstein…

Le jeune Dylan a toujours connu une vie chaotique. Sa mère, qui l’a eu très jeune, n’a cessé de changer de partenaire, pour le meilleur et pour le pire, déménageant quand il devenait trop urgent de payer le loyer. Très tôt il a pris l’habitude de s’occuper des ses deux jeunes frères et de composer avec cette vie instable, les seuls moments de bonheur étant ceux qu’il a passés auprès de ses grands-parents, dans leur ferme, à la campagne. Lire la suite La théorie de la relativité*

Une île trop loin

En 1939, deux petites filles débarquent sur une île essentiellement peuplée de pêcheurs et de leurs familles, en Suède. Steffi (douze ans) et Nelli (sept ans) sont sœurs et juives. Leurs parents, voyant la tournure que prennent les évènement à Vienne, ont préféré les confier à un comité qui se charge de trouver des familles d’accueil aux enfants réfugiés. C’est pour elles, à la fois un déchirement et une nouvelle vie qui commence. 

Nelli est placée dans une famille où elle fait connaissance d’autres enfants de son âge. Tante Alma est une femme maternelle et généreuse qui lui prodigue l’attention et la tendresse dont elle a désespérément besoin. Très vite, Nelli s’adapte au point d’en oublier sa langue maternelle…

Pour Steffi, l’aînée, les choses ne sont pas aussi faciles. Elle arrive chez Tante Marta, une femme austère, très croyante qui ne dévoile que très rarement ses émotions. Heureusement, son mari est plus amical et plus doux. De plus, les parents de Steffi l’ont chargée de veiller sur sa sœur et c’est une lourde responsabilité. Steffi apprend peu à peu à faire face, à cacher ses émotions pour ne pas effrayer sa sœur ni causer de chagrin à ses parents, restés à Vienne et dont les conditions de vie se dégradent rapidement…

Comment se faire accepter dans une communauté quand on est différent? Comment survivre à l’éloignement de ceux que l’on chérit plus que tout? Comment grandir quand l’adversité semble permanente? Comment surmonter les ravages de cette gueurre qui n’en finit pas? Steffi vit douloureusement les premiers mois sur cette île hostile, presque coupée du monde. Elle a perdu non seulement ses parents mais aussi son grand appartement, la facilité d’une vie citadine, ses amies, son milieu et sa culture. Le désespoir n’est pas loin. Cependant, elle puise en elle l’énergie nécessaire pour aller de l’avant. Elle apprend la langue, se fait quelques amies et peu à peu parvient à établir des relations de confiance avec Marta qui se révèle solide et fiable.

Ce premier roman est suivi de trois autres : L’étang aux nénuphars, Les profondeurs de la mer et Vers le large.

Je ne saurais trop vous en recommander la lecture. Oui, vous avez bien lu, quatre romans à ajouter d’un coup sur votre liste… Je sais, c’est abominable… 😉

Encore une fois, ces romans font partie du secteur jeunesse et ils sont PASSIONNANTS. On suit avec émotion le parcours de Steffi (dans une moindre mesure celui de Nelli), cette jeune fille courageuse et perdue, qui essaie de faire face, de grandir sans chagriner personne et de trouver sa voie… Le contexte historique est évoqué avec subtilité. On n’est pas dans l’Allemagne hitlérienne et ce qui s’y passe n’arrive aux oreilles des fillettes que feutré, filtré par la sagesse des parents ou rogné par la censure.

Les positions des suédois – depuis ceux qui sont fascinés par Hitler jusqu’à ceux qui le rejettent farouchement en passant par une majorité silencieuse, prête à tout pour maintenir la paix, fût-ce au prix de quelques compromissions… – est bien rendue et le lecteur se rend compte de la complexité de cette période. Dans ce monde hostile, Steffi rencontre quelques belles personnalités, qui deviendront des ami(e)s et qui sauront l’aider dans la mesure de leurs moyens… Elle fait aussi partie d’une nouvelle génération de femmes : celles qui par choix ou par nécessité pourront enfin décider de leur vie…

Violette, qui ne se sent pourtant que peu d’affinités avec la littérature jeunesse, a, elle aussi, été enchantée par cette histoire.

Une île trop loin, Annika Thor, Editions Thierry Magnier.

Notre petite vie cernée de rêves

Le titre de ce livre jeunesse doit avoir un effet magique car il m’a suffi de le lire pour décider de l’emprunter, sans même connaître l’auteur ou le résumé. C’est ça le plaisir de la lecture aussi parfois : aller au devant de la surprise, qu’elle soit bonne ou non.

L’histoire se passe dans l’Amérique des années 60. La société de consommation en est à ses premiers balbutiements. La mère d’Albert se bat toute la journée durant avec des machines qui n’en finissent pas de casser, de se bloquer, de tomber en panne. Elle rêve d’un mari dynamique et performant, gagnant suffisamment bien sa vie pour vivre à Beverly Hills. Mais le père d’Albert n’est qu’un courtier en assurances qui soigne son spleen d’homme moderne et de mari frustré à coups de Martinis. Coincé au milieu, Albert ne va guère mieux que ses parents. Passionné de lecture et de jardinage, il n’a rien du mec cool qu’il rêverait d’être. Il ne peut même pas briller en sport, où il est nul… Ni Richie, ni Fonzie, il est le type qui rase les murs pour éviter de se faire remarquer et moquer…

Un soir, il fait la connaissance d’un voisine, Orpha Woodfin. Octogénaire à l’œil pétillant et à l’esprit vif, Madame Woodfin vit dans une maison délabrée, posée au milieu d’un jardin sauvage et rempli de détritus. D’abord méfiant, le jeune Albert succombe vite au charme de la vieille dame qui s’adresse à lui comme à un adulte – lui donnant du Monsieur Scully -, partage avec lui son goût pour la littérature et lui raconte sa vie d’ancienne actrice prodige. Ensemble, ils citent Thoreau et Shakespeare… Au contact de Madame Woodfin, Albert comprend qu’être différent n’est pas forcément un handicap. Au contraire.

Ce roman initiatique a un style particulier – un peu daté peut-être – mais il se laisse lire avec bonhommie. La vieille madame Woodfin est attachante avec sa manière de prendre  la vie du bon côté. Quant à Albert, il symbolise parfaitement cet entre-deux qu’est l’adolescence. Le message final – Tout est possible, il suffit d’y croire – est très « américain » et dans la France sarkozyenne, où l’on frise l’overdose de slogans creux, ça coince un peu mais cela n’enlève rien au charme un peu farfelu de ce petit roman…

Notre petite vie cernée de rêves, Barbara Wersba, Thierry Magnier éditions.

Les avis de Leiloona (-) et de Gawou (+) pour faire bonne mesure…

Point de côté

I’m in love with Anne… Bon, relativisons, pour le moment cet amour est unilatéral et il n’a pour objet que les livres écrits par l’auteur. C’est sans doute pour cela qu’il est avouable… Mon entrée en matière est un peu violente, je sais mais comment dire, sinon avec un peu d’excès, à quel point on a été touché par un livre, une histoire, un personnage? Et quiconque lit les premières lignes de Point de côté ne peut être que remué par cet adolescent à qui la vie fait la grimace.

Pierre, le héros de cette histoire, qu’on retrouve ensuite dans Bonheur Fantôme (billet prévu demain), a dix-sept ans. Et parfois, on est trop sérieux, à cet âge-là. On ne peut pas faire autrement parce que la vie, cette chienne de vie, vous a déjà joué quelques mauvais tours dont elle seule a le secret. Comme celui de faucher en pleine jeunesse un frère jumeau et aimé, dans un accident de voiture cauchemardesque. Transformant ainsi, du même coup, votre mère en zombie et votre père en forteresse imprenable. Comment vivre après un tel coup du sort? C’est presque impossible. Alors Pierre décide de mourir. C’est aussi simple que cela. Il veut terrasser son corps qui a l’outrecuidance de déborder de vie alors que d’autres dorment à jamais sous terre…

Je n’en dis pas plus. Il faut découvrir ce roman qui évoque si justement les tourments de l’adolescence, de la jeunesse, de la perte et de l’amour… J’ai vraiment été bouleversée par le personnage de Pierre, qui cache sous des traits ironiques, les crevasses de son cœur et qui se laisse, malgré tout, cueillir par la vie alors qu’il avait décidé d’en finir. C’est un roman nerveux, qui sonne juste, où la musique jaillit alors que tout semblait perdu…

Anne Percin est une auteure à découvrir et à suivre. Absolument.

Point de côté, Anne Percin, Editions Thierry Magnier, 8€