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Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste!

Gaëlle Pingault est saxophoniste. Non, je veux dire, elle est orthophoniste. Je crois que je vais avoir besoin de la consulter, si des mots farfelus viennent remplacer ceux que j’avais choisis initialement (enfin là, ça relève plus de la fixation pure et simple que d’un trouble du langage)… Mais elle est aussi écrivain et elle a déjà publié deux recueils de nouvelles.

Ce nouvel opus est à mi-chemin entre le recueil et le catalogue des situations dans lesquelles on peut avoir besoin de faire appel à un orthophoniste, ce spécialiste qui « dépiste, évalue, diagnostique et traite les troubles de la voix, de la parole, du langage oral et écrit dans son expression et compréhension…« .

Derrière la variété des cas (de l’autiste à la victime d’un accident vasculaire cérébral en passant par le bégaiement, la surdité, les troubles de la déglutition, etc), on devine une praticienne passionnée par son métier et qui a envie de le faire connaître dans toutes la diversité des situations rencontrées. Chaque « cas » est entrecoupé par l’histoire de Laure, une jeune femme victime de harcèlement moral, qui essaie tant bien que mal de se reconstruire…

Est-ce que la désignation « recueil de nouvelles » est vraiment appropriée? Chaque situation est esquissée en quelques traits rapides, un peu trop rapides pour moi. Après quelques jours, il ne me reste que très peu de souvenirs des situations rencontrées. Je trouve cela dommage. Cependant, cela reste un livre très instructif, à faire lire et circuler, pour faire connaître ce métier méconnu.

Le blog de l’auteure. Et le billet de Keisha

Merci aux éditions Quadrature dont j’aime toujours beaucoup les recueils.

Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste! Gaëlle Pingault, éditions Quadrature.

Tous crocs dehors

Les éditions Quadrature, spécialisées dans les recueils de nouvelles, nous surprennent quatre fois par an avec des histoires noires, astringentes, caustiques et décalées… Tous crocs dehors, le recueil d’un auteur qui se cache sous le pseudonyme de Lunatik n’échappe pas à la règle. Grinçants, féroces, ses courts récits nous transportent de la campagne à la banlieue, de la jeunesse à la sénilité, de la vengeance à la folie…

De l’homme dont la vie ressemble à une succession de clichés à l’ancien taulard qui tente tant bien que mal de se réinsérer en passant par la petite frappe qui s’est fait berner, Lunatik passe en revue ces destins banals qui basculent parfois pour un rien, ces petites cruautés ordinaires – l’enfant qu’on oblige à manger son poulet – et le racisme latent qui pousse même au fin fond des campagnes.

Il y a trois nouvelles que j’ai particulièrement appréciées.

Raconte-moi une histoire, un petit chaperon rouge à la sauce « neuf-cube », dont l’humour vachard fait mouche.

Beaucoup plus tard, le Petit Chaperon rouge arrive enfin chez Mémé. Elle entre sans frapper parce que la vioque a les portugaises méchamment ensablées et que la dernière fois, elle est restée plantée trois plombes à toquer sous la flotte sans se faire entendre. Quand elle débarque dans la chambre, Mémé est au pieu, clope au bec, sa charlotte à bigoudis sur le crâne, en train de mater un documentaire animalier sur Arte.

De la symbolique des poubelles dans l’intégration : un homme présenté comme éleveur de chiens vient s’installer à la campagne et doit affronter le racisme de son voisin qui, pour lui faire comprendre qu’il n’est pas le bienvenu, dépose ses ordures dans son jardin…

En regagnant mes pénates, je croise pour la première fois l’occupant de la maison au nain. C’est un petit homme grassouillet, à la posture débonnaire mais au faciès chafouin. (…) Je me fends d’un salut courtois à l’adresse du pékin. Qui grommelle une réponse incompréhensible en extirpant de sa narine gauche un bulot digne des plus grandes tables..

La fille au bout du quai : l’histoire d’une petite fille abusée…

C’était un trois juillet. Eléna ne rejoindrait ses parents que le vingt-cinq août, pour une semaine de camping au bord de la mer. Elle subit les assauts de Jacques cinquante-deux nuits encore. Ce n’était plus qu’une poupée de chiffons entre ses mains. Cet été-là, elle a perdu ses couleurs, elle est devenue transparente. Pour survivre, elle s’est désincarnée.

Des histoires courtes mais qui brûlent la rétine du lecteur. Des histoires drôles qui se finissent souvent mal. Pour les héros de Lunatik, les surprises ne viennent pas de chez Kinder… Seule Désir féminin et crudités apporte un peu de douceur dans ce monde cruel, comme une respiration bienvenue au milieu de ce recueil qui mérite le détour… que vous ne manquerez pas de faire après avoir lu ce billet! 😉

L’avis d’Insatiable Lectrice.

Tous crocs dehors, Lunatik, Editions Quadrature, 16€