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Les oubliés de la lande

Derrière les Mamelons de la Vierge, dans une lande sauvage, se trouve un lieu qu’aucune carte ne mentionne. Dans ce village sans nom, vit une trentaine de personnes, protégées des effets du temps, bien à l’abri de la faux de la Mort.

L’homme qui peine, ce premier jour, entre les rochers et les bruyères, à la recherche de cet endroit magique, va engendrer une réaction en chaîne qui perturbera l’équilibre fragile qui existait jusqu’alors entre les habitants, ces oubliés de la lande.

Ils sont tous arrivés pour de bonnes ou de mauvaises raisons, parfois même par hasard, comme le petit Tom, huit ans, l’un des principaux protagonistes de cette histoire hors normes. C’est lui qui découvre l’étranger à la frontière de l’étrange pays. Lui aussi qui fait des découvertes macabres, dans ce lieu pour personne, pas même les animaux, ne devrait mourir. Il n’en faut pas plus pour éveiller sa curiosité et l’inciter à découvrir ce qui se trame.

Au carrefour du conte, de l’enquête policière et de la quête philosophique, ce cinquième roman de Fabienne Juhel embarque le lecteur dans une histoire étonnante et très originale. Je n’ai pas boudé mon plaisir, même si j’ai parfois été un peu refroidie par certains aspects de l’histoire, que j’ai trouvés un peu trop évidents. L’écriture est comme toujours très travaillée mais j’ai trouvé des erreurs, des coquilles suffisamment énormes pour que cela me gêne :

  • « dissimiler », p 24
  • « effritable », p 146
  • « le plus influant », p 111

Sauf si ces erreurs sont volontaires (c’était le cas pour le « chairement » payé de Jeff Sourdin, dans Ripeur), ça fait beaucoup, non? Si mes yeux et mon correcteur d’orthographe les détectent, pourquoi ceux du Rouergue ne le font-ils pas?

Je préfère qu’ils me croient mort

Taper dans un ballon, c’est ce que Dieu nous a appris de mieux.

Voilà ce que dit le jeune Kounandi, qui comme tous ses copains, n’aime rien tant que taper dans la balle sur les rives du fleuve Niger, dans ce pays d’Afrique qu’il habite et qui s’appelle le Mali. Le jour où un recruteur italien vient les voir, dans son beau costume, en leur proposant de les tester pour, peut-être, les faire embaucher ensuite dans un club européen, les jeunes garçons croient leur futur assuré. Mais après avoir extorqué une somme faramineuse aux familles et fait embarquer les apprentis footballeurs dans un avion, le recruteur se volatilise, laissant les adolescents livrés à eux-mêmes, dans un pays dont ils ne connaissent ni les règles, ni les coutumes et soumis au bon ou au mauvais vouloir de ceux qui vont croiser leur chemin.

Loin de la célébrité et de la richesse promise, les garçons découvrent la solitude, la misère et surtout la honte d’avoir échoué.

Un roman qui, sans tomber dans le pathos, raconte les rêves brisés de centaines de jeunes qui voient l’Europe comme un Eldorado et ne rencontrent, la plupart du temps, qu’hostilité et incompréhension… En une centaine de pages, Ahmed Kalouaz décrit avec justesse le destin bouleversant de Kounandi et de ses camarades…

Un  article de Florian Kalouaz, à la fin du roman, sur les Exilés du Foot éclaire sur la signification du titre de ce roman :

Un expatrié, s’il réussit dans la vie, peut être une manne financière importante pour ses proches. S’il échoue, l’échec est quasi impossible à avouer. La plupart avouent alors :  » Je préfère qu’ils me croient mort »…

Je préfère qu’ils me croient mort, Ahmed Kalouaz, Doado Rouergue

Bon rétablissement

Après avoir aimé La tête en friche et Vivement l’avenir, je ne pouvais pas ne pas aimer ce nouveau roman de Marie-Sabine Roger.

Et pourtant…

Jean-Pierre Fabre est un vieux bougon, veuf et sans enfants. A la retraite depuis quelques années, il se retrouve un jour sur un lit d’hôpital à la suite d’un accident qui le laisse fracassé mais la tête à l’endroit et la langue bien pendue… Ce roman est l’histoire de son séjour à l’hôpital, des gens qu’il y croise et de la façon dont ces rencontres vont l’amener à évoluer. Un peu… Outre le personnel médical, il y fera connaissance avec Camille, le jeune homme qui l’a sauvé, l’adolescente Maëva à l’embonpoint trompeur, Maxime l’inspecteur qui mène l’enquête sur l’accident…

Il y a beaucoup d’humour dans ce roman. L’atmosphère de l’hôpital et les relations personnel soignant/patients sont justement décrites. L’émotion est embusquée au coin de la page et il suffit de la tourner pour passer du sourire au soupir mais cela m’a pas suffi pour apprécier totalement ce livre.

Je n’y ai pas retrouvé toute la gouaille et l’originalité des deux romans cités en introduction. On sent la patte de Marie-Sabine Roger, bien sûr mais une patte affaiblie, comme si c’était elle qui était sur ce lit d’hôpital, pour finir. Les personnages sont sympathiques, attachants, habilement décrits en quelques lignes mais l’histoire passe trop vite… On a à peine le temps de faire connaissance que le roman se termine! Je suis restée sur ma faim concernant la relation quasi-filiale qui se développe avec Maxime ou celle, plus étrange et plus subtile, entre Jean-Pierre et Camille son sauveur…

Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce livre mais il ne m’a pas rassasiée, pas contentée autant que je l’espérais. D’où un certain sentiment de déception, relatif certes, au vu de ce que je peux lire par ailleurs, mais réel… Je deviens exagérément exigeante, j’en suis bien consciente et d’autant plus désolée que Marie-Sabine Roger fait partie des auteurs que j’aimerais mettre entre toutes les mains…

En extrait, le passage que j’ai lu dans la librairie juste avant de me décider à acheter le roman…

Mademoiselle déglutit, s’approche à contrecœur, considère ma bistouquette avec une appréhension que je partage. L’urologue souffle Allons! Allons! en tapotant de la semelle. J’aimerais autant qu’il ne la brusque pas.

– Surtout, dites-moi si je vous fais mal, murmure-t-elle d’une voix timide.
– Allez, mademoiselle, on y va! aggrave l’urologue.

La mort dans l’âme, elle s’empare de mon vieil objet du délit d’une main mal assurée, du tube chirurgical de l’autre. Je dis :

– Et vous prenez le drain tous les jours comme ça?

L’urologue lève un sourcil. La petite rougit, réprime un rire nerveux. Je ne suis pas très fier du niveau de ma blague, mais c’est thérapeutique. Il y a urgence à dédramatiser.

Elle se reprend et me prévient, en commençant à me désintuber :

– Heu, ce serait peut-être mieux, si vous ne regardiez pas…

– Pensez-vous, je suis comme les vaches, j’adore voir passer les drains.
Elle éclate de rire un bon coup et me ruine un peu le bijou au passage mais bon, c’est terminé.

D’autres avis bien plus enthousiastes que le mien pour faire bonne mesure : Clara, Aifelle, Fransoaz

Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger, Le Rouergue (what else?)

Tous les trois

Ne me demandez pas pourquoi j’avais envie de le lire. Je n’en sais rien… La couverture peut-être. Ou bien la collection, toujours parfaite dans ses choix. Quand j’ai vu que Gaël Brunet faisait partie des auteurs invités à Carhaix, je n’ai même pas cherché à me raisonner. J’ai acheté son roman et bien m’en a pris!

Tous les trois, c’est l’histoire d’un jeune père qui perd sa femme prématurément et doit soudain assumer seul le quotidien avec ses deux jeunes enfants, Jean (quatre ans) et Louise (trois). Durant une année, le lecteur suit ce deuil douloureux qu’il doit faire sans bruit, ces journées tristes et radieuses à la fois, où il faut continuer à manger, à jouer, à chanter et ne surtout pas pleurer mais où le souvenir de l’absente reste toujours aussi obsédant.

L’écriture de Gaël Brunet suit avec une grande douceur ce jeune papa, fil-de-fériste de la vie, qui avance au-dessus du vide et de l’anéantissement, avec son seul courage pour garder l’équilibre. C’est un beau portrait d’homme sensible qu’il nous livre là, tout en pudeur, un homme qui par amour pour ses enfants reste du côté de la lumière et reprend peu à peu pied.

Tout sonne juste dans ce roman – à part peut-être un manque de musique dans la vie de ce professeur de saxo, mais cet avis est évidemment dicté par des considérations toutes personnelles… Les trois personnages principaux sont infiniment touchants mais il y a également de superbes personnages secondaires…

Avec les enfants, nous nous sommes, tous trois, réfugiés dans leur chambre. J’ai refermé la porte tandis que Jean et Louise se retiraient encore davantage, dans la petite toile de tente en forme de maison fleurie. Je les ai rejoints  et ensemble, nous avons baissé les deux volets d’étoffe rouge. Je me suis assis sur le sol, sur le carré de moquette, et les ai pris dans mes bras. Ils étaient tous deux collés contre moi. Sans bouger. Les yeux fermés. Comme pour oublier. S’oublier. S’abandonner à leur tour et ne plus avoir à triturer ce sentiment bizarre et flou, non maîtrisé, que l’innocence de leur jeunesse s’était envolée. Des poupées de chiffon abandonnées là dans le fragile espace de mes bras esseulés.

Un premier roman d’un auteur plein de talent à découvrir absolument. Et ce qui ne gâche rien : il est très sympathique! N’est-ce pas Sylire? D’ailleurs, il nous a confié qu’un deuxième opus était déjà en préparation.

Ah oui, j’oubliais : le roman de Gaël Brunet a obtenu le prix de la ville de Carhaix, édition 2011.

Tous les trois, Gaël Brunet, Le Rouergue, 2011, 16€

Cour Nord

Cela faisait un petit bout de temps que je voulais découvrir cet autre auteur publié (entre autres) au Rouergue : Antoine Choplin. L’occasion m’en a été donnée avec ce court roman dont l’action se situe dans une petite ville du nord, au début des années 80.

Là, une usine va bientôt être fermée, le personnel licencié. Le père de Léo combat rageusement cette décision et participe sans fléchir à la grève qui s’est déclenchée. Léo, lui, ne travaille que depuis peu de temps dans l’usine, il suit son père plus par habitude que par conviction. Il faut dire que sa vie est ailleurs. Dans la musique, dans le jazz et dans cet instrument qui lui permet de donner un autre sens à ses actes : la trompette.

Entre le père et le fils, il y a le gouffre de deux conceptions de la vie et du monde que tout oppose. Mais il y a aussi de l’admiration mutuelle, de la complicité, un passé sensible qui s’agrège autour de la femme, de la mère, musicienne elle aussi, trop tôt disparue. Antoine Choplin évoque tout cela avec des phrases légères, des mots comme des esquisses. A mi-chemin entre « Ressources Humaines », pour la partie lutte sociale et « Un soir au club » de Christian Gailly, pour l’évocation de la musique, il fait émerger des brumes du nord quelques silhouettes que l’on n’a pas envie d’oublier : Léo et son père, bien sûr, mais aussi Ahmed, Nadine qui rêve de reprendre le magasin d’oiseaux de sa tante, Fanny dont le bistrot va fermer, faute de clients…

Pourtant, je ne sais pourquoi – peut-être à cause du format très court ou du contexte déjà vu – je reste un peu sur ma faim, comme si tout n’avait pas été dit. Mais sans doute est-ce parce que l’auteur veut préserver le mystère de ses personnages qui ressemblent à ces gens ordinaires que l’on croise parfois et qui, sans qu’on sache rien d’eux, nous marquent durablement à cause d’un geste, d’un regard ou d’une note qui doucement s’éteint…

Cour Nord, Antoine Choplin, Le Rouergue, 13€50

Filer droit

Cet été est l’occasion, pour moi, de lire un certain nombre de romans spécialement dédiés aux adolescents. Et depuis que j’ai commencé cette « série », je n’ai pratiquement pas été déçue. J’ai lu certains noms connus – comme La boutique jaune de Jeanne Bénameur, notamment, qui m’a fait penser à une boutique jaune*, que j’ai connue, enfant, où deux vieux vendaient des bonbons, à Montreuil – et d’autres moins connus. Mais à chaque fois, j’ai passé un très bon moment.

Filer droit, de Michael Coleman ne fait pas exception à cette règle. 

Luke Reid est un jeune délinquant multirécidiviste, qui vit dans la banlieue de Londres. Il a quinze ans et trouve grisant de voler. Voler quoi? Tout ce qui peut lui servir ou se revendre et lui permettre de gagner de l’argent. Un jour, il crochète la serrure d’un 4×4 pour voler une paire de baskets mais alors qu’il s’apprête à s’enfuir avec sa prise, il est surpris par deux caïds du quartier qui s’enfuient avec la voiture… alors que le propriétaire et sa fille Jodi arrivent dans le parking. Pris sur le fait, Luke est persuadé que cette fois, il n’échappera pas à la prison…

Le jour du jugement, on lui propose pourtant un arrangement auquel il ne s’attendait pas : passer quatre mois à servir de guide de course à Jodi, la fille du parking, qui est aveugle et souhaite participer au marathon. Tout plutôt que la prison, se dit Luke… Il n’imagine pas que cette expérience va changer sa vie…

Le titre anglais est Going straight et je vous assure que c’est ce que j’ai fait à partir du moment où j’ai ouvert ce livre. Luke est un adolescent qui suit une mauvaise pente, parce que son père a fait comme ça, parce qu’il n’a pas vraiment réfléchi et qu’il est toujours plus facile de faire le mal que le bien. Mais il n’est pas encore un cas désespéré. En fait, il est à la croisée des chemins. Il peut continuer dans cette voie ou bien décider de changer. Je me suis régalée à suivre son cheminement, à voir l’influence que Jodi avait sur lui, elle qui, malgré son handicap, est la joie de vivre personnifiée. C’est une histoire qui illustre bien cette idée : même dans les situations désespérées, on a toujours le choix…

Filer droit, Michael Coleman, DoADo Noir, Le Rouergue.

Edit de 12H00 : incroyable, après quelques recherches, je viens de voir que La Boutique Jaune de Montreuil existe toujours, rue Robespierre. La preuve en images grace à Google Street View :

Et voici la couverture du livre de Jeanne Bénameur… Il y a quelques similitudes, non?

Les déferlantes

A la suite de la mort de son compagnon, une femme vient s’installer dans une maison, dans un petit village près de la Hague. Elle travaille pour le centre ornithologique, observe et dessine les oiseaux, compte leurs œufs, etc… Malgré son côté taciturne et solitaire, elle s’est peu à peu intégrée au paysage et aux habitants qu’elle connait tous, ou presque.

D’abord il y a Morgane et son frère Raphaël, le sculpteur, avec qui elle partage la maison de la Griffue. Il y a aussi Lili, qui tient le bar-restaurant du coin, sa mère qui végète dans un coin et son père Théo, qui connait bien les oiseaux. Max est le doux dingue du village, amoureux de Morgane et des mots, il construit patiemment un bateau pour réaliser son rêve : aller pêcher le requin-taupe. Il y a Nan, une vieille femme traumatisée par la disparition de tous les siens en mer. Car la mer est là, partout, violente, omniprésente, incontournable et nécessaire.

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Les hommes sirènes

L’homme – Antoine, Abhra de son nom de naissance – apprend qu’il a un caillot fatal niché près du cœur. Un argument suffisant à ses yeux pour laisser derrière lui femme et enfant et aller voir la mer. Mais ce long voyage vers l’océan, que l’homme fait à pied, est aussi pour lui une manière de remonter le temps et de sonder son passé. Un passé très particulier : enfant indien adopté par un couple formé d’un frère et d’une sœur et élevé par une cuisinière et un sage-sorcier-rebouteux. Un passé marqué par les horreurs de camps qu’avaient subi ses parents adoptifs, par la mort et la fatalité. Par la nature aussi et les rencontres de hasard. D’ailleurs, des rencontres, l’homme en fait aussi en allant vers la côte. Des amours de vent, des amis de toujours peut-être, des questions à n’en plus finir. L’une d’elle s’avèrera vitale et aura le pouvoir de dénouer les sortilèges brodés par le passé…

Le thème est connu – tout quitter, changer de vie, retrouver ses racines… – mais ce n’est pas une énième variation sur le sujet que nous propose ici Fabienne Juhel. Dans une langue poétique, avec un immense talent de conteuse, l’auteure déroule une chanson légère et terrible qui prend littéralement le lecteur dans ses rêts. S’il faut un peu de temps pour entrer dans cette histoire particulière, il en faut aussi beaucoup pour en sortir…

Plus qu’une lecture, c’est une aventure et une expérience. Un moment magique. Une plongée en apnée dans une langue belle, riche, infiniment nuancée… Entre tous ces éléments, le dénominateur commun, c’est l’humanité, parfois cruelle mais aussi belle et profonde. Un livre à garder précieusement à son chevet pour y replonger sans jamais se lasser. Un de ces livres rares qui marquent durablement…

Merci à Clara pour cette lecture, pour moi une des meilleures de l’année…

Les hommes sirènes, Fabienne Juhel, éditions Le Rouergue, 19€

La tête en friche

Ce livre était sur mes étagères depuis longtemps. Je ne voulais pas le lire tout de suite. Le film qui en a été tiré venait de sortir quand je l’ai acheté et l’on voyait Depardieu sur le bandeau. Depardieu tellement omniprésent que je craignais de ne pas réussir à voir un autre visage que le sien quand je lirais le prénom de Germain… J’ai donc attendu que les images se décantent. J’ai placé le roman dans ma cave à livres où il a vieilli, mûri, doucement mais sûrement. Et puis là, avant-hier, ça y était : le moment était venu de me plonger dans cette histoire.

La tête en friche, c’est un peu ce que ressent Germain. La bonne quarantaine, élevé par une mère qui n’avait pas la fibre maternelle, le cerveau laissé en jachère par un maître peu pédagogue, ce géant, qu’on pourrait vite classer dans la catégorie des crétins, vivote sans se poser de questions. Les circonstances de la vie ont fait le reste : Germain est analphabète et (presque) fier de l’être. Entre son potager et ses potes du bistrot, il a de quoi faire. Mais c’est compter sans Margueritte. Une vieille dame charmante et passionnée de littérature, qu’il croise un jour au parc. Avec stupéfaction, Germain s’aperçoit qu’elle aussi, elle compte les pigeons… C’est là le point de départ d’une étrange mais pourtant solide amitié qui va naître entre l’aïeule frêle et le géant mal dégrossi. Une amitié qui va mener Germain sur des chemins inattendus qui vont lui permettre de se réconcilier avec les mots et une partie de lui-même…

Non seulement La tête en friche est une belle histoire, pleine d’humour et d’humanité mais en plus, elle est remarquablement écrite. Certains objecteront sans doute que Germain, qui appelle un chat un chat et un con un con, ne fait pas toujours dans la dentelle ni dans le syntaxiquement correct. Mais justement, quelle prouesse de réussir à se glisser à ce point-là dans la tête d’un homme, un peu rustre mais bonne pâte, fâché avec les mots! De la bouche de Germain (et de la plume de Marie-Sabine Roger) jailissent non pas des fleurs ou des crapauds mais des tournures drôles et belles à la fois, des brèves de comptoir plus vraies que nature, cette sagesse populaire qui existe même sans être cultivée, des pépites de bon sens et une poésie loufoque et inattendue. Tout m’a plu dans cette histoire, jusqu’aux personnages secondaires, esquissés seulement pour certains, mais tellement crédibles! J’ai été tellement enchantée par cette lecture en forme de surprise que j’ai emprunté dans la foulée Vivement l’avenir

Un petit extrait pour vous mettre en bouche…

Je repense à ce mot, inculte – Qui n’est pas cultivé. Voir : friche – qui m’était venu dans la tête, un jour, pendant que je parlais avec Margueritte. Et au rapport qu’il y a entre la culture des livres et l’autre, des topinambours. C’est pas parce qu’on ne cultive pas un terrain qu’il n’est pas bon pour les patates ou autres. Faut pas croire, c’est pas de bêcher qui rend le sol meilleur : ça le prépare seulement à bien recevoir les semis. Ça l’aère. Parce que si le terrain est trop acide, trop calcaire, ou trop pauvre, il prendra pas n’importe quoi, de toutes les façons. […] Enfin, c’était deux ou trois idées qui me sont arrivées sans que j’y prenne garde. Réfléchir, ça m’aide à penser.

L’avis de Clara et de Leiloona aussi enthousiastes que moi…

La tête en friche, Marie-Sabine Roger, Collection La Brune, éditions du Rouergue, 16€50