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Une vie

Je fais partie, comme Sylire, de la Secte des Adoratrices de la Voix de Victoria (SA2V). Ne faites pas vos yeux de hibou grand-duc! Elle vous en a déjà parlé et moi aussi… Comment? Vous ne connaissez pas encore cette voix chaude et calme qui vous chuchote à l’oreille des histoires passionnantes? Alors, il faut très vite la découvrir

Je viens d’écouter « Une vie » de Maupassant. Et j’en suis encore toute ébaubie! Et totalement sous le charme de la prose de cet auteur dont je ne connaissais, jusqu’alors que les nouvelles, lues il y a bien longtemps, à l’époque du collège.

L’histoire d’Une vie. En l’occurrence, celle de Jeanne, dix-sept ans, que son père vient juste de faire sortir du couvent et qui part s’installer avec ses parents, au château des Peuples (peupliers), près d’Yport. Là, elle mène une vie saine, heureuse et tranquille, découvrant les bonheurs simples de la vie au grand air. Comme toutes les jeunes filles de son époque, on l’a maintenue dans une ignorance totale des choses de l’amour et du sexe et c’est donc sans avoir pu interroger son cœur sur la validité des ses sentiments qu’elle croit tomber amoureuse de Julien de Lamarre et qu’elle accepte de l’épouser très vite.

Mais dans le mariage, son mari est soudain bien moins charmant que lorsqu’il lui faisait la cour. Après un voyage de noces en Corse, elle découvre bientôt sa brutalité, son avarice, son humeur massacrante et ses infidélités. D’abord avec la bonne de la maison puis avec une jeune femme noble du voisinage…

La vie de Jeanne bascule alors dans la tristesse, l’ennui et la résignation…

Roman de la désillusion, Une vie décrit sans complaisance la condition des femmes au XIXème siècle, qu’elles soient nobles, bonnes ou paysannes. Maintenues dans l’ignorance, abreuvées de rêves naïfs, leur entrée dans la vraie vie est souvent un choc très rude. Muselées par la honte, méprisées par la religion, infantilisées par les hommes, elles vivent, pour la plupart, dans une grande solitude intérieure.

Je ne vous en dis pas plus. Si vous n’avez pas encore lu ce roman de Maupassant, faites-le! Cette histoire, mise en valeur par la voix de Victoria, m’a captivée. J’ai aimé les descriptions de la nature, la psychologie des personnages qui affleure sous leurs pensées,  la description de cette vie sans grand relief mais que l’auteur, sait, par sa plume et par ses mots, rendre passionnante, émouvante. Cela a été pour moi un grand bonheur de lecture et je ne pouvais qu’avoir envie de le partager avec vous…

Une mollesse, parfois, la faisait s’étendre sur l’herbe drue d’une pente ; et parfois, lorsqu’elle apercevait tout à coup, au détour du val, dans un entonnoir de gazon, un triangle de mer bleue étincelante au soleil, avec une voile à l’horizon, il lui venait des joies désordonnées, comme à l’approche mystérieuse de bonheurs planant sur elle.

L’avis de Sentinelle

Retrouvez ici le texte intégral.

Une vie, Guy de Maupassant, Livre de poche, 247 pages.

Le passage des Ephémères

J’avais déjà lu ce roman de Jacqueline Harpman, je savais que j’en avais gardé un bon souvenir mais quid de l’histoire? J’avais beau interroger ma fulgurante mémoire, rien ne me revenait sinon, une petite touche d’immortalité…

Vous qui vous êtes régalés en découvrant les pièces de Marivaux, il se pourrait que vous vous amusiez tout autant en lisant ce roman. Il y a des amours contrariés, des chassés-croisés, du fantastique et une belle galerie de personnages. Le tout est présenté sous une forme épistolaire moderne puisqu’il s’agit d’un échange de mails entre les différents protagonistes. Mais nous sommes loin d’Emmi et Léo, de Quand souffle le vent du nord. Ici le langage est châtié, pimenté, très relevé et plein d’un humour très subtil.

Je suis étonné. La plupart des femmes, sauf vous, chère Clarisse, traînent en général des bagages trop lourds pour elles, il faut les aider, les armoires ne suffisent pas car elles possèdent plus de vêtements qu’on n’en peut user dans une vie. Où étaient la trousse de maquillage, le sèche-cheveux et les bigoudis, la robe du soir, la robe de nuit, la robe de chambre et la robe d’intérieur, le tricot en cours, ce vaste paraphernalia qui doit être organisé au prix d’une longue réflexion?

Mais l’histoire? demandez-vous en trépignant. Oui, l’histoire… Elle se déroule dans un institut d’astro-physique à Bruxelles. Là, travaillent Clarisse et Johann, entre autres. Comme ils sont en manque de personnel, Johann propose à une jeune femme, Adèle, rencontrée à Saint-Petersbourg, de rejoindre leur équipe. Or, il se trouve qu’Adèle est… immortelle. Née au seizième siècle, elle a traversé toutes les époques sans vieillir et ne connait qu’un homme qui ait la même particularité qu’elle, Jean-Baptiste. Consciente du danger que cette particularité peut lui faire courir, elle ne peut jamais rester trop longtemps au même endroit et doit toujours être prête à fuir… Et elle ne peut aimer d’autre homme que Jean-Baptiste.

Je me suis toujours demandé pourquoi, hors l’amour qui fait tout endurer, une femme se donne la fatigue de mettre un homme dans son lit. Cela tient éveillée quand on a sommeil et s’endort quand on voudrait causer.

Clarisse et Johann ont été formés par deux chercheurs : Delphine et Werner, qui sont désormais à la retraite, s’aiment mais vivent le plus souvent loin de l’autre. Lorsque le roman débute, Delphine raconte à son fidèle ami qu’elle vient d’apercevoir dans la rue une femme qu’elle a connue quarante ans auparavant et que cette dernière n’a pas pris une ride. Est-ce possible? Ce mystère ne cesse de troubler son repos…

Le passage des Ephémères constitue un agréable divertissement mais pas seulement. Parce qu’il cache une profonde réflexion sur la vie, ce que les simples mortels peuvent en faire ou non, il peut être lu comme une fable sur la fragilité de l’humanité.

L’homme est si fou, on peut tout craindre et tout espérer.

L’avis d’Anne.

Le passage des Ephémèrs, Jacqueline Harpman, Grasset, 2003