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L’âge du doute

Il venait juste de trouver le sommeil après une nuit que pire que ça, il en avait eu rarement dans sa vie, quand il fut d’un coup aréveillé par un tonnerre qui fut comme un coup de canon tiré à cinq centimillimètres de son esgourde.

Première phrase du nouveau Camilleri et aussitôt le ton est donné. Le lecteur retrouve instantanément ce qui fait le sel des aventures du commissaire Montalbano.

IMG_20130310_153150Cette fois, tout commence lorsqu’une pluie redoutable coupe la route et que Montalbano se retrouve bloqué sur le chemin de Vigata. Dans la première voiture de la file, une jeune femme est elle aussi condamnée à attendre la fin du mauvais temps. Alors pourquoi ne pas suivre ce commissaire qui lui propose charitablement l’hospitalité? Ce qu’elle lui raconte alors que le café passe et que les vêtements sèchent va mettre Montalbano sur la piste de trafiquants internationaux. Entre temps, un cadavre défiguré aura été trouvé, Mimi aura séduit une quinquagénaire infatigable, Catarella aura défoncé la porte trente fois et Salvo se sera empêtré dans ses doutes et ses espoirs d’homme vieillissant.

Ce tome a un goût doux-amer. D’un côté, l’humour et la gourmandise du commissaire. De l’autre, ses rêves perturbés, ses mensonges à Livia et son inclination pour la belle Laura qui donne lieu à de nombreux échanges avec sa conscience. C’est que, comme tous les hommes, il vieillit, notre cher commissaire. Et cet âge du doute dans lequel il entre à reculons l’oblige à faire un bilan qui le met mal à l’aise. La farce, imperceptiblement, vire à la tragédie.

Un bon cru qui ne déçoit pas mais laisse sur la mémoire une mince pellicule de nostalgie…

L’âge du doute, Andrea Camilleri, Fleuve Noir

Demain, j’arrête!

Oui, ben, ne vous réjouissez pas trop vite, quand même. Il s’agit du titre d’un livre, pas de l’annonce de l’arrêt imminent de ce blog… Non, mais ne niez pas, je sais très bien ce que vous vous êtes dit en lisant cet intitulé. Chouette! Un blog de moins = 100 à 150 billets de moins par an = 50  à 100 tentations de moins = un sacré paquet de pognon en plus pour acheter les derniers gadgets de chez Apple, emmener votre chéri(e) au resto, partir en week-end au diable vauvert et que sais-je encore…

Eh bien, c’est raté!

Donc, demain j’arrête. Enfin, non, pas moi. Julie. Une drôle de fille, cette Julie. Récemment larguée par un rocker à la petite semaine, elle cuve son chagrin comme elle peut, et comme elle a le vin triste, ça ne va pas en s’arrangeant… Jusqu’au jour où un nouveau voisin s’installe dans son immeuble. Julie a déjà fait des tas de trucs idiots dans sa vie mais l’arrivée de cet inconnu va doper son imagination. L’expression « à en perdre la tête » n’a jamais eu autant de sens que dans cette histoire. Car, pour faire la connaissance de cet homme, elle va se surpasser dans l’idiotie et multiplier son coefficient de stupidité par 10 puissance 10. Au bas mot…

Ce roman est une comédie, une vraie. Du genre de celles qui font glousser, le soir dans le lit, à côté de Môssieur, qui vous regarde d’un air suspect d’abord, puis un tantinet agacé après, et enfin franchement exaspéré. Mais t’es obligée de rire, comme ça, toutes les trois secondes? Et là, les doigts dans les fossettes, vous essayez de contenir le rire mais rien à faire, il fuse de plus belle. Môssieur soupire et, dans un grand mouvement de couette repoussée, va lire dans le canapé…

Même si je suis bon public pour ce genre de romans (oui, je sais, ce n’est pas juste pour les autres…), il n’en demeure pas moins que c’est une histoire truffée de gags, de répliques qui font mouche, de personnages drôles et attachants. Ce n’est pas mièvre. Ce n’est jamais grossier. Si je devais critiquer un peu, ce serait la fin, un peu alambiquée, mais pour le reste, c’est le genre de livre qui vaut largement le plus efficace des anti-dépresseurs. Bravo à l’auteur qui a su se mettre dans la peau d’une fille sans tomber dans les clichés (m’est avis qu’il doit bien les aimer, les filles, pour les avoir si bien cernées! ;-))

A mettre au pied du sapin… il trouvera forcément preneur!

Quant à moi, j’ai refilé le chat à bonnet andin à Môssieur et maintenant, c’est lui qui s’esclaffe!

Demain, j’arrête, Gilles Legardinier, Fleuve Noir.

L’avis de Sylire pour qui ce genre de livres fait partie de la catégorie « vite lu, vite oublié »… Vite lu, c’est certain parce qu’on est rapidement accroché. Vite oublié, je n’en sais rien, je vous dis ça dans six mois! 😉

La piste de sable

Revoilà le tombeur de ces dames : Salvo Montalbano, commissaire de police à Vigata!

Ce matin-là, quand le policier se réveille, il découvre, sur la plage, devant sa maison, un cheval mort. Il semble que la bête ait été massacrée. Horrifié par le traitement réservé à cet animal, Montalbano convoque ses hommes et l’identité judiciaire afin de trouver les coupables. Mais le temps que ce beau monde arrive, le carcasse du cheval disparait et le mystère gagne en épaisseur. Un peu plus tard dans la journée, Montalbano reçoit au commissariat la belle Rachele qui vient déclarer la disparition de son cheval. Un cheval de course qui était en pension chez un ami et avec lequel elle devait disputer une course hippique à Fiacca dans quelques jours…

De rêves étranges et prémonitoires en déductions habiles, Montalbano remonte cette piste de sable qui n’en finit pas de se dérober sous ses pieds…

Disons-le tout de suite : j’ai trouvé l’intrigue de ce roman un peu faible. Andrea Camilleri nous avait habitué à mieux…. mais le plaisir n’est plus vraiment là. Au fur et à mesure des romans mettant en scène le commissaire, c’est sur lui, avant tout, que l’accent est mis. Et le lecteur se régale de le voir vivre, séduire sans le vouloir, succomber sans le savoir, se montrer gourmand jusqu’à l’excès, s’emporter pour des futilités ou bien agacer gentiment ses subordonnées. Car c’est véritablement Montalbano qui fait le sel de toutes ces histoires. Et c’est d’abord lui qu’on a envie de retrouver quand on ouvre un roman de Camilleri. Cet homme si proche de nous avec ses peurs, ses insuffisances, ses travers et son humanité tendre mais toujours cachée… Une aventure de Montalbano et quelques dialogues en dialecte bien sentis et nous voilà à notre tour en Sicile, entre routes de pierre et plage de sable, dans l’odeur du maquis, à suivre les pas du célèbre commissaire ou bien attablés devant une alléchante salade de poulpes préparée par Adelina…

Il finit une grande partie de la besogne bureaucratique qu’il était cinq heures passées depuis peu. Le reste, il décida de le faire le lendemain. Il posa son stylo-bille et le téléphone sonna. Montalbano le fixa d’un air soupçonnneux. Depuis querque temps, il était de plus en plus convaincu que tous les téléphones étaient dotés d’une coucourde autonome et pensante. Il n’expliquait pas autrement que les téléphones, de plus en plus souvent, se signalent soit au moment opportun, soit dans un moment inopportun, jamais dans les moments où on ne faisait rin.

L’avis de JM Laherrère

La piste de sable, Andrea Camilleri, Fleuve Noir, 19€90