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Nous étions faits pour être heureux…

Serge, soixante ans, marié à une femme qui en a trente de moins, père de deux enfants, et propriétaire d’une agence immobilière qui marche bien, cherche… Mais au fait-il cherche-t-il quelque chose? Et si oui, est-ce vraiment cette accordeuse de piano que le hasard met sur son chemin? Suzanne a la quarantaine qui se fane un peu. Elle est mariée à un homme qui fait des puzzles au lieu de la faire rire. Alors forcément, quand un jour, Serge sonne à sa porte, elle le laisse entrer. Et quand il la culbute sur le lit, elle se laisse faire. Et a même envie de recommencer. Mais Serge ne le souhaite pas. Son statut sur FB pourrait être « c’est compliqué« . Et la vie de Serge est, en effet, une suite de longues et douloureuses complications. C’est ce que Suzanne apprendra peu à peu, à ses dépens…

Que dire après la lecture de ce roman? Il y a des choses que j’ai aimées. Une chose surtout : l’écriture. C’est fluide, bien écrit, construit. Je ne sais pas si vous aviez remarqué mais cette qualité faisait un peu défaut à mes lectures précédentes. Alors forcément, j’ai apprécié ce côté-là. J’ai aimé aussi la manière dont l’auteur décrit, par touches très légères, l’incompréhension entre pères et fils.

L’histoire, en elle-même, me laisse plus dubitative. Je n’y crois pas tout à fait, à cette liaison. Les évènements sont un peu trop favorables aux amants (ce matelas, dans cet appartement vide, franchement, y’a un génie réalisateur de souhaits qui est passé par là avant?). La réalité résiste à peine aux désirs des amants. Les tourments intérieurs de Serge m’ont paru exagérés, en comparaison du reste de l’histoire. Comme si le récit d’un amour ne pouvait pas se suffire à lui-même et qu’il faille rajouter à tout prix une dose de pathos. Et quand je dis « pathos », je pèse mes mots. Du sérieux, du solide, du vrai…

Ce livre avait tout pour me plaire mais je suis restée sur ma faim, j’ai ressenti ce petit « truc », vous savez, quand on n’est pas complètement convaincu. Comme lorsqu’on goûte un plat et qu’on se dit, il manque un ingrédient. Oui, mais lequel? Ce sont des choses qui arrivent… Parfois, il suffit d’un rien pour que tout se décale et ceux dont les trajectoires devaient se croiser passent au large…

Le très beau billet de Constance qui la première m’a parlé de ce roman. Et beaucoup d’avis sur Babélio.

Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi. 

L’armoire des robes oubliées

Le roman de Riikka Pulkkinen sort ces jours-ci en librairie et je vous conseille d’y jeter un œil attentif car je pense qu’on n’a pas fini de parler de ce livre et de cette auteure, déjà saluée comme un des écrivains les plus prometteurs de sa génération…

Elsa, la soixantaine, découvre un jour qu’un cancer la ronge et qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre. Pour son mari, Martti, sa fille Eleoonora et ses petites filles Anna et Maria, c’est bien sûr un choc et un immense chagrin. Et cela a pour conséquence de les rapprocher, pour mieux entourer la malade de soins et d’attentions.

C’est à cette occasion qu’Anna, la plus fantasque des deux petites-filles, va découvrir dans l’armoire de sa grand-mère, une robe oubliée, ayant appartenu à une jeune femme, Eeva, chargée il y a bien longtemps de veiller sur la petite Eléoonora alors que ses parents  menaient de front leur vie, leur amour et leur carrière (Elsa était une spécialiste reconnue de l’éducation, son mari un peintre renommé). Peu à peu, un pan totalement occulté de l’histoire familiale se révèle, et avec lui, secrets, non-dits et mensonges.

Le roman de Riikka Pulkkinen est d’abord une construction très habile qui donne, tour à tour, comme un coup de projecteur sur tous les protagonistes de l’affaire et permet ainsi de mettre en lumière toutes les facettes de l’histoire.

Ce sont ensuite des personnages très humains, attachants, entre lesquels on sent passer un attachement profond, de l’humour, de la tendresse et des regrets. La manière de présenter ici la « famille finlandaise » se fait en toute simplicité, même si les relations sont complexes, et tranche de manière flagrante avec les romans familiaux « à la française », souvent larmoyants et nombrilistes.

Pour finir, L’armoire des robes oubliées, c’est une plume souple et riche, au service d’une histoire captivante et émouvante, qui m’a marquée pour longtemps.

C’est mon premier coup de cœur de l’année et je souhaite ardemment qu’il le devienne aussi très vite pour vous… 

Merci à Dialogues Croisés qui m’a permis de faire cette très belle découverte.

Yv a aimé aussi.

L’armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen, Albin Michel

Famille modèle

Je trouve que les artistes américains ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils se mettent à descendre en flèche ce « modèle » que leur pays cherche à vendre depuis toujours et à tout prix, comme s’il s’agissait là de la seule expression possible de la démocratie. Et dans ce roman, Eric Puchner n’y va pas de main morte. C’est avec une massue qu’il s’attaque au mythe. Le rêve américain s’en prend plein la figure et ceux qui se sont laissés bercer d’illusions à son sujet aussi…

1985. Les Ziller ont quitté leur vie confortable et tranquille du Wisconsin et sont venus s’installer en Californie sous la pression du père, Warren, avide de s’approprier une part plus large de la prospérité « américaine ». Cette décision va littéralement pulvériser leur vie…

A cette occasion on découvre peu à peu les différents protagonistes. Warren, d’abord, qui lorsque débute l’histoire, vient de comprendre que son rêve est au bord de l’abîme et doit peu à peu tout sacrifier à son projet raté. Honteux, il n’ose pas avouer à sa femme l’ampleur des dégâts et son comportement devient de plus en plus suspect. A tel point que Camille, son épouse, est persuadée qu’il a une aventure. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à réaliser ses « films pédagogiques » et à subvenir aux besoins de tous les malheureux de la planète par de généreux dons.

Les enfants sont au nombre de trois : Dustin, le beau gosse et l’enfant chéri de la famille, Lyle, l’adolescente complexée qui s’amourache d’Hector, le gardien de la résidence et Jonas, le petit dernier – l’enfant symptôme pourrait-on dire… qui a de drôles d’idées, des questions dérangeantes et l’habitude de s’habiller de façon monochrome, le plus souvent en orange…

Eric Puchner a mis ces cinq-là dans un tube à essai, il y a ajouté quelques paillettes de rêve américain frelaté, des questionnements bien de notre époque, une absence de conscience écologique, du sexe et de la loufoquerie et il a bien mélangé…

Aussi, ne vous étonnez pas si, à la moitié du roman, tout explose… et si, peu à peu, vous passez du rire à la tragédie. Car ce qui avait commencé un peu « grand-guignol » est progressivement alourdi par la gravité, l’échec, la peur et la douleur. J’ai même vu dans le comportement de Warren et l’effet que ce dernier a sur son fils aîné une sorte de métaphore d’une génération qui par, appât du gain et inconséquence, compromet gravement l’avenir de la suivante.

Le roman d’Eric Puchner est dense et bien écrit. Il est difficile d’en souligner toutes les qualités lorsqu’on en fait le résumé car il y aurait tant à dire… Tout sonne juste et semble pertinent. Alors, la conclusion s’impose : lisez-le!

Deux extraits (j’aurais pu en mettre cinquante… Dites-moi merci!) :

– Ne me regarde pas, grogna Lyle en enfilant son jean. Je déteste mon cul.

– Moi, je le trouve très beau, répondit Hector.

– On dirait un navet.

Hector haussa les épaules. « Il y a des légumes très sexy.

– C’est une blague?

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Celui qui avait déclaré que seuls les gens ennuyeux s’ennuyaient méritait d’être assommé à coups de batte de base-ball. De toute évidence, il n’avait jamais habité un lotissement à l’abandon, en plein désert, un endroit si chaud et si glauque que le facteur leur faisait un doigt d’honneur chaque après-midi et que la plus proche bibliothèque, à cinquante kilomètres de là, contenait les œuvres complètes de Robert Ludlum mais pas un seul roman immortel de George Eliot ou de Charles Dickens.

Un immense merci à Claudialucia qui a fait voyager son livre jusqu’aux contrées reculées du grand Ouest (français… c’est encore autre chose). Vous pouvez aussi lire le billet de Clara. Ou bien celui de Keisha

Le polygame solitaire

Si, dans la famille Richards, vous demandez la fille, vous risquez de vous retrouver avec pas moins de … quinze cartes. Eh oui, Golden Richards est un fondamentaliste mormon pur jus : il a quatre femmes et une trentaine d’enfants.

Parce qu’en écrivant un tel livre, il était impossible de suivre autant de personnages, Brady Udall s’est focalisé sur quatre d’entre eux : Golden, évidemment, privé d’enfance et d’éducation et qui ne retrouvera son père qu’à la fin de l’adolescence, Trish, la dernière épouse, qui se sent négligée et doute du bien-fondé de ses choix et de sa capacité à procréer, Beverly, la première épouse et enfin Rusty, un enfant perdu dans cette grande famille et qui n’accepte pas de se contenter des miettes d’amour qu’on lui donne. Lire la suite Le polygame solitaire

La théorie de la communication

Dans le livre d’Alice Kuipers, Ne t’inquiète pas pour moi, la théorie de la communication pourrait se résumer ainsi : un émetteur (la mère /la fille), un récepteur (la fille/ la mère), un media (des post-its) et un medium (un bon gros réfrigérateur américain qui fait des glaçons…). Unité de lieu, unité d’action et unité de conservation. La mère est accaparée par son travail, la fille par ses études, ses amies et ses soirées baby-sitting. Elles ne se voient jamais ou si peu. Le refrigérateur XXL – pourtant souvent vide… – leur sert donc de boite aux lettres et elles s’écrivent des petits mots, auxquels se mêlent parfois des listes de choses à acheter. L’histoire commence doucement, comme pourrait commencer toute histoire entre une mère divorcée et une fille adolescente et puis, peu à peu, les messages évoluent quand on comprend que la mère est atteinte d’un cancer… Lire la suite La théorie de la communication