Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Ainsi résonne l’écho infini des montagnes est le troisième roman de Khaled Hosseini.

ainsi résonne

Il débute par la séparation traumatisante de deux enfants, un frère et une sœur. Dans l’Afghanistan rural des années 40, Saboor a bien du mal à faire subsister toute sa famille. Il décide de vendre la petite Pari, trois ans, aux Wadhati, un riche couple qui vit à Kaboul, tandis qu’Abdullah, son fils ainé reste avec lui.

 De cette décision découle toute la suite du livre, car ce choix va peser lourdement sur les destins des uns et des autres.

Balayant plus de cinquante ans de l’histoire de l’Afghanistan, ce livre aurait pu me passionner, mais sa structure kaléidoscopique, faisant intervenir tour à tour maints personnages a fini par me lasser. Les points de vue alternent, se superposent, s’éclatent. Le va-et-vient temporel finir par donner le tournis. Les personnages sont ébauchés, mais jamais suffisamment développés pour qu’on s’y attache. Certains apparaissent et on se demande ce qu’ils viennent faire là…

Au final, ce livre apparait comme un grand fourre-tout qui brasse allègrement histoires de famille, histoire d’un pays, thèmes en vrac. L’auteur multiplie les chapitres et les détails sans que cela enrichisse forcément l’histoire, bien au contraire. On finit par se perdre dans les méandres de ces vies et par n’y plus trouver aucun intérêt. Si je n’avais pas écouté ce livre dans le cadre du prix Audiolib, j’aurais interrompu ma lecture à mi-course, sans regrets…

Ainsi résonne l’écho infini des montagnes, Khaled Hosseini, Audiolib. 

Petite musique du moment (2)

Piste 1, Runaway

Addictive… Elle me trotte dans la tête et m’empêche de dormir la nuit. J’adore particulièrement le changement de rythme, vers 1.35 mn…

J’ai vu le trio en concert à Quimper. Un moment inoubliable. Mon fils de bientôt 17 ans était aussi enthousiaste que moi à la sortie! Si cet été, ils passent près de chez vous, ne les manquez pas. Une musique qui pétille, joue et se donne entièrement.

Capture d’écran 2014-04-16 à 19.24.53Pour en savoir plus sur mes chouchous (eh oui, ils sont jeunes, doués, drôles!), vous pouvez aller  (clic).

 

Au revoir là-haut!

au rvoirNovembre 1918. Dans les tranchées, on ne parle que de l’armistice qui doit bientôt être signée et l’on essaie de se maintenir en vie jusque là… Mais sur la cote 113, un militaire avide de prestige lance une dernière attaque. Elle scellera pour longtemps le destin de trois hommes : le capitaine d’Aulnay-Pradelle, les soldats Albert Maillard et Edouard Péricourt.

Une fois la guerre terminée, le capitaine tire son épingle du jeu et n’hésite pas à profiter de toutes les opportunités qu’offre la situation chaotique de l’après-guerre pour s’enrichir. Albert et Edouard, eux, ont tout perdu. Ces rescapés des tranchées – Edouard fait partie des gueules cassées – comprennent que le pays ne veut plus d’eux. L’Etat préfère glorifier ses morts qu’assurer des conditions de vie acceptables pour les soldats qui se sont battus pour leur pays.

Ensemble, ils décident alors de monter une arnaque de grande envergure. C’est sans doute leur manière de défier cette société qui les trouve bien encombrants, voire dérangeants. Mais la France ne plaisante pas avec ses morts…

Voilà en quelques lignes le résumé du dernier roman de Pierre Lemaître qui a obtenu le Prix Goncourt. Je dois avouer que le plaisir de la lecture a été terni par un certain ennui. Il m’a fallu arriver à la moitié du livre pour m’intéresser plus franchement à l’histoire. Le développement m’a paru pesant et la fin ne m’a pas convaincue. J’aurais aimé un récit plus nerveux, à l’image des précédents romans de l’auteur. Là, on a de la boue (des tranchées?) plein les bottes et du mal à s’intéresser aux destinées des uns et des autres. Bien sûr, il y a du cynisme et de la satire. Peut-être même n’y a t-il que ça, dans cette histoire bien noire. Au point que le personnage de Pradelle en devient parfois caricatural…

L’auteur épingle cet Etat qui préfère le silence des morts aux cris de douleur des vivants. Il montre l’envers du décor d’un après-guerre anarchique où les vétérans font tache. Je n’ai pas été totalement emportée.

Sandrine a été encore moins convaincue que moi. Mais les avis très positifs abondent…

Au revoir là-haut, Pierre Lemaître, Audiolib.

Petite musique du moment

Omer AvitalJ’ai découvert récemment le dernier album du contrebassiste israélien Omer Avital et je ne peux plus m’en passer. J’aime particulièrement les pistes intitulées Hafla et New Song. Je les écoute en boucle. J’aime l’histoire qu’elles me racontent…

Omer Avital mélange avec joie les codes du jazz et des influences issues de musiques traditionnelles. Au final, un album qui donne envie de danser, de rire et d’aimer la vie! Encore une belle trouvaille que j’ai faite chez Plus Loin Music qui produit aussi le trio de Rémi Panossian, mes autres chouchous du moment…

Nue

Sobre, splendide, élégant, aérien, d’une grâce limpide…

Tels sont les qualificatifs que certains critiques autorisés ont utilisés à propos de ce livre. Loin de moi l’idée de remettre en cause leur appréciation de ce roman, quatrième volet qui clôt le « cycle de Marie » de Jean-Philippe Toussaint. C’est sans doute un très bon roman, mais je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire.

9782356417053-T (1)Si j’ai trouvé l’écriture de l’auteur ciselée et d’une grande élégance, le récit m’a laissée de marbre. Audiolib a fait le choix de faire lire cette histoire par Jean-Philippe Toussaint lui-même. J’ai trouvé cela dommage car il adopte un ton neutre, sans inflexion qui aplatit littéralement le texte.

Les caprices et l’égoïsme de Marie m’ont arraché des soupirs d’agacement, la complaisance du narrateur pour ses bobos au cœur des soupirs d’ennui. L’avantage, c’est que mes alvéoles pulmonaires ont bien travaillé pendant cette écoute!

Vous l’avez compris : c’était un rendez-vous raté pour moi. Dommage!

Nue, Jean-Philippe Toussaint, Les éditions de Minuit, Audiolib.

Opération Sweet Tooth

IMG_3784Serena Frome est ce qu’on pourrait qualifier « une jeune fille de bonne famille ». Bien que passionnée par la littérature contemporaine – on est dans les années 70 – elle part à Cambridge faire des études de mathématiques. Par un concours de circonstances, elle est ensuite engagée par le MI5 – les services secrets britanniques – et obtient un rôle clé dans l’opération Sweet Tooth.

En pleine guerre froide, le gouvernement britannique doit faire face à un déferlement d’espions russes, aux premiers attentats de l’IRA et à des grèves de grande ampleur, renforcées par la crise du pétrole. Dans ces conditions, il est vital de favoriser des intellectuels qui ne sont pas tentés par la doxa marxiste. Tom Haley en fait partie et le MI5 décide de le subventionner, sans qu’il sache jamais d’où vient cette manne qui lui permet, pendant deux ans, de cesser de travailler pour se mettre à écrire.

C’est là qu’intervient Serena. D’abord chargée de le convaincre d’accepter la proposition qui lui est faite, elle tombe amoureuse du jeune écrivain. Commence alors une histoire faite de mensonges, de secrets, de trahison et de manipulation qui mène le lecteur par le bout du nez, jusqu’à la toute fin, qui s’ouvre sur une perspective inattendue.

Ce roman de Ian McEwan est riche de plusieurs niveaux de lecture. Riche aussi de réflexions sur l’écriture puisque l’auteur ne cache pas qu’il a glissé dans cette « Opération » de nombreux éléments autobiographiques. Ainsi, les nouvelles de Tom Haley, lues par Serena, ressemblent aux premières histoires publiées par McEwan. L’imbrication du vrai et du faux, la frontière ténue entre la réalité et la fiction, le délicat mélange des sentiments et du devoir donnent au récit de multiples dimensions.

Le lecteur est captivé, jouet impuissant et ravi entre les mains de l’auteur. Comme le serait une cible entre les mains d’un agent secret. Alors, écrivain ou espion, même combat? Le débat est ouvert…

Sweet Tooth, Ian McEwan

Le billet de Kathel qui a su me donner envie de lire ce livre. Et m’a même poussée à réserver Expiation à la médiathèque. Kathel, ton pouvoir de persuasion est grand… tu es une blogueuse dangereuse! 😉

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa

fakirAjatashatru Lavash Patel, personnage principal de cette histoire rocambolesque, est un fakir. Fake-ir pourrait presque t-on dire car il est spécialiste des arnaques en tout genre. C’est d’ailleurs à la suite d’un escroquerie qu’il arrive en France pour acheter un lit à clous Ikéa. Et c’est aussi après un de ces tours de passe-passe dont il a le secret qu’il se fait inviter à déjeuner à la cafétéria suédoise par la belle Marie. Mais sans doute y a-t-il une justice au pays des fakirs : bientôt, Ajatashatru se retrouve enfermé dans une armoire du fabricant de meubles et expédié en Angleterre. Sort peu enviable, il faut bien le dire…

Commence alors pour cet homme chez qui tout est faux un voyage qui lui fera rencontrer un chauffeur de taxi teigneux, des migrants, une belle actrice, un agent efficace et un éditeur bien crédule…

Commence pour nous une histoire déjantée et drôle, à mi-chemin entre le conte de fées et le conte philosophique. Romain Puertolas, persuadé, lorsqu’il a écrit ce roman, de le faire uniquement pour quelques amis, s’est lâché… et il a eu raison. On ne s’ennuie pas une seconde et c’est un réel plaisir que de suivre les aventures de ce fakir hors du commun. Lors de mon écoute – puisque c’est en version audio que je l’ai lu – j’ai éclaté de rire plusieurs fois. Je vous laisse imaginer la tête des gens que je croisais dans la rue… Le lecteur, Dominique Pinon, sait mettre en valeur le texte et sa voix sert bien cette histoire.

Bref, un moment de détente très agréable avec ce livre qui ne prend rien au sérieux. Quoique…

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa, de Romain Puertolas, Le Dilettante/Audiolib.

Trentenaire et célibataire (IV & fin)

Pour ceux et celles qui n’auraient pas suivi, retrouvez toute l’histoire ICI.

Contraintes du quatrième et dernier épisode :

  • lieu : une cave
  • action : elle assiste à une scène à laquelle elle ne devrait pas
  • contrainte d’écriture : évoquer la mort de 24 vaches foudroyées à la Réunion

Episode 4

Elle se demande à quel degré de nullitude – pour reprendre en la parodiant la sortie célèbre de Ségolène ex-future présidente – il faut en être arrivé pour passer sa soirée d’anniversaire avec un type qu’on ne connaissait pas il y a dix heures. Quand elle avait quinze ans, elle imaginait la trentaine comme le plus bel âge. Celui où tous ses rêves se seraient enfin réalisés. Elle n’était pas très exigeante à l’époque. Elle voulait juste un amoureux et un job intéressant. Résultat, elle a trente-cinq ans ce soir, sort avec un barman esseulé dont le front commence à se dégarnir, dont elle ne sait strictement rien sinon qu’il a son permis de conduire et est capable de changer la douille d’un plafonnier, et se connectera lundi matin à l’aube pour signifier à Pôle Emploi qu’elle n’a toujours pas trouvé le job idéal. Ni même de job pourri sous-payé où elle se ferait exploiter sans merci.

Elle soupire et boit une gorgée de rosé. Victor est parti saluer un ami, au bar, évidemment. Elle imagine que tous ses amis sont des pros du shaker. Il l’a invitée dans ce petit restaurant, installé dans une ancienne cave à champagne. Ce n’est pas trop mal, dans le genre gargote, se dit Hélène, avant d’entendre sa deuxième voix, qui est peut-être tout simplement celle de sa mère lui assener : voilà pourquoi tu n’arrives à rien dans la vie, ma cocotte, tu n’es jamais contente, et ne te satisfais jamais de ce que tu as. Elle soupire. Ça l’ennuie de le reconnaitre, mais sa mère intérieure n’a pas tout à fait tort. Chose qu’elle ne dirait jamais à sa mère en chair et en os. Elle devient amère, frustrée. Bientôt, elle aura cinquante ans, des poils au menton et sous les bras, qu’elle ne se souciera plus de retirer et elle en voudra à tous les hommes de la terre parce qu’il n’auront su ni l’employer ni la baiser. 

A la table d’à côté, deux couples sont attablés. Un des hommes a le bras autour des épaules de sa femme. Et sous la table, Hélène le voit clairement, il fait du pied à son ami, assis en face de lui. Elle devrait être indignée, mais elle a juste envie de rire. Parfois, sérieusement, il vaut mieux être seule, non? 

Cela la ramène a la question du jour. Ou plutôt du soir : qu’est-ce qu’elle va faire de Victor, une fois le dîner terminé? Le considérer comme la cerise sur le gâteau avarié de sa vie pourrie? Elle ne peut quand même pas lui proposer d’aller terminer la soirée chez ses parents. Elle imagine la tête de son père, descendant pisser, comme il le fait toutes les nuits, dans son pyjama dont elle ne voudrait même pas faire des chiffons, et la trouvant, elle, sa petite Hélène, nue comme un ver sur le tapis du salon, dans les mains d’un pro du shaker qui ne se ferait pas prier pour la secouer à grands coups de reins. 

Alors chez lui, peut-être? 

Tu sais, tu n’es pas obligée non plus, dit sa mère dans le fond de sa tête, de te faire culbuter juste parce qu’il t’a invitée au restaurant. Si tu commences à céder aux avances de tous ceux qui auront eu pitié de toi, tu vas finir sur le trottoir, ma fille

Oh, ta gueule, Maman. 

– Pardon? dit Victor, éberlué. 

Il est revenu s’asseoir en face d’elle et elle ne l’avait même pas vu, perdue qu’elle était dans le fond de son verre de rosé, qui n’en contient plus, d’ailleurs, du rosé, vu qu’elle a tout bu. 

– Rien, je… Oh, laisse tomber. Je crois que j’ai trop bu. 

Doucement, il prend le verre qu’elle tient entre ses mains comme un calice et le repose sur la table. Voilà qu’il a de nouveau ce sourire tendre et doux qui cet après-midi – bon dieu, c’était seulement cet après-midi?  – lui a donné envie de pleurer. Il n’a pas lâché sa main. 

– J’ai passé une bonne journée, avec toi, Hélène, tu sais. 

– Vraiment? Pourtant… 

Elle est tellement étonnée qu’elle ne remarque pas qu’il est passé au tutoiement. Sa mère intérieure s’agite comme  une furie et déclenche tous les signaux d’alarme – un vrai cockpit en phase d’atterrissage catastrophe! – mais elle la fait taire en lui envoyant quelques jurons silencieux qui ferment le clapet de la pipelette. Elle pense à cet entrefilet vu dans l’Union, hier. Vingt-quatre vaches foudroyées à la Réunion, lors d’un violent orage. Les bovidés devaient avoir le même air abasourdi qu’elle, quand l’éclair les a transformés en vapeur de steak. Drôle d’association d’idées… Il faudrait peut-être qu’elle arrête aussi de se déprécier en permanence. 

– Ma femme m’a quitté, il y a trois ans, poursuit Victor. Pour un autre, évidemment. J’ai cru que je ne m’en remettrais jamais. Tu n’imagines pas le nombre de journées solitaires que j’ai passées, supportant à peine de voir les clients du bar. Je me sentais comme un vieil ours grincheux qui en avait marre du monde, marre de la vie. J’avais l’impression que tout était fini. 

Hélène fait une grimace compatissante. Elle connait ça aussi. 

– Cet après-midi, quand je t’ai vue débarquer, pour la première fois, j’ai pensé à autre chose qu’à moi. J’ai ressenti de l’empathie pour toi. J’ai eu envie… eh bien, de ne pas te laisser seule. J’avais l’impression, dans l’état où tu étais, que tu aurais aussi bien pu sortir du café et aller te pendre. 

– Quand même pas… dit Hélène. Je suis nulle en nœuds. 

Victor rit. 

– J’adore ton humour, dit-il.

– C’est un bon début, dit Hélène souriante. 

– Tu crois que ça n’est que le début? 

– Oh, même pas. Juste un tout petit prologue… 

Ils se sourient. Complices.

– Alors on y va? 

Hélène acquiesce. Elle se lève, suit Victor qui l’attend. Dans la rue, ils marchent un peu, côte à côte. Leurs pas les ramènent vers la place d’Erlon. L’air s’est rafraîchi. Hélène frissonne un peu, avec son petit blouson de faux cuir. Victor le remarque. Il passe alors son bras autour de ses épaules et l’attire dans sa chaleur. Hélène ne résiste pas. Elle se laisse aller contre lui. Qu’il l’emmène où il veut… 

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