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Seul sur la mer immense…

… et immense coup de cœur pour moi. Michael Morpurgo, je n’avais encore rien lu de lui. Cet écrivain britannique, né en 1943, est pourtant ambassadeur officiel de la littérature jeunesse dans le monde. Rien que ça… J’ai donc comblé mes lacunes et découvert par la même occasion un auteur et une histoire qui m’ont profondément touchée.

Ce livre se compose de deux parties. L’histoire commence à la fin de la seconde guerre mondiale, en 1947 exactement, quand un groupe de jeunes orphelins anglais embarque sur un paquebot à destination de l’Australie. Arthur, six ans, est parmi eux. Il laisse derrière lui un passé dont il n’a que des souvenirs flous et une sœur. Seul objet tangible auquel il peut se raccrocher : une clé que sa sœur lui a passée autour du cou avant qu’ils ne soient séparés. Après une houleuse traversée, il arrive enfin sur cette terre inconnue dont il espère le meilleur. Malheureusement, le bonheur n’est pas (tout de suite) au rendez-vous. Ce qu’il va vivre pendant les quarante ans qui suivent compose la première partie de cette histoire. La seconde, elle, est le récit des aventures d’Allie, la fille d’Arthur, qui, seule à bord du voilier construit par son père, va faire le chemin inverse pour rejoindre la Grande-Bretagne et tenter de retrouver sa tante dont elle ne sait rien.

Ce roman est écrit pour les enfants mais c’est un grand roman. Récit d’une vie pleine de rires et de bosses, où les plus grandes joies succèdent aux peines immenses, à l’image des vagues et des creux qui cerneront Allie et son bateau lorsque, respectant la promesse faite à son père, elle tentera de remonter le fil de sa vie. Les personnages, si humains, sont terriblement attachants. Les péripéties qu’ils traversent captivantes… Arthur, dont la vie a si mal commencé, sera par trois fois sauvé par des femmes. Faut-il y voir là un quelconque message à l’attention des lecteurs et du monde? En tout cas, ce roman de Michael Morpurgo m’a vraiment emballée, et je pense lire d’autres livres de cet auteur qui sait si bien conter… Une lecture idéale pour les 10/15 ans environ et plus si affinités…

A voir, le site de l’auteur. In English, of course…

Seul sur la mer immense, Michael Morpurgo, Gallimard Jeunesse, disponible à la médiathèque de DZ

Taxi

Taxi, de Khaled Al Khamissi, est un des dix livres sélectionnés pour le prix du Télégramme. A mi-chemin entre Naguib Mahfouz et les histoires farfelues de Nasredine Hodja, il regroupe cinquante-huit conversations avec des chauffeurs de taxi du Caire. Le procédé est original et le résultat tout à fait convaincant.

Au fil des dialogues, l’auteur dresse un portrait de l’Egypte contemporaine (plus précisément de la période 2005/2006) avec ses grands maux et ses petits remèdes. C’est la voix d’un peuple qui s’exprime par la bouche des chauffeurs de taxi, pestant contre le coût de la vie, la difficile éducation des enfants, regimbant contre les tracasseries administratives et les innovations politiques qui ne mènent à rien. Politique, religion, argent, amour, beaucoup de thèmes sont abordés, plus ou moins légèrement.

Portrait en filigrane d’un pays où la corruption gangrène tout, où le système politique paraît totalement verrouillé et où les humiliations pleuvent sur une population qui ne peut que subir les ravages du capitalisme, Taxi est à la fois un recueil d’histoires et un manifeste politique. Comment, en effet, après avoir lu ce livre, ne pas vouloir tout faire pour que les choses bougent enfin? Ce n’est pas un hasard si ce recueil est rapidement devenu, après sa publication, un best-seller… J’ai bien aimé la narration, typiquement orientale même si je dois avouer que la répétition de certains thèmes m’a parfois lassée.

Extrait :

La différence entre nous et eux, ce n’est pas la démocratie. Parce que la démocratie, elle n’existe que dans les livres, chez eux comme chez nous. La différence, c’est le droit. Ils ont un droit qui est appliqué et nous, non. C’est ça la différence. Chez eux, on ne pourrait pas dire que le groupe des Frères Musulmans est interdit et les avoir comme seuls opposants face au parti au pouvoir. Là-bas, interdit veut dire interdit, alors qu’ici, on peut être interdit et continuer tranquillement son chemin. D’ailleurs cela ne concerne pas seulement les Frères, ça nous concerne tous. On peut tous être arrêtés, conformément à la loi. J’ai bien dit « tous ».

Taxi, Khaled Al Khamissi, Actes Sud, 18€80

L’avis moins enthousiaste de Clara

Itinéraire d’enfance

Dans cette semaine consacrée à la littérature pour « ados », il m’a semblé intéressant d’inclure un billet sur une adolescence « ailleurs ». Il ne s’agit pas spécifiquement d’un livre destiné aux 13-18 ans – bien que je leur en recommande chaudement la lecture! – mais l’âge de l’héroïne d’Itinéraire d’enfance, ainsi que les péripéties qu’elle traverse, permettent une mise en parallèle avec les adolescents d’ici et d’aujourd’hui et éclairent ces années d’une lumière différente. Si l’adolescence est vécue, en Occident, comme un âge « ingrat », qu’il convient de passer au plus vite, ce roman montre qu’elle est aussi une époque de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Quelques années seulement, où les expériences se révèlent déterminantes, les rencontres capitales, les choix décisifs…

Dans le Vietnam des années 50, à la suite d’une injustice, Bê, jeune fille de treize ans, est exclue de son école et contrainte de prendre la route pour aller retrouver son père, responsable d’une garnison à la frontière du pays. Accompagnée de sa meilleure amie, la fillette va faire, en chemin, la connaissance de plusieurs personnes, tantôt bonnes, tantôt mauvaises et s’initier ainsi peu à peu à la vie, à ses beautés, à ses dangers. C’est un véritable roman d’initiation, empreint d’une grande humanité, pétri aussi par une culture orientale qui ne fait pas de l’homme le centre de l’univers… Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… Ces vers me sont venus à l’esprit quand j’ai refermé ce livre que j’ai lu presque d’une traite… Je vais essayer de vous expliquer pourquoi…

Ordre : L’écriture de Duong Thu Huong est d’une grande clarté. Son style fluide laisse couler aussi bien les mots que l’histoire, dans un beau mélange d’odeurs, de couleurs et d’émotions. La construction rigoureuse du récit n’apparaît pourtant pas aux yeux du lecteur, tout entier captivé par l’histoire de la petite Bê. Et pourtant il se déroule, implacable, alternant descriptions et péripéties, moments de joie ou de peine, à l’image même de la vie de l’enfant.

Beauté : Elle s’exprime d’abord par les paysages. Flamboyants en fleurs, herbe verte des chemins, pluie comme une cascade argentée, rondeurs des collines… Les contrastes de couleurs, les effets du soleil et de l’eau, la limpidité d’une rivière. Tout y est admirablement décrit, sans que jamais cela devienne lourd ou envahissant. La nature, la ville forment les décors où Bê et son amie évoluent, influant sur leurs humeurs et leurs actions. La beauté s’exprime également par certains personnages dont la bonté et la douceur rayonnent tout au long du livre. La mère de Bê, son maître d’école, ce vieil homme rencontré dans la montagne, le soldat, le médecin : tous jouent un rôle très important dans ce roman de formation qui raconte l’évolution d’une petite gamine de 13 ans qui découvre le monde. Enfin la beauté, c’est aussi tout simplement cette histoire, véritable hymne à la vie!

Luxe : C’est un luxe bien différent de celui de nos sociétés modernes. L’auteur excelle par exemple à décrire les mets préparés par les uns et les autres, une cuisine simple et roborative qui flatte le palais des personnages mais aussi celui du lecteur! Soudain, on prend conscience de ce plaisir sain : manger quand on a bien faim! Le luxe, c’est aussi l’épaisse veste de coton ouaté qui permet de garder la chaleur du corps, le poêle dans la cuisine, quand le crépuscule noie la maison de brouillard. Le luxe, c’est la main qui se tend quand l’enfant croyait que tout était perdu…

Calme : Il émane de l’ensemble de cette histoire une véritable sérénité car l’auteur ne joue jamais sur un suspens créé de toutes pièces. Ce qui m’a étonnée, c’est le calme relatif avec lequel les adultes prennent ce départ. Si la mère de Bê est inquiète, elle imagine que les événements ont poussé sa fille à aller chercher refuge chez des parents. Le fait qu’elle ait pris la route ne la perturbe pas plus que cela. Une forme de confiance est accordée aux enfants et surtout, ce genre d’aventure fait partie de la vie. Les gens rencontrés en chemin forment tout autant les jeunes filles que leurs propres parents. Chaque expérience est emmagasinée, telle un précieux grain de riz et toutes ne prennent leur sens qu’une fois le périple achevé.

Volupté : Volupté de la lecture, tout simplement. De se laisser emporter par un récit captivant, dans un pays méconnu, à une époque révolue. Volupté de s’abandonner, de s’immerger dans une belle histoire. Volupté de lire (enfin!) un bon livre!

En bref, vous l’avez compris,  une lecture extrêmement enrichissante , qui rassasie l’esprit et les sens, que je vous recommande!

Itinéraire d’enfance, Duong Thu Huong, Sabine Wespieser Editeur, 24€