Villa avec piscine

imgresMarc Schlosser est médecin généraliste. Un médecin qui a compris que les patients ont avant tout besoin d’être écoutés. C’est pourquoi il les reçoit durant vingt minutes, et non pas cinq comme la plupart de ses confrères. Cela suffit à faire la différence : son carnet de rendez-vous est plein. C’est donc naturellement par le biais d’une consultation qu’il va rencontrer Ralph Meier, un acteur.

Ce dernier l’invite, ainsi que sa femme, à une pièce de théâtre. De fil en aiguille, les deux familles se rapprochent. Des liens plus ou moins avoués se nouent. Ralph est sensible au charme de Caroline, la femme de Marc. Le médecin sent que Judith, l’épouse de l’acteur, est attirée par lui. Les deux filles du docteur s’entendent à merveille avec les deux garçons du couple Ralph/Judith.

Il n’en faut pas plus pour que, par une suite de hasards et de manipulations, les deux familles se retrouvent un été au bord d’une piscine…

Les fils sont noués. Le drame n’a plus qu’à surgir. Il jaillira d’un endroit où l’on ne l’attendait pas vraiment, mais qui semble logique, vu le déroulement du livre.

Dans cette histoire, Herman Koch s’attaque – en se glissant dans la peau du médecin – à l’hypocrisie de notre société. Pourquoi est-il devenu docteur, ce Marc? Le lecteur n’en saura rien. Tout ce qu’il voit, c’est la manière qu’il a de traiter ses patients. En apparence, il est compétent et attentionné. Sous la surface, on découvre un homme que le corps et la nudité dégoûtent, un mari tendance volage qui s’offusque du regard qu’un autre homme pourrait porter sur sa femme. Marc revendique le regard objectif du praticien alors qu’il n’est que tripes et subjectivité.

Sa duplicité va loin, très loin. C’est en fait un homme pétri de préjugés, méprisant et veule. Voire franchement pathologique… Le portrait est à charge, et pas une seconde, on ne peut entrer en empathie avec cet homme. Peut-on comprendre pour autant ses actes? Dans l’absolu, sans doute.

Mais Herman Koch, que le monde littéraire attendait au tournant après le succès du Dîner, frappe fort. Un peu trop à mon goût. A la fois dans la noirceur banalisée de son personnage, et dans la construction de son histoire. Comme s’il fallait à tout prix démontrer que le monde est rempli de porcs et de salauds. Si Caroline s’en sort un peu mieux que Judith, on ne peut pas dire que les femmes aient le beau rôle non plus dans cette histoire. Perverses dès le plus jeune âge, manipulatrices, un peu idiotes, elles apparaissent au final plus comme des clichés que comme de véritables personnages de chair, de sang et de cœur.

L’histoire est ficelée, il n’y a rien à redire là-dessus. Non, c’est juste qu’on sent un peu trop la démonstration sous la trame, la dénonciation d’une société gangrenée par son étroitesse d’esprit et son matérialisme. J’ai eu l’impression que l’auteur voulait prouver, et même démontrer, qu’il est bien le pavé dans une mare littéraire un peu lisse, le trublion des relations formatées de la bonne société.  Du coup, le récit perd en émotion. C’est au scalpel qu’Herman Koch a écrit son roman.

Le dîner nous avait donné la nausée. Ici, on boit la tasse. Et c’est amer. Y aurait-il quelque chose de pourri dans le fond bleu de la piscine?

Villa avec piscine, Herman Koch, Belfond.

22 réflexions sur “ Villa avec piscine ”

  1. J’avais beaucoup aimé « le dîner », certes noir, mais très bon dans le genre. Je ne suis pas certaine d’avoir envie de lire celui-ci toutefois. Une fois ça me suffit.

    1. @ Sylire : oui, pour moi, c’est très inférieur au Dîner. Ça manque de nuances, de contrastes. Tous les crabes sont dans le même panier et tous sont avariés…

  2. De toute évidence, l’auteur reprend les codes qui lui ont assuré le succès avec Le dîner mais, si je t’en crois, de façon trop appuyée et jusque la nausée (qu’on avait déjà ressentie pourtant à la lecture de son premier roman).
    Bon, je ne me précipiterai donc pas, mais garderai l’œil ouvert lors de ma prochaine virée en bouquinerie.

  3. J’ai tenté en bibli. Le portrait du « héros » était tellement à charge que je n’ai pas réussi à m’intéresser à l’histoire de ce personnage tellement cynique. J’ai donc lu en diagonale… sans avoir ensuite envie de reprendre ma lecture (correcte) où je l’avais laissée. Pas un roman indispensable, à mon avis (« Le dîner » m’a suffi).

  4. Le dîner, malgré son atmosphère très particulière, et le peu d’empathie pour les personnages, se laissait lire… mais la même recette ou presque… je n’ai pas envie d’y regoûter.

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