Pour te dire adieu

logo-plumes2-lylouanne-tumblr-comJ’ai participé cette semaine aux Plumes d’Asphodèle. La récolte de mots avait donné ceci : angoisse, silence, assourdissant, rue, paix, musique, exister, ténèbres, se ressourcer, naviguer, espace, bienfaisant, errance, vide, partager, austral, assis, ambivalent, manque,  obsidienne, orage, onde. Pour corser les choses, j’y ai ajouté le thème d’une musique que vous pourrez écouter à la fin du texte. Bonne lecture! Et bonne écoute!

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J’ai marché toute la nuit. J’ai marché, environnée de ténèbres, laissant loin derrière moi le vacarme de la ville, les rues et leurs vibrations assourdissantes. Peu à peu, le silence a succédé au bruit, et la paix à l’angoisse. J’ai marché dans une errance aveugle, me guidant seulement d’après les étoiles et la respiration puissante de l’océan, au loin.

Je devais partir. Quitter ce vide qui me tenait lieu de vie. Pourtant, le manque de toi est là, mais je ne pouvais plus supporter de n’être que l’ombre consentante de tes désirs. Quand tu étais loin, je passais des heures, assise, à attendre ton retour. Je n’existais pas. Et puis, au fil des mois, je me suis mise à redouter aussi ta présence. Cet amour ambivalent que tu disais me porter noyait mon cœur sous un déluge d’orage. Tu me faisais du mal. Tu me faisais du bien. Et mon corps devenait fou. Et mon esprit s’échappait vers un espace verdoyant comme un jardin secret, où je pouvais enfin me ressourcer dans une solitude bienfaisante.

Cette solitude rêvée, un autre homme a fini par me persuader qu’elle était possible. Ce soir, j’ai mis dans ton verre deux de ces cachets que tu prends parfois pour combattre les effets pervers du décalage horaire. Tu dors. Apaisé et confiant, comme l’enfant capricieux que tu es. Je suis sûre que même dans tes rêves, tu jubiles de ce pouvoir total que tu as sur moi. De me savoir si malléable sous la griffe de ton envie. Quand tu te réveilleras, ma présence n’aura pas plus de consistance que tes songes…

Déjà le jour se lève dans mon dos. Le ciel pâlit. Le bruit de la mer, à mes pieds, est la plus douce des musiques. Dommage que tu ne puisses pas l’apprécier comme moi. Les flots ont des reflets de cuivre et d’obsidienne. L’onde est si douce, si attirante que je me demande si je ne vais pas simplement y plonger. Avoue que c’est ce que tu aimerais! D’ailleurs, c’est ce que tu croiras. Je laisse mes chaussures et ma veste sur la plage. Je monte dans le canot pneumatique qui m’attend, moteur au ralenti. Le pilote me tient la main et me sourit. J’ai fait sa connaissance sur le marché. C’est idiot, n’est-ce pas? Pas très glamour, à tes yeux, une idylle qui sent le poisson?

Ma vie est ailleurs désormais, sur cette île vers laquelle nous voguons, nue et pauvre comme ces terres australes, promesse d’un monde plus simple et d’un amour meilleur. Je me retourne. Le sillage du canot forme un lien d’écume entre la terre et nous. Piste fugace qui aura disparu quand tu ouvriras les yeux. Je lève ma main vers le disque solaire qui a embrasé le continent.  Ce n’est pas une prière mais un dernier geste. Pour te dire adieu.

 

Pra Dizer Adeus, de Stéphane Spira et Giovanni Mirabassi, extrait de l’album Spirabassi. 

28 réflexions sur « Pour te dire adieu »

    1. @ MissNefer : je n’ai pas encore lu ton texte mais oui, écrire, c’est vraiment un travail de patience, de longue haleine. Plus on pratique – notamment grâce à ce genre d’atelier – mieux c’est! Alors vas-y! 🙂

  1. Un départ pour une nouvelle vie, triste, mais on sent une certaine libération en même temps. C’est superbement raconté, avec une dose d’émotions qui ne laisse pas indifférente. C’est vraiment agréable à lire.

  2. Même thème… et ton texte me parle.
    « mais je ne pouvais plus supporter de n’être que l’ombre consentante de tes désirs » me touche fort, d’ailleurs.
    J’aime toujours autant ton style.

  3. Hello Gwen, j’étais impatiente de découvrir ton texte 😉 Lire les écrits de mes références est toujours un grand moment de plaisir, d’émotion et d’envie !
    Comment te dire adieu ? avec deux cachetons de mélatonine ? 😆
    Une rupture est plus facile quand on la décide… et se souvent les femmes qui ont ce courage. Ton texte doit parler à beaucoup de femmes qui ne supportaient plus cette situation, dans la vraie vie.
    L’histoire est banale si j’ose dire mais ton style lui donne une originalité certaine.
    @ la semaine prochaine, le plaisir de te relire 😉
    Bon dimanche et bises de Lyon

    1. @ Soène : eh bien! me voilà propulsée au rang de référence! Marplij, comme on dit ici… 😉 L’histoire est banale, voire éculée, tu as raison. Mais sans cesse recommencée… 😉

  4. Très beau et j’aime beaucoup « Quand tu te réveilleras, ma présence n’aura pas plus de consistance que tes songes… ». Et puis un texte bercé par la mer, je ne peux que aimer. D’ailleurs j’aime l’ironie de l’amour qui sent le poisson 😉 J’ai aimé, et toujours une si belle plume ! Bises

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