Journal ambigu d’un cadre supérieur

L’humain est-il soluble dans le milieu acide de l’entreprise? Oui! a-t-on envie de répondre en refermant ces notes de bureau écrites par Etienne Deslaumes.

Tout commence, comme bien souvent aujourd’hui, par une fusion. Minerve Immobilier absorbe les Assurances  du Sphinx. Panique dans les rangs des salariés. Qui va rester? Qui va partir? E*** fait partie de ceux qui restent. Dans un premier temps, il est évidemment soulagé. Il se retrouve sous la direction d’Iban Lanziéga. Mais son répit est de courte durée car les méthodes managériales de Lanziéga – qu’il surnomme la Bête –  sont d’un style particulier et néanmoins très courant aujourd’hui.

Si je devais, d’un terme, qualifier l’ambiance de travail à Minerve Immobilier sous le règne d’Iban, j’oserais celui de peur – tout le reste en découle. Il s’agit d’une peur diffuse mais épaisse, intermittente mais poisseuse. Même dans les bons moments, et il y en a, nous sommes tous en sursis ; d’une seconde à l’autre, Iban peut quitter son enveloppe de nounours, sinon sympathique, du moins patelin, pour se transformer en furie tonitruante. Une extrême versatilité, un défaut absolu de maîtrise de lui-même, une propension à la violence et, disons-le, un goût pour cette violence caractérisent au quotidien cet homme qui a construit sur des complexes un pouvoir mal compris.

IMG_20130313_090751Le mot est lâché : pouvoir. Comme on le verra au fil des différents chapitres qui dressent de cruels portraits et relatent le quotidien terne de ces bureaux, il n’est pas tant question de productivité ou de résultats que de pouvoir. Le pouvoir est partout et avec lui, en cortège : manipulations, trahisons, coups bas, actes d’allégeance, retournements de veste, guerre d’usure ou blitzkrieg…

Narrée d’une plume alerte et concise, cette histoire se révèle aussi passionnante qu’un roman d’espionnage, aussi captivante qu’un thriller psychologique. Elle dresse surtout un tableau accablant d’une certaine conception de l’entreprise. Heureusement, ça ne se passe pas partout comme ça… On a peu parlé de ce roman sur les blogs pourtant, il vaut le détour. Par sa qualité mais aussi parce qu’ils ne sont pas si nombreux, les auteurs qui s’attachent à montrer l’envers, parfois bien sombre, du monde du travail.

Journal ambigu d’un cadre supérieur, Etienne Deslaumes, Editions Monsieur Toussaint Louverture. 

Comme par un fait exprès, paraissait il y a quelques jours dans le quotidien Le Monde cet article sur la dure vie des salariés.

17 réflexions sur « Journal ambigu d’un cadre supérieur »

  1. Pour être en relation avec quelques grands groupes, j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de constater comment ça se passe. Pas envie de lire ça noir sur blanc (même si c’est bien écrit). Ça ne ferait que me plomber le moral et me donner l’envie de prendre mes jambes à ton cou le matin au moment de partir au boulot …

  2. J’ai bien rigolé avec le lapsus d’In cold blog 🙂
    Si le livre t’appartient, je veux bien que tu me le prêtes quand on se verra. Le sujet m’intéresse. La fusion, je connais et c’est vrai que ce n’est pas simple…

  3. Je suis moi-même assez passionnée par le sujet même si certains témoignages me mettent hors de moi. Les inventions, pour « casser de l’employé » , de certains managers ou autres hiérarchiques sont affligeants.
    M’expliquerais-tu le mot « blitzkrieg »? Merci.

    1. @ Fransoaz : blitzkrieg, c’est la guerre éclair en allemand, celle-là même qui a mené à la débâcle en 40. Je compte prêter le livre à Sylire elle pourra te le passer après, si ça te dit.

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