Rencontre avec Craig Johnson

Quand un écrivain américain fait l’effort de venir jusqu’à Quimper – sérieusement, y a-t-il un seul Américain qui sait 1) que Quimper existe? 2) où ça se trouve? – on ne peut que se sentir obligé d’aller l’écouter. Et quand cet Américain est Craig Johnson, créateur du célèbre Sherif Longmire, on arrive avec une demi-heure d’avance. Au moins.

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Craig Johnson ne se la joue ni artiste ni star. Lui aussi arrive avec un peu d’avance – facilement reconnaissable parmi la clientèle de la librairie Ravy, grâce à son légendaire chapeau de cow-boy – pour avoir le temps de s’installer tranquillement. Il est accompagné de son éditeur français, Oliver Gallmeister qui lui sert de traducteur.

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Tout au long de la rencontre, Craig ne se départira ni de son sourire, ni de son humour. Dès les premières paroles, l’assemblée est sous le charme…

Interrogé sur l’origine de son envie d’écrire, Craig Johnson explique qu’il vient d’une famille de conteurs et que c’est donc presque naturellement, pour se prouver qu’il était capable, lui, de les écrire, ces histoires, qu’il a commencé. Cependant, il lui a fallu un déclencheur : trouver une histoire qui vaille la peine d’être mise en mots. Cette histoire, c’était Little Bird.

Le personnage de Walt Longmire est profondément humain parce que son créateur est persuadé que l’humanité, c’est ce que nous partageons tous et ce qui peut nous rassembler au-delà des religions, des opinions politiques, des différences culturelles. C’est un personnage masculin fort que Craig a voulu contrebalancer avec des personnages féminins. Vic Moretti, d’abord, qui est en quelque sorte l’anti-thèse de Walt. Elle est jeune, citadine, souvent grossière et douée pour la technologie tandis que lui est plus âgé, vient d’un milieu rural, choisit son vocabulaire et travaille plus dans le relationnel. Et puis Ruby, Dorothy et la femme « absente », la femme « en creux » en quelque sorte : l’épouse de Walt.

Quand il écrit ses histoires, Craig Johnson le fait avec cette idée à l’esprit : donner au lecteur l’impression d’être au Busy Bee Café où il rencontrerait par hasard le shérif qui après une tape cordiale sur l’épaule lui dirait, tiens, tu ne sais pas ce qui m’est arrivé le mois dernier… 

Avant de se consacrer à l’écriture, Craig Johson a exercé divers métiers, dont celui d’agent de police. Pour écrire les aventures de Walt Longmire, il a passé de nombreux moments avec des shérifs qui lui ont longuement parlé de leur métier. Il a eu envie de coller au plus près de la réalité. C’est pourquoi ses romans ne ressemblent pas à ces séries télévisées où les tests ADN sont faits en quelques heures et où le shérif se comporte comme un justicier. Dans le Wyoming, pour un cas important, la police locale peut attendre les analyses ADN plus de neuf mois… Les affaires ne sont pas résolues grâce à la technologie le plus souvent mais grâce à un énième coup de téléphone, à un témoin qui a mis du temps à se manifester…

Le temps où les romans policiers se résumaient à l’élucidation d’une énigme est révolu. C’est la raison pour laquelle les histoires de Craig Johnson dépassent le cadre habituel du roman policier. Ce sont des histoires où les personnalités des personnages sont riches et complexes, où il prend son temps pour raconter, en portant une grande attention à la langue. Ce sont aussi des histoires où la nature tient une place importante car le Wyoming est une terre rude, où les hivers sont froids et les étés étouffants, où vivent de nombreux animaux sauvages et où la densité faible de la population fait que chacun est un peu livré à lui-même.

Voilà en quelques mots le résumé de cette rencontre qui s’est soldée, bien sûr par une séance de dédicaces.

P1040151C’est vrai, comme me l’a dit Oliver Gallmeister, faire signer son exemplaire en anglais par l’auteur, ce n’est pas sympa pour l’éditeur français. Mais je pense que ce billet et les précédents consacrés aux romans de Craig Johnson compensent largement… 😉 Jusqu’à présent, sur les quatre titres traduits en France, l’éditeur a vendu environ 100 000 exemplaires mais ces chiffres vont sans doute rapidement augmenter car le romancier au chapeau de cow-boy rencontre un succès grandissant dans notre pays.

Alors longue vie au Shérif Longmire! Et merci Craig d’être venu jusqu’à notre petit bout du monde pour nous rencontrer!

Le site de l’auteur

Le site des éditions Gallmeister

39 réflexions sur “ Rencontre avec Craig Johnson ”

  1. Super cette rencontre, ce vieux Craig doit aimer de plus en plus la France, il a dû venir plusieurs fois aux Etonnants Voyageurs non ? Je l’ai recontré au festival America il y a deux ans et on avait bien rigolé aussi.

  2. Snif, j’espère qu’il reviendra au festival america, un où je serai, non mais.
    Oui, faire signer l’exemplaire en anglais… ^_^ Mais bon toi (et moi) on en fait pas mal pour l’éditeur, qui n’en a d’ailleurs pas besoin. Et puis on a quelques longueurs d’avance, aussi. Le seul que je possède de la série est en vO, acheté à Dialogues, d’ailleurs.

  3. Quand la série TV Longmire sera diffusée en France (et elle le sera, vu le succès rencontré aux US), la Longmire-mania sera à son comble. Le fan club du shérif impassible (et de son irrésistible auteur) va exploser. ça va couiner dur ! 🙂

  4. J’avais vu qu’il tournait un peu partout en France, dans des librairies que je connais, mais j’avais mis l’info de côté (avec tant d’autres). Mais vu comment tu en parles, je vais peut-être me laisser tenter. Little Bird, dis-tu ?

    1. @ Sébastien : je ne vais pas m’avancer mais je pense que ça devrait te plaire. Tu pourrais même devenir accro… Oui, Little Bird, c’est le premier. Il est sorti en poche chez Gallmeister et doit pouvoir être déniché dans toutes les bonnes bibliothèques. 🙂

  5. Craig Johnson, en plus de la Bretagne, commence à connaître bien Lyon aussi… Mais il semblerait qu’il ne vienne pas cette année, dommage ! Ce qui ne m’empêchera pas de continuer la série, en français pour l’instant, faute de temps !

    1. @ Kathel : mais s’il ne vient pas à Lyon, Keisha va être désolée! 😦 La série est très bien traduite et si tu lis en français, c’est O. Gallmeister qui va être content! 😉

  6. Le moment est donc venu pour moi aussi de découvrir cet auteur. Je reprends le conseil donné à Lucie pour mon propre compte.
    As t-on besoin de faire un stage en commissariat pour décrypter ses romans?

  7. Craig Johnson est très souvent en France finalement. Je l’ai rencontré il y a deux ou trois ans aves mes élèves et j’en garde un souvenir formidable. C’est quelqu’un de très sympa !

  8. C’est marrant, le nom de l’auteur me dit quelque chose, mais je suis sûre que je n’ai jamais rien lu de lui. Je me demande si je n’ai pas un de ses bouquins dans ma PAL. Va falloir que j’en refasse l’exploration, si je comprends bien. Et sinon, j’irai voir mon libraire préféré : ce que tu dis de l’auteur me « parle » !

  9. Bien d’accord  » quel auteur français dit mieux « …
    Et c’est vrai qu’en lisant on a l’impression de rencontrer le shérif nous racontant sa dernière histoire !

  10. Le bonhomme a l’air très sympathique et j’aime cette simplicité, un auteur qui sait se mettre à la hauteur de ses lecteurs est une perle. J’aurais adoré être là. Je n’ai pas encore lu Little Bird mais il est en bonne place sur ma PAL, vu les passages que j’ai déjà grignotés il devrait beaucoup me plaire !! J’avais eu la chance de rencontrer Olivier Gallmeister et la rencontre était vraiment passionnante !

  11. Shame on me, toujours pas lu Craig Johnson !! J’aimerais bien qu’il vienne à Lille, au Furet du Nord, il y a déjà eu quelques pointures du genre James Ellroy ou David Vann (aussi un Gallmeister, tiens) alors pourquoi pas lui ?

    1. @ Anne : il a un site, tu peux le contacter et lui suggérer de venir dans le plat pays… Bon, c’est sûr, ce n’est pas aussi beau que la Bretagne donc, il y a peu de chances qu’il vienne mais on ne sait jamais, essaie quand même! 😉 (oh, la peste de Bretonne!!!)

  12. J’ai découvert cet auteur grâce à un challenge (chez Keisha) et oui, quel auteur, quelle plume et franchement moi qui ne pensais pas aimer, je suis bluffée 🙂 Donc je t’envie ces quelques moments à l’écouter raconter son écriture 🙂

  13. C’était quand cette rencontre avec Craig ? Dis-moi que c’était avant les vacances scolaires et que je ne pouvais pas être disponible ! Sinon, je vais « grave déprimer »… J’attends avec impatience de lire  » The dark horse ». je comptais me l’acheter dès sa sortie mais M.Chéri a donné ce titre à des amis qui veulent m’offrir un roman (que je n’ai pas lu !!!). Du coup, je patiente ;-). Monsieur va d’ailleurs se lancer dans la série complète car il a terminé la trilogie de Peter May qui se déroule sur l’île Lewis dont je lui rabattais les oreilles depuis des semaines. Il a adoré !

    1. @ Joelle : ne déprime pas, c’était jeudi dernier. Tu travaillais forcément! 😉 J’attends le dernier tome de la trilogie de May… Environ 8624 réservations avant la mienne à la médiathèque!!!

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