Ils désertent

Du précédent livre de Thierry Beinstingel – Retour aux mots sauvages – je garde un excellent souvenir.

imgres-1En commençant Ils désertent, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. J’ai été un peu étonnée par cette manière qu’a l’auteur de s’adresser à ses personnages : tutoiement pour la jeune femme, commerciale fraîchement embauchée dans une entreprise qui vend des canapés et des papiers peints, vouvoiement pour le plus vieux commercial de la boite, celui que les autres appellent l’ours ou l’ancêtre et qui fait, malgré l’âge, toujours le meilleur chiffre d’affaires…

Ils désertent, c’est le récit de leurs trajectoires croisées. Elle est encore pleine d’énergie et d’illusions. Obéissante, elle a pour mission première de virer l’ancêtre. Lui, sculpté par cette vie harassante qui pendant quarante ans, l’a fait sillonner toutes les routes de France et tester les matelas trop mous de tous les petits hôtels ne veut pas partir.

Je n’ai pas envie d’en dire davantage. Il faut découvrir ce roman qui, en quelques traits dessine les pièges et les leurres de notre vie moderne. L’écriture de Thierry Beinstingel se fait sèche quand il s’agit de décrire le monde actuel, sans âme et sans élégance et tendre quand il évoque ses personnages, leur vie, leur toute petite vie, si minuscule qu’elle pourrait presque passer inaperçue. Avec un talent consommé, il fait ressortir l’humain, ce noyau dur que le management, l’argent, le pouvoir ne parviennent pas à entamer. La fin, que d’aucuns trouveront peut-être trop heureuse, porte en elle cet espoir auquel nous nous raccrochons tous, à un moment ou à un autre de notre vie de pouvoir dire : non, stop, ça suffit… 

A lire et à faire lire!

Ils désertent, Thierry Beinstingel, Fayard, 19€

20 réflexions sur « Ils désertent »

      1. Il y a des restrictions de budget, ça marche de moins en moins et je leur reproche de n’acheter que les valeurs sûres (c’est-à-dire marchandes, ce qui n’est pas le rôle d’une bibliothèque non ?)

      2. @ Aifelle : mince! Oui, il y a des restrictions de budget partout, c’est certain mais une bibliothèque doit aussi offrir l’accès à des livres moins médiatisés, tu as raison.

  1. je vais aller lire ton billet sur le livre précédent car vous vous y mettez à trois pour me tenter et en plus il est disponible dans la bibli de mon quartier (oui Aifelle je suis chanceuse )

    1. @ Dominique : si tu es chanceuse, alors il faut en profiter pour découvrir cet auteur à l’écriture ciselée qui s’attaque aux dérives du monde du travail et n’a pas son pareil pour faire jaillir une belle humanité de ses personnages. 🙂

  2. J’ai toujours « retour aux mots sauvages » dans ma PAL. Je commencerai donc par celui-ci. En ce moment je suis sur un livre qui traitre en gros du même sujet « les heures souterraines » de Delphine de Vigan.

    1. @ Sylire : j’ai lu les Heures souterraines aussi et j’avais été moins convaincue. Peut-être trouveras-tu le temps de lire Retour aux mots sauvages pendant les vacances? Il vaut le détour. 🙂

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