Se retenir aux brindilles

J’ai découvert la plume de Sébastien Fritsch avec Invitation pour la petite fille qui parle au vent. A force d’échanges de mails – il est en ce domaine presque aussi bavard que moi, c’est dire! – il a réussi à attiser ma curiosité de lectrice et j’ai découvert Derrière toute chose exquise, un roman à l’atmosphère étrange, qui recèle un « trick », tel un bureau à tiroir secret. Je savais donc, avant de commencer son nouvel opus, Se retenir aux brindilles, le goût de l’auteur pour les fins surprenantes qui jettent un éclairage nouveau sur l’histoire qu’on vient de lire et donnent envie de reprendre la lecture du début. Mais je m’égare et parle de la fin avant même d’avoir abordé le commencement…

Ariane est mère de deux enfants. Elle fuit. Quoi? On le devine peu à peu : un mari violent, une vie de mensonges et de faux-semblants. Son seul point d’ancrage, c’est Tristan et Matthias, deux amis avec lesquels elle a passé une partie de son enfance. Enfance marquée par d’étranges jeux et mises en scène, où la peur tenait lieu de règle et de personnage principal. Et Ariane, confinée dans une famille sinistre, était alors hautement impressionnable.

Pas étonnant, dès lors, qu’elle cherche, dans sa fuite, à retrouver ces deux amis, les seuls sur lesquels elle ait jamais compté. Lorsque l’histoire débute, elle arrive dans le village de son enfance, à la recherche de quelqu’un qu’elle a connu autrefois et qui pourra lui dire, peut-être, comment trouver ses deux amis. Mais sa présence dans ce lieu tant de fois parcouru en tous sens, dont elle connait tous les recoins, tous les chemins, l’oblige peu à peu à se plonger dans ses souvenirs. La clé de son présent est-elle enfouie dans le passé?

Mêlant ces deux temps, ce récit est celui d’une femme qui abrite encore en elle l’enfant qu’elle a été. Une enfant blessée, meurtrie, niée qui, pour survire, a dû apprendre à se retenir aux brindilles mais aussi une enfant qui prend trop de place, qui n’a pas su grandir, mûrir, même si en apparence, elle mène une vie d’adulte « normale ». Cette fuite est comme un voyage à l’envers. Ariane va devoir apprendre à lâcher ces brindilles pour saisir enfin quelques branches solides sur lesquelles prendre appui : une amitié inattendue, une rencontre de hasard, le message timide d’un enfant…

Sébastien Fritsch réussit parfaitement à se mettre dans la peau de cette jeune femme apeurée, qui avance à l’instinct. Au delà de la couverture – très réussie – qui accroche le regard, les premières lignes ferrent le lecteur et c’est avec une certaine impatience qu’on tourne les pages pour découvrir, savoir, et comprendre enfin, ce qui a mené Ariane sur ce douloureux chemin. Le style de l’auteur est précis, méticuleux presque, dans les descriptions et l’évocation des souvenirs. Quelques moments d’humour (j’ai bien aimé la rencontre à Nantes!) apportent leur dose légèreté à cette histoire sombre mais qui évolue, avec une belle régularité, vers la lumière.

Et la fin, évidemment, même si elle ne recèle aucun mot à l’encre sympathique, éclaire d’un jour nouveau la renaissance de cette femme.

Un extrait

C’est à ce moment précis que Léo aurait dû m’embrasser : j’avais la bande originale du film qui défilait dans mes oreilles, l’éclairage avait été judicieusement réglé par une équipe complète d’employés municipaux qui se relançaient la balle depuis des semaines pour décider lequel d’entre eux irait changer l’ampoule grillée du troisième réverbère de la rue Montchapet. Le responsable des effets spéciaux avait particulièrement travaillé l’entrelacement des deux halos de brume s’échappant de nos bouches entrouvertes

Petit détail mais qui a beaucoup d’importance : je n’ai pas vu de coquille ni de faute! Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas du tout mais mon œil sagace n’a rien détecté. Bravo pour la relecture!

Et petit aparté à l’auteur : c’est un peu « fashion », je sais, mais une petite playlist, à la fin, ça aurait été sympa. 😀 Et j’ai vu que tu avais réussi à placer le mot « saxophone », voilà qui me plait mais quand même ça manque un peu de jazz tout ça… 😉

17 réflexions sur « Se retenir aux brindilles »

    1. @ Keisha : finies les vacances tout court! 😦 Je serais bien restée une semaine de plus dans la campagne corrézienne… Tu es tentée? Tant mieux, il y a une justice! 🙂

  1. Meuhci beaucoup pour cette photo ! Je suis très touchée !:)))
    Et en plus, elles ont juste comme j’aime car elles ont l’air de grosses peluches: on a envie de leur faire plein de câlins!!! Meuhrci encore!!!!

  2. Coucou ! Te r’voilà ? Super. Tu nous feras peut-être un p’tit billet sur tes vacances en Corrèze ?
    Les avis sont très bons sur ce roman. J’ai mémorisé le titre et la couverture.

    1. @ Sylire : un billet sur les vacances, oui, p’tet ben… j’ai fait plein de photos en tout cas! Si tu veux toi aussi te retenir aux brindilles, je te le passerai à l’occasion. Et j’ai fini celui que tu m’as passé à Carhaix : super! 😀

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