Coming out…

Les amoureux des livres sont parfois des êtres pleins de préventions. De leur petit panthéon personnel, qui fleure bon le papier vélin et l’encre à peine sèche, certains auteurs sont bannis, simplement parce que leur nom orne trop souvent les têtes de gondoles des supermarchés et que, pour ces transis d’amour, dont le livre n’est qu’un prolongement naturel de la main, on ne mélange pas les poireaux, le thon en boite, le jambon polyphosphaté et la Littérature. A moins de vouloir préparer une soupe particulièrement imbuvable…

Je n’échappe pas à ce travers. Mais comme j’ai décidé d’entamer une mue salutaire avant de dépasser l’âge limite de la ménagère, je fais la guerre à ces défauts, même si, comme le laisse parfois entendre mon mari, ce sont justement eux qui font mon charme… Il parait qu’il faut grandir un peu.

Dans cette lutte acharnée (si, si…) contre mes failles et mon immaturité pathologique, mon amie Muriel m’a été d’une aide précieuse. On ne remercie jamais assez ses amis – les vrais bien sûr, ceux qui ne pratiquent pas la politique « Loin des yeux, loin du cœur« … C’est grâce à elle que j’ai pu lire un Musso.

Oui, vous avez bien lu. Moi, la Gwé-Gwé du blog Skriban, qui d’habitude ne fréquente que la crème du Lagarde et Michard et la stratosphère littéraire,  J’AI LU UN ROMAN DE GUILLAUME MUSSO! Et comme c’est l’heure du coming out, je vais même vous avouer que dans ma jeunesse j’ai dévoré aussi « Le roi vert« , de Sulitzer. Et je crois même me souvenir qu’à l’époque, je l’avais terminé bien plus vite que « Le père Goriot » qu’on étudiait en classe.

Saint Germain (des Prés), pardonnez-moi, j’ai pêché… Mea culpa. Mea maxima culpa!

Alors?

Alors, comme Keisha, je dirais qu’il y a bien pire. A tel point que j’ai presque envie – je dis presque… – de découvrir, comme ça, au hasard, par un jour de grand vent, un roman de Marc Lévy. Mais comme il ne faut pas abuser des bonnes choses (vous êtes témoin, de ligne en ligne, je deviens plus sage…), je vais attendre un peu pour tenter une nouvelle et ébouriffante expérience livresque.

« L’appel de l’ange »… Voilà un titre qui ne pouvait que me parler puis qu’il parait que mon prénom veut dire « ange blanc » – comme quoi les parents manipulent parfois les prénoms comme d’autres les poisons. Bref, dans un aéroport qui ne peut être qu’international – ces choses là n’arrivent pas à Quimper-Pluguffan… – Madeline et Jonathan se percutent dans une cafétéria et dans le bordel bazar qui en résulte, ils échangent quelques insultes et aussi, accessoirement, c’est le cas de le dire, leurs téléphones portables.

Elle est fleuriste, habite à Paris, projette de se marier bientôt avec un homme qui a toutes les qualités mais qui est un peu rasoir, enfin c’est mon avis, je n’aime pas les types parfaits et cache un lourd secret. Lui est séparé de sa femme, ex-grand chef cuisinier déchu, père d’un petit garçon et un peu aigri sur les bords puisque trahi par son meilleur ami. Ces deux-là sont comme mon beau-père : ils n’ont qu’un défaut*! Ils sont curieux! Alors évidemment, chacun va explorer le joujou de l’autre (cette phrase n’est pas à double sens, je le précise, les apparences sont parfois trompeuses) et comme dans un jeu, chaque nouvelle information donne envie d’en savoir plus, tout en présentant le possesseur du téléphone sous un jour nouveau… Peu à peu, l’intrigue se densifie et…

C’est là que Guillaume Musso est très fort. Une fois qu’on a commencé, on a envie de savoir la suite. C’est humain non?Et n’allez pas croire que je me cherche des excuses… J’ai été ferrée. Aussi incroyable que cela puisse paraître…

Alors, oui, tout au long de la lecture, le stylogramme reste désespérément plat mais combien de livres ai-je lu, plein de style mais dépourvus d’intérêt parce que justement, ils n’avaient que ça pour eux, le style? Les personnages sont parfois caricaturaux, du moins au début mais la progression dans l’histoire permet de faire voler en éclats ces stéréotypes (par exemple Madeline commence avec une salade et un thé citron mais passe très vite au sandwich-rillettes et va même jusqu’à vider, sans scrupule, un paquet de Granola, c’est pas une fille comme vous et moi, ça? La différence, c’est juste qu’elle ne prend pas un gramme et que moi je prends trois kilos par miette, mais on ne va pas s’arrêter à ce genre de considération métabolique, si?). Les coïncidences abondent, voire pullulent et semblent souvent « zazardeuses » mais quitte à se vautrer dans la facilité, allons-y gaiement! Et puis évidemment, même si au départ, le cuistot et la fleuriste se détestent cordialement, la fin prouve que les contraires s’attirent souvent, surtout dans les romans populaires.

Les histoires qui finissent bien ne sont pas l’apanage de Jane Austen! Qu’on se le dise!

Une fois mon snobisme littéraire mis de côté, c’est donc sans honte que je vous avoue aujourd’hui avoir passé un sympathique moment avec ces deux personnages (je dis « deux » parce que les autres, les secondaires sont tellement anecdotiques qu’on ne s’en souvient même pas, deux minutes après avoir refermé le livre…) et me sentir prête à recommencer. Mais pas tout de suite non plus, hein. I’m not a fool. (Quoique…) Disons, dans quelques années… Plus tôt peut-être, si la réalité se met à dépasser la fiction et que la mafia russe me capture par erreur et m’enferme dans un roman de Marc Lévy dans une cellule d’un mètre sur deux, avec pour tout équipement une paillasse, un seau et un livre de Musso, en imaginant ainsi me faire craquer et me pousser à livrer des informations que, de toute façon, je n’ai pas**…

Ma conclusion aura la forme d’un message personnel pour Guillaume (prononcez « Guyôme », à la bretonne)!

Je te jure, le sweat à capuche sous la veste (voir photo ci-dessus), ça le fait trop! Tu ressembles vraiment à un mec qui ne se la pète pas comme ça. Auteur populaire qui s’assume quoi! L’incarnation de la cool attitude… Allez, tchuss baby. J’espère qu’on se verra à Carhaix en novembre. Quoi, tu ne connais pas le salon du livre de Carhaix? Ben mince alors… Tu me déçois, là… Tu n’es peut-être pas un mec si simple que ça pour finir…

L’appel de l’ange, Guillaume Musso, Pocket. By courtesy of miss Mumu, qui je l’espère me pardonnera ce billet un peu « côstique »…

(Pour info, en 2011, Guillaume Musso a réalisé 14,8 millions d’euros de chiffre d’affaires. La tête de gondole a de beaux jours devant elle… )

***

* Dialogue entre mon beau-père et moi, un soir d’été en Grèce, il y a longtemps :

« (lui) – Je n’ai qu’un défaut…

(moi, lui coupant la parole) – Oui, c’est que vous êtes modeste… « 

Rires. Jaunes.

Extrait de la série « Les recettes inratables de Gwenaëlle pour se faire des amis« 

** je préfère le dire tout de suite, histoire d’éviter de fâcheux contretemps…

32 réflexions sur « Coming out… »

  1. J’ai tenté le premier Marc Levy, histoire de ne pas mourir idiote. Cà m’a guéri à tout jamais des tentatives du même genre, alors je te laisse ton Musso. (un article qui parle de Douarnenez cette semaine dans Télérama, tu as vu ?)

    1. @ Aifelle : « mon » Musso, comme tu y vas… 😉 Oui, j’ai vu et lu l’article en question. Pas mal du tout, cela rend bien l’atmosphère de la ville je trouve. Les fêtes maritimes commencent jeudi, ça promet du « reuz »! 🙂

  2. Lévy, j’ai tenté de lire le premier mais non, vraiment pas ma tasse de thé… Quant à celui-ci ton excellent billet donne envie de ne pas mourir idiote et de lire, si jamais d’aventure, il tombe entre mes mains, ce roman de Musso. Quant à la remarque sur ton beau-père, je ne peux m’empêcher de citer ce mot d’Oscar Wilde (merci Aifelle !:) : « Personne n’est parfait. je suis moi-même particulièrement sensible aux courants d’air. »

    1. @ Cathulu : ce n’est pas ma tasse de thé non plus mais peut-on vraiment faire l’impasse sur ces livres qui rencontrent tant de succès? J’aime beaucoup ta citation d’Oscar Wilde. Dans le même genre, la dernière réplique de Certains l’aiment chaud n’est pas mal non plus…

  3. Ha ha ! Tu as écrit ce billet to-ta-le-ment à jeun ??? Excellent ! J’en ai lu un (il y « -‘ans), je ne me souviens même pas du titre et il ne m’a pas donné envie de recommencer l’expérience car j’avais eu l’impression de lire un script, un scénario de DVD mais pas un livre. Marc Lévy, j’en ai lu un ou deux (si si j’avoue), il y a une dizaine d’années et je n’en ai aucun souvenir ! Je ne les considère pas comme des auteurs indispensables mais oui c’est vrai, j’ai lu pire depuis, alors sans les encenser, accordons leur la petite place qu’ils méritent… Tu m’as bien fait rire ! 😀

    1. @ Asphodèle : à jeûn moi? Toujours! Même si en tant qu’habitante de DZ, ça peut paraître curieux! Cela a été une expérience intéressante et comme tu le dis si bien, en tant que blogueuse littéraire, lire une peu de tout ce qui s’écrit, c’est presque une question de déontologie! 😉

  4. j’adore ce billet, j’ai commis moi aussi le sacrilège de lire il y a pas mal d’année un Sulitzer : Hanna , j’en rougis encore 🙂
    Comme Aifelle j’ai fait une tentative avec Marc Levy et non mille fois non je n’ai pas marché une seconde à une histoire de femme disparue, réapparue ..je ne l’ai jamais terminé
    Je vais donc faire l’impasse sur Musso et je compatis à ta honte , mais un moment de honte …..:-)))))))))

    1. @ Dominique : au rayon « moments de honte », je ne suis plus à ça près… 😉 En fait, ces histoires sont davantage des contes modernes, avec tout ce que cela suppose de bling-bling, de facilités, de rêves « prêt-à-porter » mais ce qui m’étonne le plus, c’est ce côté romantique, histoire d’amour parfait, princesse malheureuse et prince charmant. Je m’étonne que ça dure encore, que ça marche autant…

  5. Haaa je me demandais ce qui se cachait derrière ce titre !! Et j’ai bien ri aussi. Cela dit, je n’ai pas envie de tenter l’expérience (et pourant j’approche aussi de ‘âge de la ménagère) Certaines d emes élèves se pâment devant les bouquins de Musso et Lévy, elles se croient profondes parce qu’elles lisent des histoires tellement envoûtantes et sentimentales… mais elles ne jurent que par ça… et ça me hérisse un peu. OK, OK, je suis un peu psycho-rigide. Et ton mari qui t’aime avec tous tes défauts est très sympa !

    1. @ Anne : psycho-rigide? Nooonnn… exigeante! 😉 Je me dis que celles de tes élèves qui lisent cela aiment la lecture et peut-être seront-elles amenées, avec un peu de maturité, à lire autre chose. Je crois que mieux vaut lire Musso et Lévy que ne rien lire du tout. Tu ne crois pas? Même si ces livre ne sont pas très bons, on en retire toujours quelque chose… (c’est mon côté positif, je ne n’ai pas que des défauts non plus, faut pas croire… 😆 )

      1. Oui, c’est vrai, j’essaye de me dire ça aussi, qu’il vaut mieux lire ça que rien du tout. Même si ça s’assortit parfois d’un certain mauvais goût en matière artistique (puisque j’enseigne dans une école artistique) : c’est un peu significatif… Sur cette vacherie de vacances, je sors…

      2. @ Anne : je vois ce que tu veux dire… Il faut dire qu’à force de décomplexion, le mauvais goût est partout. La culture a changé de visage et à âge égal, les ados d’aujourd’hui sont sans doute bien plus dégourdis que nous mais aussi moins impregnés de cette culture classique à laquelle on goûtait très tôt. Espérons que le temps leur permette de rattraper cela. Mais j’ai comme un doute, l’air du temps n’est pas à la profondeur et à la lettre C le commerce passe bien avant la culture… Quand il ne prétend pas la remplacer, purement et simplement.

  6. Je m’aperçois que plus je lis, plus je suis exigeante sur la qualité de l’écriture. Et si j’ai lu avec plaisir des Mary Higgins Clark et Marc Levy avec plaisir, je n’y arrive plus…. alors Musso n’est pas pour moi, sauf si une amie me l’offre 😉

  7. Mouarf ! sacré coming out ! j’ai aimé et dévoré Musso fut un temps… Mais bon, c’est finalement toujours la même recette, qui fonctionne oui… Je trouve ça quand même bien meilleur que Levy ! 😉

  8. Bon, puisque tu l’as fait (avec talent), j’ose aussi faire mon coming out : moi aussi j’ai lu un auteur populaire. C’était Lévy, pas Musso, mais vu d’ici, c’est un peu pareil. Il s’agissait de son premier, « Et si c’était vrai » (rien que le titre…). Mon but était bien sûr de ne pas mourir idiot, d’être capable d’avoir un avis sur ces romans dont tout le monde parle, mais surtout de comprendre comment il faut faire pour écrire des bouquins qui se vendent comme des petits pains. Finalement, je préfère rester totalement inconnu et continuer à écrire comme j’écris.

    1. @ Sébastien : oh, vous ici, quelle bonne surprise! 🙂 Je ne sais pas ce qu’en pense ton fan-club mais si tu te mettais à porter des sweats à capuche sous la veste, je suis sûre qu’on serait toutes très déçues! 😉 et puis je te rassure, tu n’es pas totalement inconnu!
      Quel étudiant en lettres se penchera sur ce phénomène que représentent Musso et Lévy? Je suis sûr qu’il y a plein de choses à en dire… Des philosophes ont bien ananlysé les séries télé, alors pourquoi pas la littérature de caddy de supermarché?

  9. J’en ai lu un, mais impossible de me souvenir si c’était de Lésso ou de Muvy ! C’est dire comme cela m’a marquée… Comme ça se passait au Etats-unis, et qu’il était question de complot machiavélique sur fond de personne disparue, je pencherai plutôt pour Marc Lévy, qui me semble être un rien, oh, juste un soupçon moins modeste de Guillaume Musso… 😉
    Merci en tout cas pour ce billet que j’ai lu de A jusqu’à Z, alors que je suis en mode vacances et zapping bloguesque en ce moment !

    1. @ Kathel : oui, d’ailleurs quand j’ai vu ton commentaire, j’ai été étonnée, je te croyais (à raison) en vacances! 🙂 Bon, je vois que je ne suis pas la seule à faire mon coming-out aujourd’hui… je ne sais pas si je dois trouver cela rassurant… 😉

  10. Bah, il n’y a pas de mal à tomber dans la facilité de temps en temps. C’est comme écouter Claude François sur radio-nostalgie plutôt que d’écouter sagement France Culture…
    Mais comme je n’ai pas sauté sur les Musso et autre Levy à la braderie de Morlaix, ce n’est pas pour tout de suite.
    Excellent ton billet :-))

    1. @ Sylire : ah, tu sautes sur les auteurs, toi? Pas étonnant que le gars de Carhaix fantasme à mort sur toi… il attend son tour! 😆 Alors si tu compares Claude François à Guillaume Musso, le débat risque de déraper et je ne réponds plus de rien!!!

  11. Je me suis marrée à lire ton billet mais les commentaires sont savoureux aussi ! En fait, Gwen, tu es en train de provoquer une salutaire catharsis décomplexante sur la blogosp^hère !!

  12. « On » me conseille un M Levy, mieux que les autre, mais semble-t’il moins dans sa veine habituelle. J’hésite. Bon, la mafia russe ne m’a pas prise en charge, alors… On se fait une LC « destroy » même pas peur? Avec possibilité ‘abandon au bout que quelques chapitres.

    1. @ Keisha : oui, c’est ça, LC destroy, même pas peur! Je suis bien contente que la mafia ne t’ait pas kidnappée… on aurait dû faire un charter de blogueuses pour venir te délivrer! 😆

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s