Gifted!

Il y a une dizaine d’années, mon fils ainé commençant à s’opposer de plus en plus au système scolaire dans son ensemble et à l’instit qu’il avait cette année-là en particulier, mon mari et moi nous sommes posés de sérieuses et graves questions. De sites internet en consultation de psy, nous avons bientôt découvert que notre zazou était ce qu’on appelle ici « doué », voire « surdoué », mot qu’on traduit par « gifted » chez nos amis anglo-saxons. Dans gifted, il y a gift qui signifie cadeau. Quand j’en discute avec mon fils, je ne suis pas certaine qu’il considère cela comme un cadeau, cette forme d’intelligence qui n’est pas tant supérieure que particulière…

Mais passons sur les lacunes du système éducatif français (notez que je n’ai pas dit « les profs », hein…) et sur cette instit, particulière elle aussi, qui trouvait que mon fils la menaçait « avec ses yeux ». Deux grands yeux bleus, effrontés parfois, méprisants peut-être mais menaçants, en CE2, il ne faut pas exagérer… Passons, oui, car une fois plongée dans ce sujet des enfants précoces, j’ai eu la curieuse impression, au fur et à mesure de mes découvertes, de me voir dans les caractéristiques qui définissent ces êtres un peu hors-normes… Oui, curieuse sensation en effet que de découvrir que ce sentiment d’étrangeté, cette impression de n’être jamais à ma place, jamais vraiment en phase avec les autres n’était pas dû à une quelconque bizarrerie de ma part mais à une façon différente de penser.

Dérangeante sensation quand, quelques années plus tard, j’ai annoncé à ma mère que mon fiston cadet allait sauter une classe et que je l’ai entendue me dire : « Ah mais toi aussi tu aurais pu sauter une classe! Quand tu es arrivée en CP, tu as rattrapé et dépassé la classe en l’espace de trois mois! La directrice n’avait jamais vu ça et c’est elle qui m’a proposé de te faire passer directement en CE2. Mais j’ai refusé, j’ai dit, laissez-la prendre son temps…  » Soudain, miraculeusement, l’ennui éprouvé TOUT AU LONG de ma scolarité a trouvé une explication : ma mère, qui travaillait alors dans un hôpital psychiatrique, qui passait ses journées entourée de psychiatres, de psychologues, de psychohérapeutes et que sais-je encore, en apprenant que j’allais plus vite que les autres n’avais pas demandé conseil, elle s’était contentée, tel l’empereur romain moyen, de tourner le pouce vers le bas. Elle avait dit « stop ». Ajoutant même « laissez-la prendre son temps », alors que visiblement, ce n’était pas ma principale préoccupation…

Formidable colère… et pas seulement pour ça. Mais j’ai décidé de faire court. Alors poursuivons…

Aujourd’hui encore, alors que les articles et les publications sur le sujet se multiplient, les « précoces », les « surdoués » sont mal connus. Notamment par les enseignants qui voudraient que ces enfants hors du commun soient bien sages et bien polis, qu’ils jouent le rôle de locomotive dans leur classe et ne pipent mot. Or, ça peut être tout le contraire… Mon fils aîné était opposant, caustique, incapable de travailler avec un professeur qu’il « n’estimait pas » ou de respecter une autorité qui n’avait pas d’abord été méritée. Je me souviens de son commentaire sur une prof d’anglais, un jour de rentrée : « Elle parle anglais comme un pilote d’Air France » (comprenez mal et avec l’accent frenchy). Là, j’ai su que l’année allait être très difficile… Dur d’être parent d’élève dans ce cas-là. Le second, lui, peut-être parce qu’il a pu très tôt gagner une année, s’est bien intégré dans le système, et même s’il s’ennuie dans les matière scientifiques, il ressemble de très près à l’image que les profs se font de « l’élève idéal », si tant est qu’une telle chimère puisse exister…

J’ai donc les deux extrêmes en quelque sorte… So funny!

Tous ces longs paragraphes pour vous dire : attention! Observez vos enfants, observez-vous vous-mêmes et si vous avez des doutes, n’hésitez pas à aller consulter des pages telles que celle-ci sur les caractéristiques des enfants précoces ou celle-là plus spécifiquement sur les adultes. Comme me l’a prouvé une récente conversation, mal interprétés, certains signes peuvent donner à penser à des médecins ou des psys que l’on est en présence d’une pathologie… Or, rien n’est moins faux!

Ce n’est évidemment pas une pathologie… mais ce n’est pas non plus tous les jours facile à vivre.

Trop sensibles, trop intenses, trop pleins d’énergie ou au contraire au bord de la dépression, vite frustrés, encore plus vite saturés d’ennui, dotés d’un humour particulier et d’une empathie à toute épreuve, idéalistes, naïfs, perfectionnistes : ceux qu’on appelle « surdoués », si l’on n’est pas prévenu, peuvent vite devenir insupportables, incompréhensibles et pour finir… invivables.

Alors qu’en fait, bien nourris compris, régulièrement brossés rassurés, les surdoués peuvent faire d’irrésistibles animaux de compagnie compagnons!*

* un humour particulier? vraiment?

A lire, si la question vous intéresse, deux ouvrages de Jeanne Siaud-Facchin : L’enfant surdoué et Trop intelligent pour être heureux? 

Edit de 22 heures : un article intéressant qui prolonge le sujet et ouvre des perspectives nouvelles…

32 réflexions sur “ Gifted! ”

  1. Ton billet est passionnant et n’est pas sans éveiller quelques échos chez moi. On a voulu me faire sauter une classe aussi, ce qui s’est révélé désastreux en moins de trois mois parce qu’on m’avait séparée de ma soeur jumelle. L’école a tendance à trop raisonner en termes intellectuels au détriment de l’affectif. Et puis l’époque ne s’encombrait pas de tous ces détails et le destin d’une fille était tout tracé : « çà n’a pas d’importance puisque tu te marieras ma fille … ». Il n’était même pas besoin d’ajouter : et tu feras des enfants et resteras à la maison bien sagement. De toute façon, que ce soit dans le sens surdoué ou cancre, la société n’aime pas ce qui dépasse … tout le monde pareil pourrait être son slogan. Beurk ! (les yeux de ton fils m’ont fait penser à une baffe que je me suis prise à 13 ans parce que je ne baissais pas les miens devant l’instit ! Autre époque, même combat :-))

    1. @ Aifelle : oui, j’imagine bien ce que ça pouvait donner. Je crois que si j’avais été un garçon, la réaction de ma mère aurait été différente. Elle n’aurait pas eu peur de me pousser…

  2. Ayant deux filles à la scolarité « normale », je n’ai pas eu à faire à ce genre de problèmes. Encore que mon aînée qui est de décembre, on avait parlé de lui faire sauter une classe en primaire. J’avais refusé et je ne regrette pas.

  3. Je suis bien placée pour connaître les lacunes du système éducatif… Aucune tête ne doit dépasser. Donner à chacun une « nourriture » à son goût n’est pas facile…

    1. @ Keisha : quand on a trente élèves devant soi, pas facile de faire de la pédagogie différenciée, en effet! Verdict d’une instit de CM2 : votre fils est intelligent, il s’en sortira toujours… Je croise les doigts! Après une année de galère, de déscolarisation et de crise adolescente, le CFAI de Bordeaux semble disposé à lui donner une deuxième chance. Espérons que les entreprises qu’il a contactées ne s’arrêteront pas aux bulletins de notes, sauront voir la motivation derrière le masque du cancre et qu’au moins l’une d’elle acceptera de le prendre en apprentissage! J’ai rencontré d’autres parents ayant des enfants au profil similaire. Tous m’ont dit : il faut que le déclic se fasse, ensuite, c’est bon. Alors Saint Déclic, priez pour lui! 😉

  4. C’est marrant comme ce que tu dis me rappelle plusieurs personnes, dont ma fille. Le « hic », c’est qu’en plus d’avoir plusieurs des caractéristiques d’enfants surdoués, elle les cumule avec de vraies difficultés d’apprentissage liées à la dyscalculie. Autant dire que lui faire « sauter » une classe n’est pas à l’ordre du jour, mais qu’en plus, dans certains domaines, elle en a déjà compris plus que les enfants de son âge…

  5. Ah, on pourra en reparler cet été de vive voix !!
    Je me souviens de cet élève avec ses grands yeux bleus et son humour décapant du haut de ses 7 ans 🙂
    Cette année-là, j’avais 4 élèves que je percevais comme précoces dans ma classe et le reste dans la norme ou en grande difficulté, pas simple à gérer !
    Plus tard, j’ai découvert le « problème » avec fiston.Il a une année d’avance et trouve que la majeure partie de ses camarades a « la comprenette difficile », sans aucune prétention.Il travaille vite, très/trop vite, mais dit « moins s’ennuyer ». OUF !
    Autre « cas »: ma soeur de 45 ans qui se sentait mal dans sa peau, dans sa vie et qui vient de découvrir en analyse qu’elle était sûrement enfant précoce !! Du coup, elle se permet enfin d’exister en tant que curieuse, « dévoreuse » de savoir, re-ouf !
    Je suis heureuse pour elle.
    Je lirai ce livre. BIZ chère amie.

    1. @ Mumu : oui, quand on commence à se pencher sur le problème, on en découvre tout plein et même des qui s’ignorent parfois! 😉 Merci pour ce commentaire-témoignage très chère! 😀

  6. Je connais le souci, tu le sais ! Et Saint-Déclic a du mal à s’enclencher pour le mien… Il a eu la chance en CE2 (décidément ce CE2 doit être « charnière ») de faire une année dans une école Montessori mais ce n’est pas donné et en France, le système s’arrête à 10 ans…
    Pour moi, je n’y ai jamais pensé alors que je me reconnais très bien dans le descriptif que tu as fait de toi… Je vais aller lire les articles en liens. En tous cas je lui souhaite d’y arriver et de trouver une voie qui lui plaise, où « l’ennui » sera moindre ! 😉 (on finit toujours par s’ennuyer quoique l’on fasse)…

    1. @ Asphodèle : comme le dit si bien le dicton, les chiens ne font pas des chats. Aussi, souvent quand on trouve un surdoué, si on se penche sur ses frères et sœurs, ses parents, sur ses grands-parents, on a des chances de faire des découvertes pas si surprenantes que ça!;-) Si Saint Déclic ne marche pas, il faut essayer Sainte Rita ou alors, le sain coup de pied aux fesses, qui peut aussi donner de bons résultats! Mon passage chez les sœurs m’a rendue profondément athée mais là, je t’avoue, je prie pour que ça marche, enfin… Je prie qui, je n’en sais rien, mais je prie!!!

    1. Oui on se serre les coudes!
      Autre lecture sur le sujet:  » je pense trop » Christelle Petitcollin
      Comment s’en sorte dans l’entreprise les ex- enfants HP?

  7. Ma grande poulette a sauté une classe. A l’epoque si tout allait bien pour le travail c’était plus difficile avec ses camarades. Elle quittait un groupe et n’était pas bien accueillie par le nouveau.
    Mainenant elle est en première et elle travaille toujours aussi bien et s’épanouie (enfin à cause de notre séparation un peu moins mais…). Même si parfois elle se sent un peu en décalage avec les autres mais là je dirai vu son âge que c’est normal.

    1. @ Un autre endroit : les premiers temps du changement sont parfois difficiles mais les enfants savent s’adapter aussi! Mon cadet a vécu un peu la même chose que ta fille mais heureusement, quand il a sauté une classe, il l’a fait avec deux de ses meilleurs copains. Ça aide! 😉 C’est le changement d’école puis de région qui ont été plus durs…

  8. Là où j’enseigne, j’ai plusieurs surdoués dans mes classes … Je m’éclate avec eux, eux aussi j’espère …
    Je les valorise, même si parfois je vois bien qu’ils s’ennuient. Le tout est de savoir tenir une classe avec ses disparités.
    Bon courage en tout cas.
    (Et effectivement certains de « mes » surdoués mènent une vie très dure à certains profs …)

    1. @ Leiloona : merci pour ce commentaire qui, une fois de plus, montre qu’on trouve ces enfants un peu partout et pas de manière isolée… et qu’il est important de savoir les « prendre ». Merci pour tes encouragements aussi. Je pense que la période noire est passée, enfin j’espère! 🙂

  9. ah bein voilà je me disais bien aussi !!!adorables les surdoués je suis d’accord mais ne rentrent pas dans les cases c’est tout. Ah ces fichus cases…on revient à notre échange de l’autre fois sur le cloisonnement, le manque d’adaptabilité et d’ouverture….

  10. Mais, les tiens aussi ! sauf qu’ils sont plus un peu plus compliqué que les miens à élever (enfin pour l’instant car qui sait ce que l’avenir me réserve !)

  11. Tout les jours je me rappelle de l’enfant que j’étais, pour ne pas oublier d’écouter et de comprendre on fils 🙂 Tu as raison de nous rappeler à ces évidences, qu’on oublie facilement, tant on va vite pour tout, toute la journée…

  12. j’au une nièce comme ça, qui n’a plus voulu retourner au collège après la réflexion d’un prof devant toute la classe « alors la surdouée, tu as la réponse … ». Heureusement elle a pu rapidement intégrer une classe spécifique pour enfants précoces, et là elle a fait son chemin….

  13. Nous avons peut-être été jumelles dans une autre vie ! Ma première gift vient de se voir proposer d’intégrer en Term « L’écurie » Sciences Po de l’établissement après avoir été menacée de doublement au deuxième trimestre du fait de son attitude ouvertement désinvolte et ironique. Et mon deuxième cadeau de la vie se fond dans le moule scolaire, s’ennuie sans embêter personne et rêve du lycée où elle pourra se faire une « ventripotée » d’options. Nous avons quand même dû céder pour l’année de Troisième et accepter qu’elle mange à la maison le midi pour qu’elle accepte de retourner au collège. Cela lui fait une pause lecture 😉 Le psychiatre aurait préféré qu’elle intègre directement une classe de Seconde mais j’ai eu peur des quasiment deux ans d’avance que cela supposait…
    Comme dirait ma Moitié , les chiens ne font pas des chats. En revanche, je pense qu’il est plus difficile d’être « précoce » à notre époque qu’à celle antédiluvienne où nous fréquentions les bancs de l’école. J’avais aussi la chance que mes parents fournissent de quoi moudre à ma curiosité toujours en éveil.
    Au fait, ravie de te retrouver !

    1. @ Joelle : à propos de la fin de ton message, je ne suis pas certaine que ce soit plus difficile aujourd’hui… AU moins, on en parle, on est conscient du phénomène. A notre époque, il ne se passait rien du tout… Bon, il faut dire qu’au rayon parents, j’avais fait mauvaise pioche! 😉

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