Nos cheveux blanchiront avec nos yeux

C’est grâce à Asphodèle qui en a parlé et à Jeneen qui le fait voyager que j’ai lu cet étrange objet littéraire, à mi-chemin entre le carnet de voyage, le recueil de poèmes en prose et la confidence.

Le prétexte, c’est l’enfant. L’enfant à naître dans la première partie – Le dehors du dedans – parce qu’il occupe déjà trop de place, engendre trop de questionnements et de doutes. L’enfant né dans la seconde – Le dedans du dehors – car en l’espace de quelques heures, il est devenu le petit soleil d’un système dans lequel tournent inlassablement ses parents, avec leurs émotions et leurs peurs en guise de satellites…

Dans la première partie, l’homme décide de quitter Sally pour un temps et part à la découverte du vaste monde. Le hasard guide ses pas et le mène du froid à la chaleur… Il observe les oiseaux et les gens et parfois prend le temps d’envoyer une carte postale à Sally. Dans la seconde, il est de retour au nid. L’enfant est là avec ses couches et ses biberons. Et le père s’interroge sur le sens de sa vie depuis que ce petit est né, depuis qu’il est lui-même passé du stade d’enfant à celui de parent.

A la manière d’un photographe qui prendrait au quotidien un cliché, allant de l’infiniment grand au pathétiquement petit, le narrateur étale, page après page, ses vignettes à l’écriture ciselée, entre douceur et gravité. Il se dégage de l’ensemble un bouquet d’impressions fugaces, d’esquisses colorées, de questions légères comme des ronds de fumée. Le charme opère et l’on se laisse emmener par cette prose qui n’en finit pas de flirter avec la poésie. A la croisée des rues Bobin et Jourdren, Thomas Vinau régale son lecteur de mots choisis et de caresses aussi douloureuses que des coups de griffe.

Extrait :

Bien sûr, nos rires étaient sauvages, et nos nuits ont brûlé dans des éclats d’argent et de verre pilé. Nous nous sommes crus libres et nous fumions nos peurs comme ces petits cigares écrasés sans le sable des plages. Nous fêtions l’aube et les crépuscules, les yeux plantés droit dans la nuit. Qui pourrait croire à présent qu’aucun d’entre nous ne parvient à devenir. Le temps bouleverse toutes les incandescences. Mais pour le reste, mes amis, notre jeunesse n’y est pour rien. Il fallait rêver plus haut!

Un livre moins léger qu’il n’y parait au premier abord. Laissez-vous tenter par ce voyage étrange et poétique…

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Thomas Vinau, Alma Editeur

12 réflexions sur « Nos cheveux blanchiront avec nos yeux »

    1. @ Aifelle : ce livre ne fait pas partie des lectures indispensables, c’est certain mais il a un charme indéfinissable qui mérite un petit détour curieux…

  1. Tu me fais penser que je l’ai, que je voulais le lire rapidement, mais que pour le moment je n’ai pas encore eu le temps de découvrir ce style délicat.

    1. @ Clara : copieuse! 😉 Qu’est-ce que c’est que cette histoire de montre? Ça fait des heures que je me triture les méninges (oh oui, c’est bon…) mais je ne vois toujours pas de quoi tu parles! Quelle montre? Quel magazine? Moi être totalement larguée…

  2. Ton billet est magnifique ! Je regrette de ne plus avoir ce livre pour en déguster de petits passages à l’envi, comme des carrés de chocolat… Je crois que je vais le commander sur le site de l’auteur ! J’ai quand même trouvé la deuxième partie plus « brouillonne », moins construite mais bon, les mots rattrapent le reste… 😉

    1. @ Asphodèle : le côté brouillon de la deuxième partie ne m’a pas dérangée… Moi, c’est la première que j’ai trouvée un peu « légère »… Des carrés de chocolat? Ça tombe bien, l’heure des cloches va bientôt sonner! 😉

  3. C’était un vrai coup de coeur pour moi, cette écriture, cette fragilité partagée presque sans mots, ces ressentis sur la lumière, l’eau, les oiseaux… J’ai adoré, et ton billet est superbe.

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