Fini!

Je viens de mettre le point final à mon deuxième roman (enfin, deuxième de la Saison II!).

Pour le moment, il s’intitule « Un Renoncement ».

L’élaboration de cette histoire s’est faite en deux temps. Au départ, en mars 2011 (alors que j’étais en plein dans l’écriture de L’ombre du Séquoia…) j’étais engagée dans quelque chose d’assez compliqué qui aurait tourné autour de deux thèmes : l’amour courtois et l’idée d’un familistère moderne, sur le principe de celui construit par Godin mais dans une version actuelle…  Au bout de quelques mois de réflexion et de recherches, je me suis dit que je partais dans quelque chose de trop compliqué et démonstratif. A vouloir trop en dire, on brouille le propos…

Là dessus, j’ai participé aux Plumes de l’Eté, organisées par Asphodèle et ce qui me trottait dans la tête a commencé à prendre forme à travers ce texte. Pendant mes vacances au Portugal, j’ai emmené le cahier qui me sert à noter toutes les idées qui me viennent pour un roman donné et j’ai continué à construire mon histoire. J’ai lu plusieurs livres sur la photographie – Léo, la femme, est photographe professionnelle – et demandé à Aurélia Frey si elle accepterait de me servir de conseillère en la matière… Ce qu’avec beaucoup de gentillesse elle a accepté de faire.

Au mois de septembre, j’ai commencé à faire le tri et à bâtir le déroulement de mon histoire… Ça m’a donné un « truc » comme ça:

Au centre, le présent de chacun des personnage, à gauche leur passé personnel et à droite, leur passé commun… Après, il n’y avait plus qu’à mixer tout ça en quatorze chapitres. Pourquoi quatorze? Parce que ça tombait comme ça… Cette fois, vous le voyez, pas de petites fiches mais trois lignes de « vie » qui se croisent, se frôlent ou bien cheminent en parallèle. L’histoire est basée sur un aller-retour constant entre ces trois couches : passé lointain, passé récent et présent. Il ne faut pas se tromper, pas se recouper non plus…

Au final, ça donne un roman de 170 pages (57679 mots pour Olivia ;-)), écrit en trois mois environ…

Et parce que si vous êtes arrivés jusqu’ici, il est normal que vous voyiez votre assiduité récompensée, je vous livre les premières pages. Ceux qui ont participé aux Plumes de l’Eté reconnaitront sans doute le personnage de Victor…

Je suis loin mais je suis là. Je veille sur toi.

 La main fébrile, Victor retourne la carte. Au recto, la photo d’une bouée. Orange et parfaitement arrondie, avec des bandes blanches et des trous dans lesquels est passé un bout. Derrière, il distingue la surface rugueuse du mur sur lequel elle est accrochée. Pas d’autre indice, pourtant dès qu’il a vu l’écriture, il a su que c’était elle. Il lève les yeux, regarde autour de lui. Dans sa hâte de découvrir le contenu de l’enveloppe blanche, il s’est arrêté sur la deuxième marche, juste devant la porte coulissante de la Poste et il gêne tous ceux qui veulent entrer. Il s’assure que le courrier amassé durant trois semaines de vacances n’a pas glissé de la pochette dans laquelle le facteur l’a rassemblé et d’un pas ralenti, rejoint la rue. Il avance le regard rivé sur la carte. Sa main tremble. Il a besoin de s’asseoir. Jambes coupées… C’est exactement ça. Une sensation qu’il ne connaissait pas ou qu’il avait oubliée, peut-être. Il descend vers le port, tourmenté et chancelant. Les passants qu’il croise le regardent comme s’il avait bu.

 L’air a encore un parfum d’été. Les touristes se déversent par bateaux entiers trois fois par jour sur le quai Richepin et de Lescoff à Penharn, en passant par Le Pouldu et le bois de Kerfany, ils sillonnent l’île à pied, à vélo ou bien dans en bus. Seuls les insulaires sont autorisés à rouler en voiture. Et le soir, ivres de soleil et d’embruns, les estivants rougis et ravis repartent en troupeau vers le continent ou investissent les hôtels avec vue sur la mer.

 Victor aperçoit un banc sur le quai et décide de s’y reposer un peu. Est-ce le voyage de retour depuis l’Espagne qui l’a mis dans cet état? Douze heures de route dans une chaleur accablante et derrière, les jumeaux qui râlaient et Arthur qui avait la nausée. Il ne sait pas combien de fois il a dû s’arrêter. Il est vidé. Il a chaud. Pourtant il n’est pas encore dix heures. Il sent le sang cogner dans ses oreilles, les rayons du soleil user de sa tête comme d’une calebasse. Il essaie de respirer profondément mais ses poumons refusent de se déployer. Il respire par la bouche, comme un chien qui pantèle. Ses yeux reviennent à la carte que sa main tient fermement, comme si un vent mauvais allait la lui arracher. Son pouce humide a laissé une trace sur le rebord de la photo et décoloré un peu l’image. Il la retourne et lit encore plusieurs fois les mots. 

Je suis loin mais je suis là. Je veille sur toi.

Il s’étonne de leur effet lénifiant. Ces mots lui font du bien. Il se sent moins seul. Pourtant, il ne l’est pas. Tout autour de lui, Lescoff bruit d’une activité intense mais tranquille. Il y a peu de vrombissements de moteur, seulement des gens qui déambulent, derrière lui, sur le quai, un panier sous le bras, pour aller au marché acheter quelques légumes, du poisson ou bien simplement à la boulangerie dont il perçoit l’odeur réjouissante de pain encore chaud. Le soleil à l’oblique partage les rues d’une ligne d’ombre nette. Un voilier sort du port pour profiter de cette journée estivale. L’homme barre tandis que sa femme relève les défenses. A la proue, une jeune fille offre aux regards des pêcheurs, plantés au bout de la jetée, son corps à la nudité bronzée. Dans quinze jours, c’est la rentrée. Victor songe qu’il a promis à Inès de passer chez le boucher chercher la commande qu’elle a faite. Il regarde son poignet et soupire en voyant la marque claire sur sa peau brune : il a oublié de mettre sa montre. Ça lui arrive de plus en plus souvent. D’oublier, pas forcément sa montre, un peu tout. Les rendez-vous, les promesses, l’heure ou bien simplement ses rêves.

 Son regard finit par revenir à la carte dont il n’a pas encore percé le mystère. Une bouée! Est-ce qu’il est en train de se noyer? Et cette photo, l’a-t-elle prise spécialement pour lui ou bien l’avait-elle dans son stock? Il sent son cœur accélérer un peu, comme lorsque gamin, on pénètre sans autorisation dans le verger du voisin pour y cueillir quelques pommes au rouge irrésistible.

 Léo.

C’est un domaine défendu, quelques hectares d’herbe ensauvagée où il n’a pas osé poser le pied depuis longtemps, surtout pas en pensée. Il y a dressé de hauts murs, fermé l’ensemble avec une serrure impossible à forcer, dont il s’est efforcé d’oublier la combinaison et voilà qu’une seule image, envoyée d’il ne sait où, suffit à défaire tous les sorts, à percer le coffre-fort de son cœur. Cette carte le rassure autant qu’elle l’inquiète. Il était persuadé d’avoir réussi à effacer un segment de sa mémoire. Il se sentait prêt à revivre, la mémoire vierge, comme le héros de ce film dont il ne se rappelle jamais le titre. Pourtant l’histoire l’avait marqué de manière durable. La preuve, il s’en souvient encore… Or, là, en plein soleil, assis sur ce banc comme  un spectateur devant l’écran bleu du ciel, tout lui revient. Avec la rapidité et la force d’un coup de poing. Le temps passe, la présence des passants se désagrège peu à peu et il n’a plus devant les yeux que des souvenirs aux couleurs trop vives. Et s’il est venu s’asseoir là, ce n’est pas pour retrouver un peu de forces mais simplement parce que c’est là que tout a commencé.

© Gwenaëlle Péron

49 réflexions sur “ Fini! ”

  1. Je suis fan ! 😀

    La prochaine étape est l’envoi aux maison d’éditions alors ! \o/

    Sinon comment réussis-tu à lier travail, écritures pour le blog et écriture pour un roman ?
    Des contraintes horaires ? Un emploi du temps souple ? Du temps à revendre ? 😉

    1. @ Leiloona : Merci! 🙂 Oui, après il faut se lancer et envoyer son manuscrit… Pour le temps, je m’y mets tous les matins du lundi au vendredi. Mon activité d’écrivain public est assez limitée, ça me laisse de la place… 😉

  2. C’est là qu’on voit qu’écrire un roman est un travail qui demande ordre et plan. Bon courage pour la suite, qui, comme le dit Kathel, n’est sans doute pas le plus facile car il ne dépend plus exclusivement de toi

  3. Eh ben dis, tu m’épates… Deux romans en moins d’un an, c’est ça ? Plus la lecture que tu nous partages sur le blog et l’atelier, tes propres participations aux jeux des autres…
    Bon courage pour la suite (corrections, relectures, envois et attente, surtout l’attente !), je suis bien placée pour savoir qu’en réalité, c’est ça qui prend le plus de temps, et qui demande le plus de travail…
    Tu nous tiens au courant de la suite, hein ?

    1. @ Amélie : s’il se passe quelque chose, vous le saurez! 😉 Merci pour tes encouragements… c’est vrai que l’attente des retours des éditeurs est longue et parfois douloureuse! 😉

    1. @ Emmyne : je le laisse se tasser un peu, j’attends quelque retours, je reprends la fin qui ne me satisfait pas totalement et après oui, direction le monde cruel et terrible de l’Edition! Tan tan tan…

  4. Ca donne enviede lire la suite… Bravo, Gwen et ous mes voeux pour que ce roman devienne un livre qui vit et qui plaît ! (on peut encore recevoir le recueil avec ta nouvelle ? j’ai écrit cette semaine (seulement, oui…) mais pas de réponse – peut-être que c’est compliqué pour la Belgique)

    1. @ Anne : merci, merci! Je croise les doigts aussi… Pour le recueil, je ne sais pas trop mais j’ai eu plusieurs personnes qui m’ont dit que l’association ne répondait pas… Je n’en sais pas plus.

  5. Vraiment bravo ! je ne me suis pas ennuyée, et à la dernière ligne, j’ai dit : »Déjà » ? Par contre (honte à moi) je ne me rappelle plus de ce personnage dans Les plumes de l’été, faut dire que j’étais bien débordée cet été ! Je vais aller voir. C’est vrai que maintenant le plus long, le plus stressant commence… Courage, tu as déjà eu des succès d’estime, il n’y a pas de raison ! (je suis contente !) Je vois que Clara s’y met aussi, mais tu es en train de nous dévoyer Gwen ! On va se faire une virée écriture à DNZ, crêpes au programme, je te préviens j’adore ça (enfin les galettes, pas les crêpes !!!)

  6. alors, là, tu n’as plus le choix, tu n’as plus le droit de nous laisser sur ces premières pages qui promettent tellement de choses pour la suite : tu trouves très vite un éditeur et tu nous dis où et quand ce sera publié qu’on puisse se procurer ces 170 pages, et ensuite en faire la promo sur nos blogs tellement on aura adoré.

    vraiment bravo pour avoir terminé ce livre, j’espère pouvoir un jour le voir sur la table de toutes les bonnes librairies 🙂

  7. Je suis admirative de tout le boulot que tu as fourni avec une organisation du tonnerre .. le moins que l’on puisse dire est que tu te donnes les moyens. Je croise les doigts pour que les étapes suivantes se passent aussi aisément et que ton bébé voie le jour pour de bon 🙂
    PS. Pas de réponse non plus pour le recueil …

    1. @ Aifelle : cierges, doigts croisés, bois touché… mettons toutes les chances de mon côté! 😉 Merci beaucoup Aifelle. Tous ces messages d’encouragements me sont précieux!

  8. Je te l’ai déjà dit, j’admire ta façon de travailler, ta rigueur, ton sens du récit ! Autant de qualités que je t’envie/ Bravo pour ce bel achèvement, et merci pour le partage de ces lignes avec nous 🙂

  9. Je ne fais pas quelque chose d’aussi détaillé quand une idée me vient. Je fais le « pitch » de l’histoire et je mets les liens entre les principaux personnages. Le reste viendra se greffer ensuite. C’est l’histoire en elle-même qui me guide, parfois les personnages ou bien l’humeur du moment…
    Bravo pour ce deuxième opus!

  10. Gourc’hemmenoù !
    Je rejoins la cohorte des admiratifs… et inaugure celles des envieux 😉
    Tiens nous au courant des prochaines étapes du développement de ton « bébé ».

  11. Mille auteurs, mille cuisinières, mille mères et autant de façons de faire…
    Ce début, sincèrement, est drôlement bien et de très bon augure!

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