Dompter la bête

C’est l’histoire du mec qui avait cinquante ans et une Rolex au poignet… C’est par ce raccourci qu’on pourrait résumer la vie d’Aris Pavlopoulos, qui selon les critères sarkoziens bien connus, semble tutoyer une certaine réussite sociale. Eminence grise d’un ministre, poète à ses heures, habitant des beaux quartiers d’Athènes et doté d’une jeune maîtresse qui ne connait pas la signification du mot « andropause », Aris, le cinquantenaire fringant, a tout pour être heureux.

Mais il ne l’est pas vraiment. Ses relations avec sa femme Carla et son fils – qu’il surnomme le Cannibale – sont catastrophiques, totalement dénuées de tendresse et de chaleur. Son sexe joue les tyrans capricieux et ce n’est qu’affublé d’un masque représentant un taureau qu’il veut posséder la belle Penny. En outre, il n’est pas le poète qu’il croyait… Ses tentatives pour écrire ressemblent à s’y méprendre à un accouchement aux forceps…

C’est un jeune homme, coiffé d’un bonnet rouge, qui va semer la confusion dans les rues d’Athènes au volant de sa Peugeot et ce faisant, bouleverser la vie routinière d’Aris.

L’histoire commence tranquillement et l’on se demande où l’auteur va nous emmener, mais très vite, on est intrigué par ces personnages dont le doré s’écaille, au fur et à mesure des pages. Le roman d’Ersi Sotiropoulos, maîtrisé de bout en bout, est si riche qu’il peut se lire de diverses manières. Il comporte de nombreux niveaux de lecture. Pour ma part, j’y ai surtout vu un homme oublieux rattrapé par ses souvenirs, un homme qui, comme beaucoup d’autres, s’est fourvoyé à force de compromissions et d’omissions mais que le destin oblige à plonger dans son passé pour – qui sait? – mieux s’y retrouver…

Dans la montée, il se mit à haleter. Il s’approcha de la cuisine et jeta un coup d’œil à l’intérieur. Elle était vide. Sous la lumière blanche des spots encastrés, les placards, le frigo, le lave-vaisselle, l’évier se partageaient symétriquement l’espace, séparés par des distances précises et souvent mystérieuses, que seul le cerveau d’un expert en feng-shui comme Carla pouvait concevoir. Tout était propre et rangé comme si rien n’avait jamais servi. Pas une épluchure sur le plan de travail en bois ou par terre. Cette cuisine, pensa-t-il ressemble au délire d’un lobotomisé.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Pari Hellène organisé par Nathalie

Dompter la bête, Ersi Sotiropoulos, Quidam Editeur

A lire aussi, aujourd’hui,  le texte que j’ai fait pour Des mots, une histoire, le jeu organisé par Olivia

20 réflexions sur « Dompter la bête »

    1. @ Aifelle : au début, j’ai été désarçonnée, puis je me suis posé plein de questions et enfin, j’ai trouvé que l’auteur avait réussi le tour de force de raconter de manière très riche la désillusion non pas d’un pays mais d’une génération, celle des 50-60 ans, qui a abandonné ses rêves pour s’emparer du pouvoir et ne peut plus le lâcher… Pour ces raisons, oui, on peut dire qu’il m’a plu! (ouf, enfin, j’ai répondu à la question…;-) )

  1. Je ne pense pas que la lecture de ton billet aie défloré quoique ce soit, je voulais juste savoir si tu avais aimé, je l’attaque dès que j’ai lu un petit LV qui m’attend depuis samedi dernier…(je vois que les rêves des 50-60 ans sont aussi éborgnés en Gréce qu’ailleurs en Europe…)

    1. @ Asphodèle : j’ai hâte de connaître ton ressenti. Il y a souvent une dimension un peu « étrange » dans les romans grecs contemporains… Tu me diras ce que tu en penses. Ou plus simplement, je lirai ton billet! 😉

  2. Je ne crois pas avoir lu d’auteurs grecs non plus (en m^eme temps… je ne lis pas énormément de littérature étrangère – mais je compte remédier à cela…un jour !)

    1. @ Sylire : moi, c’est un peu le contraire, j’ai plus envie de découvrir des auteurs étrangers que des français… Je ne sais pas si j’y remédierai un jour! 😉

  3. J’avais entendu cet été l’auteure en parler, ça ne m’avait pas plus accrochée que ça, je ne l’ai pas retenu dans ma liste du Pari, il ne me tente pas vraiment.

  4. Merci, je me souviens d’avoir entendu parler de ce livre quand il est sorti et de m’être « tâtée » pour le lire ou non. Un bon portrait de la Grèce d’aujourd’hui, pourquoi pas ?

    1. @ Nathalie : il ne reflète pas la condition du plus grand nombre mais il éclaire sur la mentalité d’une génération qui dépasse les frontières de la Grèce pour concerner toute l’Europe…

    1. @ Loo : je ne suis pas spécialiste des romans grecs contemporains mais je trouve qu’il en ressort souvent une grande profondeur et une certaine étrangeté qui interpellent le lecteur…

  5. Je suis justement en train de lire en lecture commune un contemporain grec Oncle Petros et la conjecture de Goldbach. Je ne suis pas très calée non plus en lecture grecque mais celui-ci ne devrait pas me décevoir. A suivre donc.
    Au plaisir.

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