L’intranquille

Un récent billet d’Asphodèle sur le livre co-écrit par Gérard Garouste et Judith Perrignon m’a donné envie de m’y plonger à mon tour. Je m’y suis donc attelée à l’heure du coucher et … je me suis relevée pour le terminer!

Comment ne pas être touchée, en effet, par la vie et le parcours de ce peintre hors du commun?

La « famille française » semble être un réservoir inépuisable d’inspiration pour les romanciers mais ici, on n’est pas dans la fiction. Et l’enfant qui souffre lorsqu’il réalise que son père est un salaud et qu’en outre, il est dangereux, existe bel et bien. C’est Gérard Garouste, né en 1946, d’un père antisémite qui a profité de l’occupation pour s’approprier des biens juifs et d’une mère soumise, incapable de protéger son fils.

Cette famille bancale, pathologique, va marquer durablement celui qui n’est pas encore peintre mais qui s’adonne déjà au dessin avec passion et il lui faudra entrer dans un pensionnat – celui de Montcel où il croisera Jean-Miche Ribes, Patrick Modiano, etc… – pour se sentir enfin quelque peu libéré…

Comme beaucoup d’enfants en souffrance, il va apprendre à se nourrir ailleurs. Auprès d’un oncle, artiste sans le savoir, qui l’accueille chaque année pour les vacances. Dans le souvenir d’une arrière-grand-mère, Gabrielle de Mansion, dont les « frasques » ont durablement marqué ses descendants et qui a su préférer l’amour et la liberté à la bienséance. Et plus tard, auprès d’Elisabeth, sa femme, qui le soutiendra en toutes circonstances.

D’abord en acceptant un métier « alimentaire » pour permettre à son mari de peindre tranquillement et de trouver sa voie. Puis en étant là lors des crises de folie qui s’abattent sur l’homme à partir de ses 28 ans… Des crises qui sont comme des fuites hors de la réalité, qui le conduisent à des hospitalisations prolongées dans des hôpitaux psychiatriques, à un traitement médicamenteux lourd. Des crises qui lui font redouter les émotions fortes qui le déstabilisent durablement…

Après avoir lu ce livre, je ne m’étonne pas que Michel Onfray soit un des nombreux admirateurs du peintre. L’Intranquille, en effet, montre à quel point l’homme, sa vie et son œuvre sont liées. Gérard Garouste, jeune peintre débutant, a refusé l’inutile et vaine provocation. Au contraire, il a voulu apprendre et travailler comme les « anciens » et partir de cette voie-là pour trouver la sienne propre.

L’artiste le mieux vendu aujourd’hui est Jeff Koons […] et il n’a aucun complexe à dire qu’il s’intéresse plus au prix de ses œuvres qu’à ses œuvres elles-mêmes.[…] Mais il faudra toujours des gens qui peignent, sculptent, écrivent loin du système, dans détester le passé et les règles de l’art, sans renoncer à la sincérité et à l’émotion que notre époque éteint ou détourne à force de surenchère. 

De la même manière, il a rejeté les préjugés familiaux, la religion chrétienne, pour tenter de comprendre ce qu’était le judaïsme, allant jusqu’à apprendre l’hébreu pour revenir – là-aussi – aux sources…

Alors dans ma tête, le va-et-vient s’intensifia  avec le passé. J’avais été instruit par des hommes en soutane, étreint par la violence, l’amour et les préjugés de mon père. Le catéchisme de mon enfance resurgissait. Je me rendais compte que je l’avais enterré un peu vite en me proclamant athée  comme tant d’autres à l’adolescence, il était en moi ce vieux venin, il n’avait rien perdu de sa violence, il fallait le mettre à l’épreuve des textes de ma maturité d’homme. Il me fallait démonter la grande manipulation religieuse et familiale. C’était ça mon sujet et je n’allais plus en changer.

La peinture de Gérard Garouste est complexe, truffée de références et de messages. La lecture de ce livre permet de trouver quelques clés – l’antisémitisme, la spoliation, l’ancêtre écuyère par exemple… – mais sans doute pas toutes. Aussi, ai-je envie de poursuivre ma découverte de cet artiste par L’Apiculteur et les Indiens, un essai où Michel Onfray décrypte justement les mystères de ce peintre hors du commun.

A lire aussi, le billet de Mango

L’intranquille, Gérard Garouste avec Judith Perrignon, L’iconoclaste, 2009

19 réflexions sur “ L’intranquille ”

  1. Celui-là, j’ai envie de le lire depuis sa parution, j’admire beaucoup l’homme et le peintre. Le mieux est que je l’achète en poche pour l’avoir sous la main ..

  2. je vois qu’il t’a touchée aussi ! Comment ne pas l’être d’ailleurs ! Bonne idée que de poursuivre avec le livre d’Onfray… J’ai aimé ta citation sur Jeff Koos et la peinture d’aujourd’hui, c’est terriblement inquiétant ! 😉

  3. J’ai été très touchée par ce livre,et je pense le faire lire à Math !! Je vais peut-être continuer avec le livre d’Onfray…

    1. @ Clara : c’est chez Asphodèle que j’en ai entendu parler… Oui, le vécu et le personnel, il m’arrive de l’apprécier, tout dépend de la forme… Le larmoyant, le nombrilisme, ça me fait facilement fuir…

  4. Comme Leiloona, je ne connaissais pas Garouste avant d’avoir ce livre entre les mains. Et finalement, je crois que grâce à ce témoignage, j’ai été plus à même d’apprécier sa peinture.

    1. @ ICB : on trouve dans la vie du peintre de nombreuses clés de lecture de ses œuvres. C’est un artiste qu’on peut difficilement aborder si on ne connait pas sa vie, son parcours, etc…

  5. Comme toi, maintenant j’ai envie de lire Onfray. Tu m’étonnes qu’ils s’entendent bien ces deux-là ! ils ont le même rejet du système et la même franchise devant ce qu’ils éprouvent et ce qu’ils voient.

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