Cour Nord

Cela faisait un petit bout de temps que je voulais découvrir cet autre auteur publié (entre autres) au Rouergue : Antoine Choplin. L’occasion m’en a été donnée avec ce court roman dont l’action se situe dans une petite ville du nord, au début des années 80.

Là, une usine va bientôt être fermée, le personnel licencié. Le père de Léo combat rageusement cette décision et participe sans fléchir à la grève qui s’est déclenchée. Léo, lui, ne travaille que depuis peu de temps dans l’usine, il suit son père plus par habitude que par conviction. Il faut dire que sa vie est ailleurs. Dans la musique, dans le jazz et dans cet instrument qui lui permet de donner un autre sens à ses actes : la trompette.

Entre le père et le fils, il y a le gouffre de deux conceptions de la vie et du monde que tout oppose. Mais il y a aussi de l’admiration mutuelle, de la complicité, un passé sensible qui s’agrège autour de la femme, de la mère, musicienne elle aussi, trop tôt disparue. Antoine Choplin évoque tout cela avec des phrases légères, des mots comme des esquisses. A mi-chemin entre « Ressources Humaines », pour la partie lutte sociale et « Un soir au club » de Christian Gailly, pour l’évocation de la musique, il fait émerger des brumes du nord quelques silhouettes que l’on n’a pas envie d’oublier : Léo et son père, bien sûr, mais aussi Ahmed, Nadine qui rêve de reprendre le magasin d’oiseaux de sa tante, Fanny dont le bistrot va fermer, faute de clients…

Pourtant, je ne sais pourquoi – peut-être à cause du format très court ou du contexte déjà vu – je reste un peu sur ma faim, comme si tout n’avait pas été dit. Mais sans doute est-ce parce que l’auteur veut préserver le mystère de ses personnages qui ressemblent à ces gens ordinaires que l’on croise parfois et qui, sans qu’on sache rien d’eux, nous marquent durablement à cause d’un geste, d’un regard ou d’une note qui doucement s’éteint…

Cour Nord, Antoine Choplin, Le Rouergue, 13€50

27 réflexions sur « Cour Nord »

  1. Lu il y peu de temps, je suis un peu comme toi ; j’ai aimé mais je l’avais classé dans les « vite lu, vite oublié » car je n’ai pas eu le temps de m’imprégner des personnages et de l’ambiance et je pense que dans 6 mois il n’en restera rien.

  2. J’ai beaucoup aimé ce roman pour ma part, j’ai trouvé l’écriture d’Antoine Choplin toujours très juste alors qu’il aborde des thème pas forcément faciles à traiter.

  3. J’ai un peu le même souci que toi avec son dernier roman Le héron de Guernica, qui n’est pas mal mais qui me laisse un peu sur ma faim. Pas vraiment abouti.

    1. @ Yv : c’est dommage… Préserver le mystère des personnages c’est une chose, laisser le lecteur inassouvi, c’en est une autre… Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude…

  4. Je trouve le sujet très intéressant. Effectivement, je pense à Ressources humaines en te lisant. J’ai remarqué quelque chose de très net dans la littérature française actuelle : ou elle est complètement déconnectée de la société, de la réalité, tout est dans le style mais on dirait que les personnages n’existent pas. Ou elle aborde la société mais c’est rapidement , un survol (Je viens de lire Juste avant de Fanny Saintenoy mais ce n’est pas le seul roman qui me fait cet effet.)? Chaque fois cela me laisse sur ma faim. C’est pour cette raison que j’aspire à un Zola contemporain . On ne peut plus écrire comme lui mais on peut écrire sur le concret, sur le monde qui nous entoure.

    1. @ Claudilucia : je partage ton point de vue. Thierry Beinstingel, dans Retour aux mots sauvages avait touché du doigt quelque chose mais sans doute pas avec assez de force. Un Zola oui! Et puis tant qu’on y est, un Hugo, un Flaubert et un Chateaubriand! 😉

    2. « on ne peut plus écrire comme lui » : ça reste à voir. j’ai entendu parler, sans avoir lu, d’un jeune auteur qui écrit dans la langue du XIXe siècle. l’intérêt est peut-être nul, mais ça se fait.
      (si ça t’intéresse, il s’appelle Marien Defalvard et son romans s’appelle Du Temps qu’on existait. ça a plus l’air de ressembler à du Baudelaire, mais tous les critiques insistent sur le « comme au XIXe »)

      1. @ Constance : comme le précise Claudialucia, on voulait entendre par là, quelque auteur aussi engagé, avec une réelle « puissance de feu » sous la plume, quelqu’un qui ne mâche pas ses mots et ne craint pas la censure ou un éventuel retour de bâton élyséen, si tu vois ce que je veux dire… 😉

  5. J’ai « Le héron de Guernica » dans ma PAL, (digne) représentant de mes achats impulsifs de rentrée, et je compte (j’espère) le lire bientôt… 😉 et me faire ainsi une idée sur cet auteur que je ne connais pas encore !

  6. Quand je parle (et toi aussi je suppose) d’un Zola, d’un Flaubert etc..; cela ne veut pas dire, en tous cas pour moi, d’écrire comme au XIX ème siècle où ce serait un pastiche et non une oeuvre authentique. Il s’agit , bien sûr, d’un écrivain, tournée vers les réalités sociales mais écrivant à notre époque.

  7. J’ai une image floue de « Radeau » mais le souvenir d’être allée au bout de ma lecture plus pour l’écriture que pour l’histoire.
    Je suis contente de te savoir « en écriture », une posture qui te va bien; Quelle est la prochaine étape pour ton roman?

    1. @ Fransoaz : Merci! Prochaine étape : retravailler un peu le texte quand j’aurai terminé l’histoire que j’écris en ce moment. Plus on laisse reposer, plus on a un regard neuf sur son propre texte…

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