Une île trop loin

En 1939, deux petites filles débarquent sur une île essentiellement peuplée de pêcheurs et de leurs familles, en Suède. Steffi (douze ans) et Nelli (sept ans) sont sœurs et juives. Leurs parents, voyant la tournure que prennent les évènement à Vienne, ont préféré les confier à un comité qui se charge de trouver des familles d’accueil aux enfants réfugiés. C’est pour elles, à la fois un déchirement et une nouvelle vie qui commence. 

Nelli est placée dans une famille où elle fait connaissance d’autres enfants de son âge. Tante Alma est une femme maternelle et généreuse qui lui prodigue l’attention et la tendresse dont elle a désespérément besoin. Très vite, Nelli s’adapte au point d’en oublier sa langue maternelle…

Pour Steffi, l’aînée, les choses ne sont pas aussi faciles. Elle arrive chez Tante Marta, une femme austère, très croyante qui ne dévoile que très rarement ses émotions. Heureusement, son mari est plus amical et plus doux. De plus, les parents de Steffi l’ont chargée de veiller sur sa sœur et c’est une lourde responsabilité. Steffi apprend peu à peu à faire face, à cacher ses émotions pour ne pas effrayer sa sœur ni causer de chagrin à ses parents, restés à Vienne et dont les conditions de vie se dégradent rapidement…

Comment se faire accepter dans une communauté quand on est différent? Comment survivre à l’éloignement de ceux que l’on chérit plus que tout? Comment grandir quand l’adversité semble permanente? Comment surmonter les ravages de cette gueurre qui n’en finit pas? Steffi vit douloureusement les premiers mois sur cette île hostile, presque coupée du monde. Elle a perdu non seulement ses parents mais aussi son grand appartement, la facilité d’une vie citadine, ses amies, son milieu et sa culture. Le désespoir n’est pas loin. Cependant, elle puise en elle l’énergie nécessaire pour aller de l’avant. Elle apprend la langue, se fait quelques amies et peu à peu parvient à établir des relations de confiance avec Marta qui se révèle solide et fiable.

Ce premier roman est suivi de trois autres : L’étang aux nénuphars, Les profondeurs de la mer et Vers le large.

Je ne saurais trop vous en recommander la lecture. Oui, vous avez bien lu, quatre romans à ajouter d’un coup sur votre liste… Je sais, c’est abominable… 😉

Encore une fois, ces romans font partie du secteur jeunesse et ils sont PASSIONNANTS. On suit avec émotion le parcours de Steffi (dans une moindre mesure celui de Nelli), cette jeune fille courageuse et perdue, qui essaie de faire face, de grandir sans chagriner personne et de trouver sa voie… Le contexte historique est évoqué avec subtilité. On n’est pas dans l’Allemagne hitlérienne et ce qui s’y passe n’arrive aux oreilles des fillettes que feutré, filtré par la sagesse des parents ou rogné par la censure.

Les positions des suédois – depuis ceux qui sont fascinés par Hitler jusqu’à ceux qui le rejettent farouchement en passant par une majorité silencieuse, prête à tout pour maintenir la paix, fût-ce au prix de quelques compromissions… – est bien rendue et le lecteur se rend compte de la complexité de cette période. Dans ce monde hostile, Steffi rencontre quelques belles personnalités, qui deviendront des ami(e)s et qui sauront l’aider dans la mesure de leurs moyens… Elle fait aussi partie d’une nouvelle génération de femmes : celles qui par choix ou par nécessité pourront enfin décider de leur vie…

Violette, qui ne se sent pourtant que peu d’affinités avec la littérature jeunesse, a, elle aussi, été enchantée par cette histoire.

Une île trop loin, Annika Thor, Editions Thierry Magnier.

24 réflexions sur « Une île trop loin »

  1. Un peu que je le(s) note !! Cette maison d’édition propose de très bons auteurs, de très bons textes, tout n’est pas de la même qualité, mais il y a de bonnes choses (et ils connaissent bien leurs auteurs, je crois). Et pus le sujet m’intéresse. Mais je lirai La voleuse de livres bientôt !

  2. Je l’ai justement vu (et noté) hier sur un autre blog (québécois) … et pourtant, ce n’est pas un livre récent mais c’est amusant de voir deux billets paraitre dessus pratiquement en même temps (et avec le même plaisir de lecture !)

  3. je note également (il va s’envoler en librairie ce livre !) car tu es de bon conseil en matière de « junesse » (autre aussi hein ???) (tu fais beaucoup de jeunesse depuis le début des vacances) 😉

  4. oooh, merci pour le lien :)) effectivement, j’ai adoré. Je ne devrais pas tarder à lire le tome 3. C’est sobre, juste et touchant, ce qui n’est pas toujours le cas pour la littérature de jeunesse.

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