Un délicieux naufrage

Philippe Langon est professeur émérite à l’université. Avouez que c’est le genre d’adjectif qui vous pose un homme. En néo-libéral convaincu, il a également publié L’Etat Inutile qui lui a valu une certaine reconnaissance médiatique. Agé de cinquante-sept ans, il mène une vie relativement sage, aux côté de sa femme et de ses enfants. Cependant, il commence à sentir le poids de l’âge peser sur ses épaules, il observe ses amis se débattre dans leur dilemmes amoureux et se dit qu’il est peut-être passé à côté de quelque chose… Que faire?

La réponse vient à lui sur ses deux longues jambes fuselées. Elle s’appelle Léna, elle a vingt-huit ans et semble toute disposée à écouter d’une oreille attentive le professeur émérite. Et plus si affinités… Ce qui devait arriver arrive et l’homme qui cherchait une aventure à même de brosser son ego et sa virilité dans le sens du poil tombe amoureux comme un adolescent de cette superbe jeune fille.

L’histoire est banale mais son récit ne l’est point. Avec une plume vacharde et incisive, Franck de Bondt nous dépeint la vie de cet homme qui court après la gloire, cherche à rester jeune coûte que coûte et à se rassurer sur sa virilité…

Ici, dans cet univers terne et poussiéreux, il parait à son avantage. La tête haute, la chevelure poivre et sel foisonnante, et quelques ouvrages de sa facture en bandoulière.

Au contact (intensif et prolongé…) de Léna, Philippe perd la tête. Il veut à tout prix croire à l’illusion de la jeunesse que la jeune femme lui procure. Tel un avare, il se précipite sur ce sursis.

Cet aveu vient de faire de Langon la victime consentante d’une passion dont il ne distingue, à cet instant, que les heureuses prémices. Il aurait tort de ne pas en profiter. Le bonheur ne serait pas si attrayant  si l’on en connaissait pas avance la fin. Le placement en Bourse relève un peu de la même logique : nul qui s’y risque ne songe au krach prochain. Chacun croit à sa chance comme si une main invisible le guidait mieux que personne.

Mais c’est méconnaitre les lois du marché. Un jour, un autre lance une OPA sur la belle Léna et la romance se termine d’une façon bien amère pour Langon…

J’ai trouvé la lecture de ce roman réjouissante. Le style est un peu particulier – on accroche ou pas – et la couverture peut paraître trompeuse… C’est à la fois une réflexion sur une certaine génération qui ne veut pas vieillir, qui ne veut rien lâcher et qui bloque sans vergogne l’avancée des suivantes. Et sur les vices et les vertus (il parait qu’elles existent mais je n’ai rien trouvé qui aille dans ce sens… ) du néo-libéralisme. La fin est mon seul bémol : un peu longue à venir, elle laisse l’histoire filer sur son erre jusqu’à l’échouage. J’aurais préféré quelque chose de plus net, de plus tranché.

L’avis de Canel et de Mr Canel qui tous les deux ont bien aimé.

Un délicieux naufrage, Franck de Bondt, Buchet Chastel, 17€50

10 réflexions sur “ Un délicieux naufrage ”

    1. @ Aifelle : en lisant ce bouquin, je me suis dit « Il y a vraiment des types qui ont un problème… « … J’aime bien ces écritures incisives, mordantes… mais rien à voir avec le farniente, effectivement.

    1. @ Anne : je n’ai pas vérifié son pedigree mais effectivement, il se pourrait qu’il ait des origines belges. En tout cas, il a de l’humour et c’est ce que j’ai apprécié dans ce roman.

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