Serena

Je n’ai pas commencé par le début et c’est avec Séréna que j’ai découvert Ron Rash… bien que le roman Un pied au paradis soit déjà dans ma PAL…

C’est toujours, pour moi, très inconfortable de lire un roman dans lequel je ne peux éprouver aucune empathie pour les personnages principaux. C’est mon côté « fleur bleue », sans doute, et avec Séréna, rayon antipathie, j’ai été servie. Le personnage de cette femme, qui emprunte aux statues antiques traits sculpturaux et froideur extrême, est un vrai repoussoir. Quand elle épouse, dans les années 30, George Pemberton, riche exploitant forestier, elle sait très bien ce qu’elle fait. Ce n’est pas l’amour qui dicte son geste mais plutôt l’appât du gain et la quasi-certitude de trouver enfin en cet homme un alter ego. A peine mariés, les voilà qui reviennent sur l’exploitation, en Caroline du Nord et s’installent dans un chalet spartiate pour mieux surveiller hommes et terres. Séréna impose très vite son personnage. Par le mystère qui l’entoure – qui est-elle vraiment? quel est son passé? –  puis par son savoir en matière de bois et enfin par la possession de deux animaux qui l’aident à apparaître telle une déesse : un cheval arabe et un aigle, qu’elle dresse à chasser les serpents.

Son avidité et sa brutalité s’exercent sans frein. Elle intimide les ouvriers et suscite de nombreuses inimitiés. Intraitable et sans scrupule, rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Ce livre a deux points forts :

– des personnages extrêmement travaillés, ciselés, d’un réalisme surprenant, qu’il s’agisse de Séréna ou de son mari, des associés de Georges, des ouvriers de l’exploitation…

– des descriptions de la nature et du travail forestier parfaitement documentés et très intéressants.

Mais il a aussi un gros défaut : il pèche par manque d’intrigue. La volonté farouche de Séréna d’éliminer sa potentielle rivale – Rachel, la seule femme qui a pu donner à Georges Pemberton un héritier –  donne matière à un peu de suspens, c’est vrai mais ce n’est pas autour de cela que tourne l’histoire. Ce n’est pas non plus autour des tractations plus ou moins violentes visant à la création d’un parc national. Non, ce roman n’est noir que parce qu’il s’articule sur la personnalité encore plus noire de Séréna, femme de tête sans cœur, qui n’hésite pas à manipuler, à menacer et à tuer pour arriver à ses fins. Avec le recul, j’ai trouvé qu’il était dommage que ce roman ne repose que sur ce portrait, même s’il est parfaitement brossé…

Dans une Amérique en crise, ce portrait d’une prédatrice au bord de la folie vaut surtout par les parallèles qu’on peut faire entre cette Séréna et ceux qui, aujourd’hui, dirigent, dans l’ombre, le destin de la planète : des hommes et des femmes prêts à tout pour s’enrichir, quitte à épuiser les ressources naturelles, à recourir aux moyens les plus extrêmes et aux pires manipulations et qui considèrent les humains comme de simples pions dans le jeu qu’ils ont mis en place pour acquérir le maximum de richesses dans le minimum de temps…

Les avis de  Mango et de Kathel, subjuguées par cette histoire et JM. Laherrère pour qui Séréna est l’incarnation du capitalisme à l’état brut…

Séréna, Ron Rash, éditions du Masque, 20€90

28 réflexions sur « Serena »

  1. Bonjour et merci pour cette présentation sans complaisance. A lire sans doute. Néanmoins, en tant que professeur d’économie, je me méfie des livres qui prétendant présenter le capitalisme à l’état brut. Il s’agit plus souvent d’avis, d’opinions. A bientôt.

  2. Autant j’ai adoré Un pied au Paradis ( mais qu’attends-tu pour te jeter dessus ?? …-), autant celui-ci je ne me décide pas, je tourne autour depuis sa parution, attirée par le nom de l’auteur, refroidie par le sujet et ce que je lis de l’intrigue et du personnage de Serena.

    1. @ Emmyne : oui, oui, je vais le lire mais ça se bouscule un peu au portillon, si tu vois ce que je veux dire! 😉 Il faut avoir le cœur bien accroché pour affronter Séréna…

  3. Au bout de plus de 200 pages, j’ai laissé tomber : trop « inconfortable », comme tu le dis si bien (et trop capitalisme-à-l’état-brut, ça en devient caricatural) et comme je n’étais pas prise par l’histoire…
    Je reste sur l’excellente impression de « Un pied au paradis » (et j’attends le prochain).

  4. Ça ne me dérange pas s’il n’y a pas d’intrigue si l’ambiance est là, servie par des personnages consistants.

  5. A cause du début du roman, malgré le titre, on s’attend à ce que ce soit Pemberton le méchant de l’histoire… mais Serena est tellement pire ! Malgré le côté un peu outré de ce personnage, je me suis laissée subjuguer, c’est vrai !

    1. @ Kathel : mais c’est le but non? Tant de cruauté, surtout chez une femme, ne peut que fasciner. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je l’ai lu jusqu’au bout…

  6. Bonjour,

    Les avis mitigés, le manque d’intrigue et le côté « capitaliste », tout cela me freine …
    D’un autre côté, le portrait de cette femme, la noirceur incarnée … éveille ma curiosité.
    Conclusion: j’attends la sortie en poche !!!
    Merci !

  7. Je compte les lire dans l’ordre de parution (enfin, je pense que ça dépendra surtout des disponibilités en biblio !) mais les deux me tentent beaucoup, bémols ou pas 😉

  8. Je ne m’inscris pas dans le débat; je passais et j’en profite pour admirer les travaux, le p’tit coup de peinture, les nouvelles tentures… J’espère que tu garderas la rubrique qui s’intitulait « au fil des jours » ou quelque chose comme ça, j’adore tes billets mais aussi tes apartés.

    1. @ Fransoaz : merci, c’est vraiment gentil. Oui, je garde ma rubrique bla-bla… Si parfois elle est vide, c’est tout simplement que je n’ai rien à dire! 😉

  9. Je te rejoins sur la difficulté de lire des récits quand le personnage central est tout sauf sympathique, au sens où un lien ne peut se tisser. C’est une autre forme de challenge, et finalement ce que tu en dis me donne plutôt envie de découvrir cette Séréna !

    1. @ Océane : sa propre réaction, face à ce personnage, en tant que lecteur est intéressante aussi… c’est vrai. Il y a dans les livres des antiphathies, des dégoûts que l’on peut parfois surmonter, parfois pas…

  10. Son premier aussi est surtout un roman d’atmosphère … je l’ai aimé, même si j’ai piqué du nez dessus. J’ai celui-ci dans ma PAL, affaire à suivre ! 😉

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