Les mains nues

Première rencontre entre moi et la plume de Simonetta Greggio, auteure italienne qui écrit en français.

Démentant le bandeau trompeur qui associe ce roman avec Le diable au corps de Raymond Radiguet, cette histoire raconte avec beaucoup de délicatesse l’amour hors-norme entre une femme d’une quarantaine d’années et un adolescent de quinze ans. Mais à vrai dire, cette histoire-là n’occupe que peu de place dans l’ensemble du roman. Car Simonetta Greggio dresse aussi un beau portrait de femme : Emma, vétérinaire, qui a laissé passer sa chance en amour et essaie de vivre droite, fière et seule, dans une maison perdue dans la campagne, travaillant sans relâche auprès des fermiers et des éleveurs du coin.

Le jeune garçon qui débarque un beau jour chez elle – Gio – n’est autre que le fils de son ancien amour Raphaël et de son amie Micol. Un enfant qu’elle n’a pas vu depuis très longtemps, qu’elle a porté sur sa hanche et bercé jusqu’à ce qu’il s’endorme sur sa poitrine quand il était bébé… Un adolescent charmeur et plein de fantaisie qui a les yeux de son père…

Il y a dans ce roman une écriture ciselée qui m’a enchantée. Et j’ai aimé côtoyer le temps de quelques pages cette Emma courageuse et entêtée, qui cache sous la corne faite par la vie une tendresse et une grande douceur. Mais j’ai regretté que l’écrivain passe si vite sur l’histoire d’amour – à peine esquissée en quelques mots :  » des jours distraits et fragiles, des nuits cuivrées, pâles, exténuées » – et ses terribles conséquences – le procès, la sanction, la lâcheté de Raphaël, la colère de Micol. Comme si l’essentiel était ailleurs : dans le passé d’Emma, que Simonetta Greggio détaille avec précision.

J’ai trouvé dommage qu’un tel personnage n’ait, pour finir, que si peu de place pour s’exprimer. J’aurais aimé voir la plume descendre comme une sonde tout au fond de son cœur blessé. Voir les gestes d’amour et de tendresse entre Gio et Emma. Comprendre mieux les effets de cette étrange alchimie entre deux corps et deux trajectoires si différents…

Bref, je suis restée sur ma faim mais j’ai découvert une plume séduisante, riche, qui, dans l’évocation de la nature, n’est pas sans rappeler la sensualité de Colette.

Deux extraits en guise de conclusion :

La nuit s’étire, semble ne plus vouloir se terminer. Le bois du parquet de ma chambre respire sous mes pas. Le ciel à cette heure-ci ressemble aux yeux d’un nouveau-né avant que l’on sache de quelle couleur sera l’iris. Le temps n’est pas venu d’ouvrir les volets.

Je déteste les hommes qui pleurent. Ce n’est pas qu’ils en sortent diminués à mes yeux, c’est juste qu’ils pleurent généralement pour de mauvaises raisons. Sur eux-mêmes le plus souvent.

L’avis de Sylire et de Clarabel

Les mains nues, Simonetta Greggio, Stock, 16€

17 réflexions sur « Les mains nues »

  1. J’ai dans ma PAL, quelque part dans le bas de la pile, La douceur des hommes, que j’avais entamé dans la librairie, et que je me retiens de lire, parce que je ne veux pas le finir… Il faudra y venir pourtant…
    Je note aussi celui-ci 🙂

  2. J’ai relu mon billet de l’époque (pas top d’ailleurs et avec une faute d’orthographe brrr). J’avais beaucoup aimé l’écriture mais trouvé que la relation avec le jeune homme n’était pas pas suffisament développée pour être crédible.

  3. Pas sur que l’histoire m’attire bien (dans le liseur on avait aussi une histoire avec différences d’âge)(remarque, pour une fois que c’est dans ce sens là…), je note que l’écriture est belle, si je veux lire un de ses romans..

  4. Ce n’est pas juste une histoire d’attirance entre une femme mûre et un homme jeune ; c’est davantage un portrait psychologique d’une femme pleine de réflexion mais aussi de vie et d’envie. C’est aussi un portrait d’un métier, pas évident, surtout quand les conditions sont rudes. Et aussi un portrait d’une époque, d’un milieu, avec son impossiblité de comprendre et d’accepter. Et, enfin, c’est une histoire de sentiments, vrais, car la vie d’heroine ne commence pas , évidemment, avec ce jeune…
    Extraordinaire écriture, simple mais puissante, juste, sans décoration, si vraie.

    1. @ Basia : eh, quel enthousiasme! 😀 Oui, c’est aussi le portrait d’un métier difficile et d’une époque. Je lirai d’autres romans de S. Greggio car j’ai vraiment bien aimé son style…

  5. Quelle découverte et quel billet !! J’aime l’image de la sonde… Ca me fait penser à ce que je viens de finir mais en moins poétique sûrement !! Je le note, tu t’en doutes !! 😀

  6. Je n’avais pas du tout accroché à cette histoire ni à l’écriture de l’auteure. Je n’ai vraiment pas aimé ce livre dont je n’ai même pas parlé tellement je le trouvais inintéressant.

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