Les déferlantes

A la suite de la mort de son compagnon, une femme vient s’installer dans une maison, dans un petit village près de la Hague. Elle travaille pour le centre ornithologique, observe et dessine les oiseaux, compte leurs œufs, etc… Malgré son côté taciturne et solitaire, elle s’est peu à peu intégrée au paysage et aux habitants qu’elle connait tous, ou presque.

D’abord il y a Morgane et son frère Raphaël, le sculpteur, avec qui elle partage la maison de la Griffue. Il y a aussi Lili, qui tient le bar-restaurant du coin, sa mère qui végète dans un coin et son père Théo, qui connait bien les oiseaux. Max est le doux dingue du village, amoureux de Morgane et des mots, il construit patiemment un bateau pour réaliser son rêve : aller pêcher le requin-taupe. Il y a Nan, une vieille femme traumatisée par la disparition de tous les siens en mer. Car la mer est là, partout, violente, omniprésente, incontournable et nécessaire.

Un jour débarque un inconnu. Lambert. Il apparait qu’il n’est pas vraiment inconnu. C’est le fils Pereck, seul survivant d’une famille disparue en mer en 1967. Il est revenu pour vendre la maison de ses parents. La narratrice l’observe puis fait sa connaissance. Un lien se noue entre eux et l’obsession de Lambert devient bientôt la sienne : pourquoi sa famille a-t-elle péri en mer? Est-ce que le phare, dont Théo était le gardien, s’est éteint cette nuit-là? Et qui est ce petit garçon qui apparait sur certaines vieilles photos?

Claudie Gallay prend tout son temps pour décrire cette petite communauté que la mer a forcée à se replier sur elle-même. Peu à peu, les non-dits et les rêves brisés se révèlent. Les personnages prennent de l’épaisseur, de même que le payage devient plus lumineux. Comme le dit Clara, c’est un livre qui fait appel à tous les sens : la vue, l’odorat, le toucher… Il y les gifles de la pluie, le goût du sel sur les lèvres, le parfum des crevettes qu’on déguste avec du pain beurré, l’odeur des ânes sauvages…

C’est aussi un livre qui brasse beaucoup d’émotions. J’ai été sensible à la démarche artistique de Raphaël qui ne vit que pour ses sculptures, à la folie douce de Max qui rappelle parfois le Germain de Marie-Sabine Roger par sa façon de parler. Sensible à Lambert aussi, qui vit dans l’obsession de faire éclater la vérité. Et pleine d’empathie pour cette femme venue sur cette lande soigner un chagrin d’amour qu’elle croyait pourtant incurable.

Un livre lent et doux, plein de clairs-obscurs et de reflets qui accrochent l’œil et la curiosité du lecteur. Le passé et le présent se mêlent pour former la trame d’une histoire étonnante. Le style, parfois haché c’est vrai, ne m’a pas gênée. Et que ce soit par envie de connaître la clé du mystère ou la vie des uns et des autres, on s’immisce avec plaisir dans les pages de cet épais roman avec l’envie d’y rester longtemps.

L’avis de Gaëlle, Saxaoul, Liliba

Les déferlantes, Claudie Gallay, Le Rouergue. 

36 réflexions sur “ Les déferlantes ”

    1. @ Sandrine : j’avais lu Dans l’or du temps et n’avais pas été totalement convaincue… Je ne dois qu’à la médiathèque, qui avait mis l’exemplaire en avant, cette lecture qui, au final, m’a emportée…

  1. Je vais faire « tache » ici car si le thème, les personnages avaient tout pour me plaire, je me suis heurtée au style, aux longueurs dont on se passe et le « happy end » ne m’a pas convaincue. Bref je n’ai pas aimé. Ca peut arriver 😉

    1. @ Asphodèle : non, non, tu ne fais pas tache. Je comprends très bien que son style puisse rebuter puisque dans le premier livre d’elle que j’ai lu, j’avais trouvé ça lent et lourd parfois. Mais là, va savoir pourquoi, j’ai marché. L’évocation de la nature y a sans doute été pour beaucoup!

  2. C’est un coup de coeur pour moi aussi, découvert il n’y a pas longtemps. Ca me rassure que tu n’aies pas tout lu des livres relativement récents !! Je ferais bien un petit complexe à la lecture des blogs parfois, il n’y a pas de quoi, je sais… C’est plutôt le temps qui nous manque. Travailler moins pour lire plus : j’suis d’accord !!!

  3. J’aurais cru que tu l’avais lu, tu sais!
    Bon, je l’ai lu il y a un bout (voir mon vieux billet) et je suis plus réservée. Le style, en fait. Tant pis pour moi!
    Clara et toi, vous me causez encore, dites?

    1. @ Keisha : comme tous les auteurs qui ont un style assez marqué, on aime ou… pas. Et d’un livre à l’autre, on n’a pas forcément le même ressenti non plus. Si on devait se fâcher pour si peu, on serait bien seul! 😉

  4. Ce fut ma première déception avec Claudie Gallay, je n’ai pas accroché à l’histoire. Par contre je l’ai trouvée très forte sur les descriptions de paysages, des éléments et j’aime son écriture.

    1. @ Aifelle : je n’imaginais pas voir d’avis si différents sur ce roman. Je croyais qu’il avait remporté l’adhésion d’un grand nombre de blogueuses… Comme quoi! 😉

  5. Toujours pas envie de m’y plonger, « lent et doux », je crains que ça ne soit pas mon rythme…

  6. Quand je pense que je ne l’ai toujours pas lu ! J’ai failli l’acheter en poche mais j’ai trouvé la police d’écriture trop petite. Je l’emprunterai donc à la BM.

  7. Un très bon souvenir de lecture, j’ai longtemps cru que Claudie Gallay l’avait écrit spécialement pour moi (je dois finalement partager avec Clara et encore beaucoup d’autres), car je l’ai lu juste après une semaine de vacances dans la région de la Hague.

    1. @ Fransoaz : mais ce n’est pas parce que tu n’es pas la seule à l’aimer qu’elle ne l’a pas vraiment écrit pour toi… Tu lui as demandé au moins? 🙂

  8. Voilà typiquement le roman dont on a dit tant de bien tant dans la presse que sur les blogs que j’appréhende de lire de peur d’être forcément (et donc, la plupart du temps, injustement) déçu.
    Je laisse décanter et attends que le hasard le mette un jour entre mes mains.

    1. @ Griotte : des personnages hauts en couleurs et très attachants, un paysage sublime, des crevettes et du pain beurre : pas étonnant qu’on n’ait pas envie de partir hein! 😉

    1. @ BelleSahi : tu fais partie des « pour » alors… Je l’ai bien aimé, moi aussi et j’ai voulu lire Seule Venise ensuite… mais j’ai trouvé le même personnage de femme esseulée, le même style, et j’ai abandonné…

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