La cote 400

Un petit roman de 64 pages seulement qui se lit très vite, le sourire aux lèvres, le temps de boire quelques tasses de café. Si possible du café grec, à une petite terrasse pleine de tables en marbre rondes et de petites chaises bleues, sous les platanes d’une place de Plaka ou de Spetses, où quatre vieux acharnés jouent au tavli… Là, je rêve. Oui, mais laissez-moi rêver si j’ai envie! Mince, quoi! C’est pas vrai ça. C’est mon billet, je fais ce que je veux! Si vous n’êtes pas contents, allez butiner ailleurs*…

Donc, je disais.

Une bibliothécaire esseulée. Des rangées de livres. Un pauvre type qui a eu la mauvaise idée de se laisser enfermer dans la bibliothèque. Deux heures à patienter avant l’ouverture. Voilà tous les ingrédients réunis pour un monologue réjouissant et caustique, sur fond de réflexion sur la lecture et la culture pour tous… Comme parfois deux bonnes petites citations valent mieux qu’un long billet, je vais donc me contenter de reprendre les mots de l’auteure elle-même.

Je vais vous dire qui typiquement n’entre jamais ici : l’homme blanc riche, entre trente-cinq et cinquante ans. Pourquoi? Parce qu’à cet âge il fait partie des barbares dominants. Monsieur ne fréquent pas les infrastructures publiques. Jamais vous ne verrez monsieur dans un bus. Monsieur ne partage rien avec les autres, monsieur possède. Cela fait longtemps que la madame de monsieur ne demande plus d’œufs à la voisine d’en face, elle a eu, pour la fête des Mères, un mixeur trois vitesses, et quand monsieur veut lire, monsieur achète ses livres. Mais lire, c’est déjà un acte de faiblesse. Monsieur a du pouvoir d’achat. Une maison. Deux voitures. Monsieur n’a pas le temps. Il paie un abonnement au club sportif. Pense-t-il jamais, monsieur, à la maison commune? Non il se considère comme tout-puissant, un self-made-man, cet âne.

Qu’est-ce que je disais? Oui, écrire, c’est sexuel. On ne s’enferme pas dix heures par jour pour écrire si tout va bien dans sa vie. L’écriture n’arrive que si quelque chose ne va pas. Si tous les gens étaient heureux sur terre, ils n’écriraient pas autre chose que des recettes de cuisine et des cartes postales, et il n’y aurait ni livres, ni littérature, ni bibliothèque. Ce serait le signe que l’humanité en a enfin terminé avec ses angoisses et ses problèmes de zizi. Parce que, au fond, les écrivains ne pensent qu’à ça.

Non contente d’avoir passé une bonne petite heure en compagnie de cette bibliothécaire surprenante, je sais maintenant pourquoi j’écris. Il ne me reste plus qu’à finir mon café, ma partie de tavli et je cours de ce pas en parler à mon psy… Ah, au fait, c’est les vacances, là, je ne rêve pas? Chouette, les parisiens vont se remettre au travail pendant que nous, on ira pique-niquer sur la plage, siester à l’ombre des cerisiers, vérifier la décrue de notre stock de petits œufs pralinés, faire des cabanes de fougères dans la forêt qu’un couillon de chien fera s’écrouler d’un coup de truffe, dîner en terrasse au bord de l’eau, grasse-matiner pendant que les goélands s’époumonent… Ah, c’est chouette! J’aime les vacances… A bientôt tout le monde!

* On dirait que ce billet a été écrit sous l’influence directe (et passablement inquiétante…) de cette bibliothécaire irascible… 😉 Ne vous inquiétez pas, depuis j’ai retrouvé mes bonnes manières…

23 réflexions sur « La cote 400 »

  1. pour ma part, elle m’a beaucoup agacée cette bibliothècaire. Après, il me manquait les 14 dernières pages, la faute à un problème d’impression apparemment…!

    1. @ Choupynette : dommage de n’avoir pas eu la fin! C’est vrai qu’elle est agaçante avec ses certitudes et ses théories mais il y a parfois du vrai dans ce qu’elle dit et j’ai bien aimé l’humour sous-jacent…

  2. Chère amie,
    J’ai adoré ce billet !!
    Tu m’as fait sourire, tu m’as fait rire et même, réfléchir …
    Voilà pourquoi tu dois continuer à écrire …
    Amitiés

    1. @ Yv : c’est vrai, cet éditeur fait des choix qui sortent de la routine et de l’ordinaire! Je n’accroche pas toujours ( 😉 ) mais j’aime qu’à cette heure du « tout commercial », un éditeur s’aventure hors des sentiers battus…

  3. Je l’ai noté avec un point d’interrogation ce petit livre. Tu pourrais bien me faire passer à l’acte, j’aime les extraits cités. Et continue à bien buller pendant les parisiens travaillent.

  4. Je l’avais noté depuis un moment, ce titre-là mais la biblio a tardé pour l’acheter ! Et depuis, je ne l’ai pas encore vu sur étagère 😉

  5. Ben du coup, il m’interpelle aussi, celui-là…
    Termine bien tes vacances, Gwen ! Profites-en pour moi, déjà retournée au travail ! 😉

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