A la moitié du bout de mes peines…

Voici un petit billet en photos pour vous donner des nouvelles de l’histoire que j’écris. Bientôt deux cents pages… Ça donne plus de 61 000 mots en chiffres et ça en volume :

Comme je suis une fille maniaque plutôt organisée, j’ai besoin de savoir à peu près où je vais. Si on devait faire une comparaison maritime, eh bien on dirait que je ne sors pas sans instruments ni avoir pris la météo auparavant. Je fais des plans, parfois des patates pour situer tout le monde dans le schéma d’ensemble et surtout les liens des différents protagonistes, des colonnes avec le déroulement de l’histoire de chacun. Et puis tous les vendredis, je prépare le travail de la semaine suivante, je décline dans le détail – trois lignes – les épisodes à écrire. Le plus souvent, ça marche mais parfois, je reste en rade. Je tords les mots dans un sens, dans l’autre. Je vais me faire une tasse de thé. J’efface tout. Je recommence autrement. Je refais du thé. Rien ne me convient. Je ne le sens pas. Alors, je laisse tomber. Je vais au marché acheter des radis ou des maquereaux. Je discute avec Viviane ou Michelle. Je rencontre Philippe. Je vais sur la plage avec mon idiot de chien qui court après les goélands en gueulant comme s’il était sur la piste du gibier. J’écoute du saxo à dose mortelle pour qui n’est pas immunisé…Et puis, au moment de dormir, paf, l’Idée qui arrive comme un cheveu sur la soupe : je vais me servir de cette « panne » et la transférer au personnage, les phrases arrivent sur un plateau… Il n’y a plus qu’à les écrire. Oui, mais là, Cerveau, je t’explique, je vais dormir. On verra ça demain. Mon cerveau boude et déconnecte tout jusqu’au matin… Et là, vous vous dites : le lendemain, elle tout oublié… Mais non! Faut pas croire, mon cerveau n’est pas aussi idiot que mon chien… 😉

Donc, le matin, ça donne ça :

Graziella, pense Ludo, en descendant le sentier, il faut que je te dise. Hier, j’ai voulu t’écrire mais les mots se tordaient sur la page comme des vers. Ils ne voulaient pas rester en place, cherchaient à s’échapper. J’ai froissé la feuille et recommencé mais rien à faire. Je me suis entêté. Peine perdue. La moitié du bloc y est passé et je n’ai fait que remplir la poubelle avec des boules de papier. Alors, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler. Si tu me voyais, seul à marcher entre les pins et les bosquets de fougères, parlant à une présence invisible! Heureusement, je suis seul et personne ne sait que je suis fou. Non, je ne suis pas fou, Graziella, mais ce matin, je souris. Un sourire indélébile.

 

Ah oui, les personnages. Il y en a les premiers rôles – fiches jaunes avec photo – et les secondaires – fiches vertes, sans photo… Des hommes, des femmes. Une roulotte aussi. Et une maison très particulière. Un séquoïa qui joue un grand rôle. Il a une fiche blanche lui. Si, si…

Il y a des jours de grande forme où l’on pourrait écrire des dizaines de pages et d’autres où l’on arrive à peine à trois. Parfois, je sais que j’ai été trop vite… Rarement trop lentement. Je synthétise comme une petite chimiste! Je passe, je me dis, on verra tout ça après. Parce qu’après la fin, eh bien ce n’est pas la fin. Loin de là… Mais ça, c’est une autre histoire…

42 réflexions sur « A la moitié du bout de mes peines… »

    1. @ Louis : j’ai comme l’impression que tu ne l’aurais pas dit comme ça… 😉 Bosquet ayant pour synonyme buisson, massif, touffe… eh bien, oui, je persiste et signe. Bosquets de fougères! Jusqu’à la prochaine relecture où ils seront peut-être remplacés par un fouillis de ronces ou bien un amas de branchages.. Qui sait? Merci en tout cas de ta relecture pointue! 😀

  1. Un quotidien, rythmé par l’écriture, le saxo et un chien un peu « couillon »… Je t’envie ! Personnellement, je n’ai que le chien « couillon » !

  2. merci pour le partage de ton expérience. je ne te savais pas aussi organisée, mais on dit que c’est une qualité à avoir pour aller au bout de l’écriture d’un roman, sans compter la clarté (ou même la crédibilité) générale du récit par la suite.
    et effectivement, j’imagine que ce n’est pas parce que tu arrives au bout de l’écriture que ton livre est terminé : il doit y avoir un énorme travail de modification/correction sur le texte originel, surtout si tu te rends déjà compte que tu écris parfois trop vite 😉
    dans tous les cas, continue à nous tenir au courant 🙂

  3. Merci pour ta simplicité à partager ton expérience; tes blancs et tes illuminations, ta tasse de thé et les radis du marché…
    Je te souhaite beaucoup de sourires indélébiles.

  4. Un billet très sympa pour une expérience dont je ne me sentirais absolument pas capable. J’admire ton organisation et ta persévérance et je te souhaite tout plein de réussite pour la suite.

  5. Quelle organisation 🙂 Certains auteurs devraient en prendre de la grain … ça leur éviterait de se mélanger les pinceaux 😉 Et j’adore la façon dont tu as exploité ta « panne » … comme quoi, tout peut servir à créer de belles scènes !

  6. Super organisée tu es oui. Je t’admire, à ta place je ne pourrais plus dormir, je me relèverai pour écrire, j’y penserais tout le temps .. tu avances bien dis donc, malgré les jours avec et les jours sans.

  7. J’ai lu ton billet hier soir, puis je suis allée me pendre 🙂 blague à part, je t’envie ce sens de l’organisation et cette rigueur que tu mets au service de ton écriture. Je ne sais pas faire comme ça, je commence des tas de début, j’ai des milieux, des fins, des personnages plus ou moins épais, mais je perds du temps dans des tergiversations, des retours arrières etc. Tu es mon modèle, soit dit sans exagérer, je vais tenter de m’inspirer de toi 😉

    1. @ Océane : je m’organise comme ça parce que ça me correspond. Cette méthode ne te serait peut-être d’aucune utilité si tu ne fonctionnes pas comme moi… Mais il est clair qu’écrire un roman, c’est un boulot de longue haleine! Il faut en avoir envie… et accepter de prendre le risque de faillir, de rater, de ne pas être apprécié, de se rendre compte, six mois plus tard, qu’on a écrit de la m**** parce que ça peut arriver!

  8. Ha ha, des petits indices distillés avec pacimonie… 🙂 Ainsi donc, tu travailles avec des fiches. Comme toi, je suis super organisée, mais pour l’écriture, impossible. Je devrais peut-être m’y mettre, lorsque la source se tarit.

    Amusant, il y a une dizaine de jours, je me suis amusée à photographier les corrections apportées à un recueil de nouvelles, j’en ai préparé un article pour mon blog. 😉
    Tes photos sont sympas et j’aime ta façon de nous raconter ton cheminement.

    1. @ Livvy : merci beaucoup! 😀 J’ai essayé diverses méthodes – notamment partir à l’aventure du bout de la plume, sur les souvenirs d’un rêve qu’on continue en plein jour – mais c’est celle-ci qui me convient le mieux. Comme je sais où je vais, ma tête ne turbine pas à fond tout le temps… J’ai mis ton blog dans mon GR. Je guetterai ton billet…

  9. J’adore ce billet, plein de détails et de petits secrets de fabrication. Tu aurais pu laisser l’adjectif « maniaque » : ton billet prouve que tu l’es… et c’est une qualité pour un écrivain ! C’est tout simplement indispensable de l’être pour arriver au bout et que tout soit parfait.
    Bon courage pour la suite !
    (PS : Personnellement, je travaille plutôt sur des fichiers XL et JPEG (plus rapide pour chercher et modifier, même si, au début, je commence toujours par des listes, des plans et des schémas sur un grand carnet), mais je suis admiratif devant tes fiches bristol. Quel sacré boulot de préparation ! Mais on n’a rien sans rien, comme disent les grands-mères).

    1. @ Sébastien : Parfait, j’en doute… mais conforme à l’idée que je m’en étais faite, oui, je ferai tout pour! J’aime bien sentir la plume qui glisse sur le papier… Et puis ça fait artisanal! 😉

  10. Je me suis délectée de ce billet et de ta manière de fonctionner… ça m’épate, l’organisation et la constance qu’il faut pour avancer dans un tel ouvrage ! Ce que tu nous laisses voir, et c’est très sympa de ta part, est bien alléchant !

    1. @ Kathel : merci! Je dois repousser le Doute avec une pelleteuse tous les matins mais j’y arrive de mieux en mieux… Sans doute grâce à tous ces commentaires encourageants que vous m’envoyez… 😉

  11. Whaaaaaa…. les fiches…. j’ha-llu-ci-ne !!!
    si tu voyais mon bordel…
    mais comme tu le dis très bien, il faut suivre la piste qui nous correspond !

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