La tête en friche

Ce livre était sur mes étagères depuis longtemps. Je ne voulais pas le lire tout de suite. Le film qui en a été tiré venait de sortir quand je l’ai acheté et l’on voyait Depardieu sur le bandeau. Depardieu tellement omniprésent que je craignais de ne pas réussir à voir un autre visage que le sien quand je lirais le prénom de Germain… J’ai donc attendu que les images se décantent. J’ai placé le roman dans ma cave à livres où il a vieilli, mûri, doucement mais sûrement. Et puis là, avant-hier, ça y était : le moment était venu de me plonger dans cette histoire.

La tête en friche, c’est un peu ce que ressent Germain. La bonne quarantaine, élevé par une mère qui n’avait pas la fibre maternelle, le cerveau laissé en jachère par un maître peu pédagogue, ce géant, qu’on pourrait vite classer dans la catégorie des crétins, vivote sans se poser de questions. Les circonstances de la vie ont fait le reste : Germain est analphabète et (presque) fier de l’être. Entre son potager et ses potes du bistrot, il a de quoi faire. Mais c’est compter sans Margueritte. Une vieille dame charmante et passionnée de littérature, qu’il croise un jour au parc. Avec stupéfaction, Germain s’aperçoit qu’elle aussi, elle compte les pigeons… C’est là le point de départ d’une étrange mais pourtant solide amitié qui va naître entre l’aïeule frêle et le géant mal dégrossi. Une amitié qui va mener Germain sur des chemins inattendus qui vont lui permettre de se réconcilier avec les mots et une partie de lui-même…

Non seulement La tête en friche est une belle histoire, pleine d’humour et d’humanité mais en plus, elle est remarquablement écrite. Certains objecteront sans doute que Germain, qui appelle un chat un chat et un con un con, ne fait pas toujours dans la dentelle ni dans le syntaxiquement correct. Mais justement, quelle prouesse de réussir à se glisser à ce point-là dans la tête d’un homme, un peu rustre mais bonne pâte, fâché avec les mots! De la bouche de Germain (et de la plume de Marie-Sabine Roger) jailissent non pas des fleurs ou des crapauds mais des tournures drôles et belles à la fois, des brèves de comptoir plus vraies que nature, cette sagesse populaire qui existe même sans être cultivée, des pépites de bon sens et une poésie loufoque et inattendue. Tout m’a plu dans cette histoire, jusqu’aux personnages secondaires, esquissés seulement pour certains, mais tellement crédibles! J’ai été tellement enchantée par cette lecture en forme de surprise que j’ai emprunté dans la foulée Vivement l’avenir

Un petit extrait pour vous mettre en bouche…

Je repense à ce mot, inculte – Qui n’est pas cultivé. Voir : friche – qui m’était venu dans la tête, un jour, pendant que je parlais avec Margueritte. Et au rapport qu’il y a entre la culture des livres et l’autre, des topinambours. C’est pas parce qu’on ne cultive pas un terrain qu’il n’est pas bon pour les patates ou autres. Faut pas croire, c’est pas de bêcher qui rend le sol meilleur : ça le prépare seulement à bien recevoir les semis. Ça l’aère. Parce que si le terrain est trop acide, trop calcaire, ou trop pauvre, il prendra pas n’importe quoi, de toutes les façons. […] Enfin, c’était deux ou trois idées qui me sont arrivées sans que j’y prenne garde. Réfléchir, ça m’aide à penser.

L’avis de Clara et de Leiloona aussi enthousiastes que moi…

La tête en friche, Marie-Sabine Roger, Collection La Brune, éditions du Rouergue, 16€50

30 réflexions sur “ La tête en friche ”

    1. @ Kathel : oui, le temps que l’emballement général se calme… Je me demande ce que cela fait, pour un auteur, de voir son histoire transformée en film…

  1. Je ne sais plus quel ordre j’ai suivi : film et livre ou livre et film, en tout cas j’ai mieux aimé le livre, et encore plus Vivement l’avenir ! J’aime la tendresse un peu féroce de Marie-Sabine Roger pour ses personnages. J’ai trouvé chez un bouquiniste Le quatrième soupirail, un titre jeunesse qui parle de dictature (évidemment je n’ai pas encore eu le temps de le lire…) J’adore ton idée de cave à livres !

      1. @ Aifelle : je compte bien me dispenser du film… Je n’ai rien contre l’ogre Depardieu mais si le cinéma français continue à le saupoudrer partout, je vais finir par en rêver la nuit… et franchement, je n’y tiens pas! 😉

    1. @ Anne : cette « cave à livres » plait aux « Anne » on dirait… tu es la deuxième! « Une tendresse féroce »… tu résumes très bien le style! 🙂

  2. J’avais aimé aussi ce livre ainsi que la rencontre avec l’auteur. Joli succès pour ce roman qui n’était pas parti pour faire un carton. J’ai aimé le film aussi (mais c’est vrai que quand je pense à Germain, je vois Depardieu !)

    1. @ Sylire : une jolie surprise pour moi qui ne m’attendais pas tomber sous le charme aussi facilement. Du livre bien sûr, pas de notre Gérard national! 😉

  3. J’ai aimé le côté terre à terre de Germain (avec son habitude d’appeler un chat un chat) … au moins, on sait où on va avec lui et il ne se cache pas vraiment derrière les mots 😉 J’ai beaucoup aimé ce roman que j’ai lu à sa parution mais je n’ai toujours pas vu le film !

  4. Je crois me souvenir du film avec Depardieu (non vu…) Il y a quelque chose de concret de lourd (au sens de la présence, je m’exprime mal..) quelque chose de très brut dans ce que tu nous en dis.
    Ce n’est pas forcément vers quoi je me tournerais en ce moment. Mais je le laisse dans un coin de ma tête (il sera en bonne compagnie, il y a du monde en attente de lecture ou d’abandon….)
    J’aime cette idée de laisser mûrir un livre, une cave à livres c’est très utile 🙂

    1. @ Océane : oui, on n’est pas forcément en phase avec le livre qu’on a entre les mains… Et avec le reste, c’est pareil d’ailleurs… Mais bon, mettre les copains à la cave, je ne sais pas s’ils apprécieraient… sauf, pour certains, si elle est bien remplie, en vins et en livres!

  5. Un couple extraordinaire. Une lecture qui se suffit à elle-même; je n’ai pas regardé et ne regarderai pas le film de peur de dénaturer ce pimpant souvenir.

    1. @ Fransoaz : je ferai comme toi… les films ne sont pas forcément mauvais mais ils contiennent si peu par rapport aux livres. C’était le cas pour Kennedy et moi notamment…

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