La préférence nationale

La bêtise humaine peut prendre plusieurs formes. Le racisme en est une.

Avec un verbe tranchant comme un rasoir, Fatou Diome en apporte la preuve dans ce recueil de nouvelles.  La Préférence Nationale date de 2001 mais le sujet est plus que jamais d’actualité. L’auteure, à travers ses héroïnes, montre ce que la simple couleur d’une peau peut générer comme a priori, rejets de toutes sortes, confinement dans des cases (à lire avec et sans jeu de mots, comme vous voulez…). Un racisme ordinaire, sûr de son bon droit – droit du sol, droit du sang, droit national, qui sait? – qui s’arroge le droit de mépriser l’Autre parce qu’il est différent. J’imagine que certaines de ces situations ont été vécues par l’auteur ou par certains de ses proches.

On croise ainsi une femme qui préfère prendre ça (comprenez : une jeune femme noire) parce qu’elle s’imagine pouvoir l’abuser plus facilement.

C’était donc ça : pour madame Dupont, africain est synonyme d’ignorance et de soumission.

On rencontre également une famille vulgaire et sale qui – persuadée que, parce qu’elle est femme de ménage, elle est aussi demeurée – s’amuse à donner à la femme qui vient nettoyer leurs saletés le doux sobriquet de « Cunégonde ». Jusqu’au jour où, par hasard, Monsieur croise la jeune femme en question à la bibliothèque et comprend que ses railleries mesquines n’ont pas été perdues pour tout le monde. « Cunégonde » est en DEA de lettres…

Ses épaules s’affaissèrent, ses traits déformés se figèrent et son visage rouge semblait contenir tout le mauvais vin qu’il avait ingurgité dans sa vie peu raffinée. Il était coloré par la gêne. L’ayant crucifié de mes yeux pendant quelques instants, je lui envoyai mon grand sourire de femme de ménage avant de partir avec mes livres sous le bras. Il me suivit du regard sans bouger. Cette fois, il ne considérait ni ma croupe ni mon décolleté, mais l’étendue de sa bêtise. Dupire venait de comprendre qu’aucune de ses goujateries n’avait échappé à ma cervelle de femme de ménage qu’il supposait peu élastique.

L’auteure évoque aussi, au début du recueil, l’enfance, les études et les premières amours.

Loin d’avoir été corrompue par l’hypocrisie nationale – notre préférence à nous? – qui s’étale jusqu’aux sommets, Fatou Diome écrit comme elle pense, comme elle vit. Sans fard et avec un humour qui décape le cerveau. Je propose de remplacer quelques cours d’éducation civique du collège par la lecture de ces nouvelles qui disent en peu de mots la détresse et la colère  que l’on peut ressentir à être écarté, voire mis au ban de la société (la bonne) pour une simple différence de couleur de peau…  Une auteure que j’ai découverte grâce à Clara et que je compte bien lire encore souvent…

La préférence nationale, Fatou Diome, Présence Africaine, disponible à la médiathèque de DZ

18 réflexions sur “ La préférence nationale ”

  1. J’ai été scotchée au « ventre de l’Atlantique » il y a quelques années, mais hélas rien lu d’elle depuis.
    Je suis au cœur de « La couleur des sentiments » où il est aussi question de la « bonne couleur » et on y croise aussi des « Cunégondes ».

    1. @ Fransoaz : Je pense en lire d’autres, de Fatou Diome (d’ailleurs, j’ai intérêt, sinon je vais me faire massacrer par Clara… ;-)) et j’ai prévu de lire aussi celui de Kathryn Stockett… Un sujet commun qui n’est pas réglé, loin de là…

  2. Il m’avait laissé un souvenir amer, non pas qu’il n’était pas bon, au contraire, mais le sujet est tellement brulant qu’il éveille en moi des pensées tristes et négatives, assez pessimistes. Et ça ne s’arrange pas.

    1. @ Océane : c’est vrai que constater la crétinerie des gens rien que parce que la couleur de l’autre est différente, c’est déprimant… et comme tu le dis, ça ne s’arrange pas! 😦

  3. J’avais lu également « le ventre de l’atlantique » et quand l’occasion se présentera, je lirai certainement autre chose d’elle. J’oubliais, j’ai lu également un petit livre « le vieil homme et la barque » « avec des dessins de Titouan L’Amazou. Un petit bijou.

  4. Merci Gwenaelle pour cette belle présentation. Un livre que je note donc. Cependant, attention à ne pas proposer des discsours clairement enagagés à l’école. Le pricipe de neutralité doit prévaloir à l’école du début à la fin. Une salle de cours n’est pas une salle de meeting. En tant que professeur d’économie, je sais bien de quoi je parle, je pense. Il faut être trés prudent lorsqu’on aborde des sujets de société. Ce ce que je m’oblige à faire tout le temps ! … A bientôt

    1. @ David : merci! Je pensais plutôt à un texte comme base de débat… les grands principes, c’est bien mais rudement difficile à appliquer dans la réalité!

  5. Je n’ai lu d’elle que Celles qui attendent de beaux portraits de femmes africaines. elle y dénonce aussi le racisme rampant, les petites phrases qui font mal. J’ai chez moi, deux petits garçons noirs qui sont déjà parfois confrontés à ce genre de propos ! Lamentable ! Mais comme nos plus haut dirigeants se les permettent, pourquoi pas le simple quidam ?

    1. @ Yv : le racisme est d’autant plus difficile à combattre que certains élus ne cachent pas leurs dégoûts… C’est pour moi une chose incompréhensible! Mince, il suffit de s’arrêter deux minutes et de réfléchir : la couleur de la peau, ça change quoi à ce qui est à l’intérieur? J’aime beaucoup « Armstrong » de Nougaro qui en une chanson fait le tour du sujet (enfin, presque! ;-)).

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