Une si longue lettre

Mariama Bâ, auteure sénégalaise (1929-1981) s’est inspirée de sa propre vie pour raconter l’histoire de Ramatoulaye.

Son héroïne profite de la période de réclusion traditionnelle qui suit son veuvage pour écrire une longue lettre à sa meilleure amie, Aïssatou. Dans celle-ci, elle évoque les souvenirs de leurs jeunes années, alors qu’elles étudiaient à l’école Normale dans le but de devenir enseignantes. Cette période était pour elles celle de tous les espoirs. Elles imaginaient que la société allait enfin évoluer, la place des femmes changer, l’éducation permettre aux jeunes générations de relever tous les défis.

Las, après toutes ces années, alors que Ramatoulaye est entrée dans l’âge mûr, elle doit bien avouer que tous ses espoirs ont été déçus. Ceux qui concernaient la société mais aussi sa propre vie. Elle avait espéré un couple fondé sur l’amour et le partage. Après avoir mis au monde douze enfants et avoir consacré presque tout son temps à sa famille et à son mari, Ramatoulaye voit ce dernier la quitter pour une jeune épouse qui a à peine l’âge de leur fille ainée… Et l’homme n’hésite pas à hypothéquer la maison de sa première épouse pour combler de cadeaux la deuxième.

Ce sont tous ces souvenirs que brasse la veuve durant ces heures de solitude et c’est un tableau amer qui est dressé ici : la place faite aux femmes dans la société se réduit à la portion congrue. En outre, ces dernières doivent subir la polygamie et le système des castes sans avoir aucun droit en contrepartie. Que leur mari s’amourache d’une jeunesse et les voilà, comme Ramatoulaye, obligées de subvenir aux besoins de toute la famille et de résister, le front haut, aux vexations. Seule Aïssatou, l’amie de Ramatoulaye, a su refuser ce sort indigne mais pour refaire sa vie, elle a dû s’expatrier, aller étudier en France puis s’installer aux Etats-Unis…

Un roman poignant qui montre bien l’universalité de la cause des femmes.

Merci à Claudialucia pour cette belle et enrichissante lecture.

Une si longue lettre, Mariama Bâ, Collection Motifs.

15 réflexions sur « Une si longue lettre »

  1. Elle fait partie des auteurs que j’aimerais lire pour mon challenge Afrika, une fois que j’aurais vidé ma PAL de ses auteurs africains. (je sais, je suis très optimiste!)

    1. @ Choupynette : Mariama Ba a écrit très peu, deux ou trois livres seulement je crois mais ce sont des textes forts qui expriment bien le problème des femmes dans les pays d’Afrique.

  2. Je ne connais pas beaucoup d’auteurs africains je me rend compte. je note avec plaisir celle-ci, histoire de me rattraper un peu de mon ignorance, et puis le récit me touchera, ça je le sais.

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