Le cœur cousu

On m’avait prévenue. On m’avait dit « attention, coup de cœur assuré »…  Alors, je vous rassure tout de suite : j’ai beaucoup aimé le roman de Carole Martinez et j’y ai retrouvé les sensations éprouvées à la lecture de Jours de Colère de Sylvie Germain. Bien que ces deux livres n’aient rien en commun, ils narrent tous les deux des histoires où se mêlent contes, sortilèges et mystères, dans une langue riche et opulente qui entraîne le lecteur très loin.

Le cœur cousu, c’est l’histoire de Frasquita Carasco et de ses filles. Dans un village du sud de l’Espagne, autrefois, la jeune Frasquita se voit transmettre par l’intermédiaire de sa mère une boite dans laquelle elle trouve fils sublimes et aiguilles. Elle s’adonne alors à la couture et devient tellement douée qu’on finit par la dire magicienne. Elle se marie, a des enfants mais sa vie s’écroule lorsque son mari la joue et la perd lors d’un combat de coqs. Ses enfants à sa suite, seulement équipée d’une charrette à bras dans laquelle elle a entassé ses maigres possessions, voilà Frasquita obligée de se lancer sur les routes, allant toujours plus au sud. Elle traverse l’Andalousie, les révoltes paysannes, et toutes sortes de dangers. Elle finit par traverser la mer et rejoindre l’autre continent.

L’épopée de Frasquita est servie par la langue dont use Carole Martinez. Une langue qui porte l’histoire à bout de bras, à bout de souffle. Une langue qui ressemble à la parole d’une conteuse, un soir d’hiver au coin du feu et alors qu’on avance dans ce roman, on redevient un peu enfants, ravis d’entrer dans cet imaginaire merveilleux qu’on rencontre si rarement. Dans une Espagne corsetée de traditions, ligotée par sa supersitition, difficile d’être soi-même et de prétendre à la liberté.

Le monde était calme encore ce soir où ma mère y entra. Certes, des mots étaient déjà prononcés, des couteaux s’aiguisaient dans l’ombre, le silence pleurait. Le ventre du monde vrombissait de milliers de prières murmurées, la foule des désespérés contenue par la peur, par les traditions, par les siècles d’asservissement ne parvenait plus à dégorger sa peine. Le monde était calme mais trois sacs de craie allaient suffire à l’embraser.

Le cœur cousu est un roman magique sur la liberté, la filiation, le don et la transmission.

Le cœur cousu, Carole Martinez, Folio

Lecture commune coordonnée par Zarline sur le blog de laquelle vous trouverez les liens vers les autres billets.

45 réflexions sur « Le cœur cousu »

  1. J’avais dévoré ce roman avec délice et « un bûcher sous la neige » que je viens de terminer me l’a rappelé, le même lyrisme, la même ampleur dans le récit. J’aurais été étonnée que tu n’aimes pas.

    1. @ Aifelle : oh, désolée… il y a eu tellement de commentaires sur ce roman que j’ai zappé le tien! Comme je te l’ai dit à propos de ton billet, je n’ai pas accroché au Bûcher sous la neige. Peut-être n’était-ce pas le bon moment pour moi? Je retenterai peut-être plus tard…

  2. je l’ai lu et adoré !!! Le hasard en plus, total, à force de le voir de blog en blog, je suis tombé dessus par hasard chez une amie, et je m’en suis rappelée.

  3. un roman que j’ai littéralement dévoré. Une écriture magnifique, des personnages intéressants et fouillés. J’ai juste regretté le côté un peu « too much » sur la fin. L’accumulation des malheurs. Mais sinon, une très belle lecture.

  4. J’ai également bien aimé mais l’écriture m’a parfois gênée. Trop lyrique à mon goût même si ça s’inscrit bien dans l’ambiance très conte. Mais bon, on ne se refait pas 😉

  5. je suis contente que tu aies aimé : ce livre est un coup de coeur pour moi aussi, et l’auteur (rencentrée aux Etonnants Voyageurs) est d’une fabuleuse générosité 😀
    et elle a un sacré talent de conteuse, visible dans son livre mais aussi dès qu’elle lit un extrait de livre. elle a captivé toute l’assemblée quand je l’ai entendue le faire ^^

  6. « Jours de colère » est l’un de mes 10 premiers livres préférés! En le citant, tu donnes une chance à « Coeur cousu » de sortir (enfin!) de ma PAL ;-)))

    1. @ Anne : ma lecture de Jours de Colère remonte à … euh oui… quinze ou vingt ans, alors j’espère que ma perception de ce livre n’est pas trop déformée… Il faudrait que je le relise pour voir si ma comparaison tient la route!

  7. Je le dis à celles qui hésitent encore : je l’ai commencé en pensant que ce n’était pas vraiment un livre pour moi, et je l’ai dévoré avec enthousiasme ! Un très beau souvenir de lecture !

  8. Tu as de la chance d’avoir « le cœur cousu » tout frais dans tes souvenirs; il m’avait fait une très forte impression et m’est resté longtemps à l’esprit mais l’histoire commence à se déliter maintenant.

    Il y a assez de neige à tomber ici pour que l’on puisse partager avec vous!

  9. Construction intéressante, le roman est une succession de contes,»le Cœur Cousu » est le cœur offert à la Vierge qui trône sur le Paso de la Semaine Sainteest le récit que j’ai préféré.

    Mais je ne suis pas entièrement convaincue. J’aurais aimé sentir plus la société espagnole réelle. Le village où se déroule l’histoire est plutôt un décor convenu, les révolutionnaires, la guerre civile, à peine esquissés. Plus étoffée est décrite la partie algérienne, mais là aussi on voudrait sentir la vie réelle. Cet a-priori fantastique dilue un peu le propos.

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