Plage

Sur une plage du Finistère sud, une femme attend. Elle attend l’homme qu’elle aime et qui doit la rejoindre bientôt. Dans une semaine, très exactement. Elle s’appelle Anne et loge dans un petit hôtel familial, tenu par la charmante et maternelle madame Quéméneur. Elle passe une grande partie de ses journées sur la plage, au soleil, à regarder les personnes qui l’entourent : familles, couples désaccordés, femmes seules avec enfants, jeunes filles un peu dévergondées, colonie de vacances… et les descriptions de ceux qui l’entourent alternent avec ses propres souvenirs. Peu à peu, sa vie s’ébauche : une vie un peu étriquée, entre une mère jalouse, un père absent et un métier de bibliothécaire qui ne lui offre que peu d’occasions de divertissement. Et puis il y a cet homme, bien sûr, rencontré parmi les livres et avec qui elle a commencé une histoire dont elle est, pour une fois l’héroïne. Un homme plus âgé qu’elle, aux prises avec une épouse malade et qui, dans le peu de temps qu’il peut consacrer à Anne, a trouvé le moyen de bouleverser sa vie…

La quatrième de couverture de Plage dit que Marie Sizun dresse le portrait tout en nuances d’une femme d’aujourd’hui… Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette formulation. Si Anne est notre contemporaine, je ne suis pas certaine qu’elle incarne vraiment une jeune femme d’aujourd’hui. Très solitaire, à l’abri d’un monde de souvenirs et de rêves qu’elle s’est construit, elle m’a parue parfois un peu anachronique, comme hors de notre temps. L’amour qu’elle vit forme autour d’elle une bulle qui la met à distance de tous ceux qui l’entourent. Et n’existe alors dans son environnement que ce qui peut faire un lien avec cet amour-là, ce qui la ramène à lui, en pensée. Anne n’a pas d’amies – même si ces vacances sont pour elle l’occasion d’en rencontrer une – elle semble vivre dans un monde dépouillé de notre modernité envahissante. A peine sait-on qu’elle possède un téléphone portable, accessoire indispensable des amours secrètes.

Marie Sizun dresse surtout le portrait, je crois, d’une amoureuse qui s’enferme dans l’amour parce que sa liberté lui fait peur. Un amour plus rêvé que vraiment vécu… Passée des bras de son père aux rayonnages réconfortants d’une bibliothèque, Anne a besoin de voir son horizon limité par quelque chose ou quelqu’un. Pourtant, elle aime la plage, cette étendue sauvage, où le soleil joue avec les ombres et les perspectives. Elle aime les bains de mer, y sentir son corps libre et léger… Cet espace immense, tantôt plein de monde, tantôt vidé par la pluie, symbolise, à mes yeux, ce à quoi aspire cette jeune femme sans oser se l’avouer. Il faudra quelques péripéties supplémentaires pour qu’enfin, elle sorte de la gangue de son chagrin et décide de déployer ses voiles blanches. En cela peut-être, est-elle pour finir une jeune femme d’aujourd’hui…

Partant d’une idée toute simple, Marie Sizun a brossé un très beau portrait de femme.

D’autres avis chez Sylire, Clara, Choco

Plage, Marie Sizun, Arléa, 19€

22 réflexions sur « Plage »

  1. Une plage du Finistère… ben oui, déjà, d’avance, il y a un argument très fort pour toi… Bon, je me moque, mais j’ai bien aimé Le roman d’elle que j’ai lu et je dois lire (un jour) La femme de l’allemand.

  2. Heu, j’ose à peine l’écrire : je n’ai pas du tout accroché alors que j’avais beaucoup aimé « La femme de l’Allemand ». J’ai eu la même déconvenue avec « Les déferlantes » . Je dois avoir un problème avec les histoires se déroulant en Bretagne 😉

    1. @ Armande : Les déferlantes, ce n’est pas en Normandie, plutôt? Dans Plage, j’avoue avoir été agacée par le personnage féminin au début mais bien vite, c’est passé et j’ai apprécié son évolution. Qu’est-ce qui t’a déplu, exactement?

  3. Premier grief : la plage-mystère ! Crénom de nom quelle est cette fameuse S…….? Pour une originaire du Sud-Finistère, ça fout la honte de ne pas trouver le lieu décrit !

    1. @ Armande : mais c’est une plage de fiction, pourquoi veux-tu absolument qu’elle existe? Et puis Marie Sizun ne va pas dévoiler ses coins à crevettes et à coques, sinon elle risque d’être poursuivie par de faux pêcheurs à pied à la recherche d’un autographe! 😉

    1. @ Fransoaz : une histoire toute simple mais menée de telle manière qu’on a envie de connaître la fin… Sensible, oui, je suis d’accord avec toi pour qualifier ainsi l’écriture de Marie Sizun… 🙂

  4. Combien j’aime votre chronique, Skriban, sa clarté, sa finesse, et votre style, je ne résiste pas au plaisir de vous le dire. Particulièrement juste cette remarque sur la non-modernité de mon héroïne: naïve et sentimentale malgré ses airs affranchis et sa liberté de langage (vis à vis de sa mère!) elle vit dans un monde à elle, peuplé de livres, vous l’avez bien compris.Mais n’est-ce pas cette fragilité qui la rend attachante? et semblable à quelques-unes parmi nous!
    Bien amicalement à vous
    Marie Sizun

    1. @ Marie Sizun : merci pour votre passage ici et votre si gentil commentaire. 😀 Je suis d’accord avec vous : Anne possède une fragilité faite de failles et de doutes, et c’est ce qui nous la rend si proche, si « sœur » ai-je envie de dire!

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