Grand Paradis

Parce que sa sœur Marie a décidé de déménager, Dominique récupère des objets et parmi eux, quelques photos et des lettres qui vont irrémédiablement bouleverser sa vie. A bientôt cinquante ans, elle parait engluée dans un passé flou. Elle a parfois des réactions étranges et incompréhensibles pour son entourage et se sent plus d’affinités avec les plantes et la nature qu’avec ses semblables.

Les photos d’une certaine Léontine, que Dominique imagine être son arrière-grand-mère, vont la mener sur les traces des travaux de Charcot qui s’intéressait aux femmes hystériques. Se penchant sur les photos et les comptes-rendus de ces drôles de séances, elle va mettre à jour des secrets, mettre des mots sur des évènements jusqu’alors refoulés ou incompréhensibles, mieux comprendre les siens et elle-même.

Angélique Villeneuve a écrit un roman fort et poignant. Le travail de recherche sur le traitement de l’hystérie à l’hôpital de la Salpêtrière au XIXème siècle stupéfie le lecteur qui ne peut, alors, s’empêcher de souffrir avec ces femmes soumises à ces formes de violence qu’on voulait croire curatives…

Bien que le roman soit réussi (sensible, émouvant, bien écrit), j’avoue avoir éprouvé très peu d’empathie pour cette héroïne. A l’image de ce que j’avais ressenti en lisant La peine du menuisier, de Marie Le Gall, j’ai trouvé que les raisons du comportement de Dominique étaient bien minces, au final. Si j’ai été émue par l’incompréhension qui s’installe et conduit l’enfant Dominique à se réfugier dans une sorte de sauvagerie, faite de fuite et de communion avec la nature, j’ai par contre été vite agacée par l’adulte qu’elle est devenue, indécise, affolée, pleine de larmes et parfois franchement gourde. Ce désespoir mou, que je trouve très «français» (voir Olivier Adam et d’autres…), finit par gangrener de nombreux romans et devient, à force de répétition, insupportable…

Comme Obélix, je suis alors prise d’une grande envie de donner des baffes…

Merci à Clara qui m’a prêté ce livre. Elle a été bien plus touchée que moi par cette histoire. Je vais finir par croire que je suis sans cœur…

Grande Paradis, Angélique Villeneuve, Phébus, 16€

21 réflexions sur « Grand Paradis »

  1. (Hier c’était galère pour accéder à ton blog)
    Bon, le roman que tu présentes ne me dit rien … La passé qui explique le présent, et tout ça, c’est lassant…
    Je te cite
    « Ce désespoir mou, que je trouve très «français» (voir Olivier Adam et d’autres…), finit par gangrener de nombreux romans et devient, à force de répétition, insupportable… »

    1. @ Clara : la relation morbide qu’elle a entretenue avec son ex-mari, son attitude vis à vis de la cliente dans le jardin, son comportement dans la boutique ou vis à vis de sa sœur, sa fascination pour ces femmes qu’on disait hystériques, sa manière de fuir en permanence… si ça ce n’est pas du désespoir ou des signes de dépression… A la fin, Dominique lève le voile sur son passé et ça va mieux mais quel chemin de croix pour en arriver là… Bon, sinon je sais que « pas touche à O. Adam »! 😉

  2. J’ai bien l’intention de lire ce roman, il est possible que mon avis rejoigne le tien avec les passages que tu cites, mais je veux tenter et me faire mon idée (j’avais été touchée par la peine du menuisier).

    1. @ Aifelle : c’est un beau roman, à l’écriture recherchée, au sujet original… il a beaucoup de qualités. J’ai juste été allergique à un aspect du personnage principal. C’est purement subjectif et personnel. Il n’y a aucune raison pour qu’il ne te plaise pas. Et en plus, la couverture est un vrai bijou!

  3. Je rejoins ton avis sur le « désespoir mou » à la française. Olivier A. et moi ne filons pas non plus le parfait amour. Claire doit lire « A l’abri de rien » dans le cadre de son cours de Français, je me demande comment une ado de quinze ans va réagir face à l’héroïne à la dérive.

    1. @ Armande : je serais tentée de dire qu’il y a des auteurs contemporains plus intéressants qu’O.A à faire étudier aux élèves mais je vais encore me faire taper dessus par Clara qui ne veut pas qu’on touche à son chouchou. Alors je ne dis rien… Tu as Michou, elle a O et moi alors? 😉

  4. merci Gwenaëlle pour votre lecture de mon roman. Elle est critique, certes, mais ça ne me dérange pas, je comprends que vous ayez pu être agacée par mon héroïne adulte. C’est certain, dominique n’est pas très solide, elle est un peu perdue, mais c’est une femme forte aussi, lorsqu’elle se lance dans ces recherches, va jusqu’au bout, s’obstine à renaître.
    elle est un peu gourde, sûrement, je dois l’être aussi… je l’avoue!
    et puis « sensible, émouvant, bien écrit », ça me touche, bien sûr, dussé-je me prendre quelques baffes…
    encore merci, à bientôt
    angélique

    1. @ Angélique : merci de votre passage. Je crois qu’être écrivain, c’est aussi être capable « d’entendre » la critique et ne pas confondre l’œuvre avec soi-même… ce que vous faites admirablement! 😉 Seule la personnalité de Dominique adulte a provoqué en moi quelques grincements pour le reste, et vous l’avez sans doute vu dans les commentaires, je n’ai que du bien à dire de votre roman. Et vous avez raison de le souligner, la fin laisse apparaître une autre facette de Dominique, plus résolue et combative, apaisée et rassurée aussi. Bonne inspiration pour la suite…

    1. @ Livvy : comme quoi elle a bien fait de passer défendre son livre… C’est le risque des blogs : s’arrêter à l’avis forcément subjectif. Va voir le billet de Clara, tu auras sans doute envie de le lire vraiment cette fois!:-)

    1. @ Brize : un peu, ça va mais c’est quand même une tendance lourde dans la littérature française… Et là, ça a été la goutte d’eau mais ça n’enlève rien aux qualités du roman!

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