Le cœur régulier

D’Olivier Adam, je n’avais lu que « Des vents contraires ». Ma pensée, à la fin du livre, s’était résumée à un « bof » peu convaincu. Le billet de Clara sur le nouveau Adam m’a laissé penser que peut-être, cet auteur méritait une seconde chance. J’ai donc lu ce Cœur régulier …

… et maintenant je me dis qu’ Olivier Adam n’aura pas de troisième chance. Du moins pas chez moi. Résumons l’histoire. Sarah, la quarantaine, mariée, deux enfants, une vie confortable perd son frère adoré. Cette mort qu’elle imagine volontaire la laisse si désemparée qu’elle fuit. Elle part au Japon, dans une station balnéaire, près de falaises où viennent se suicider tous les dépressifs du pays. Elle suit les traces de son frère, venu là, lui aussi, quelques mois auparavant.

En fait, peu importe l’histoire. On peut bâtir de très bons romans sur des bases légères mais là, le défaut principal et rédhibitoire de ce roman réside dans ses personnages. De bout en bout, Sarah, Alain, Nathan et les autres sont restés théoriques. Et leur vie aussi. Tellement pressé de leur faire endosser leur rôle, incarner ses idées, Olivier Adam a oublié de leur donner de la consistance, de la chair. Le danger, dès lors, était d’aligner les clichés. Et Olivier Adam n’est pas avare dans ce domaine.

Résumons : les gens riches sont bourgeois, de doite et très cons. La vie en entreprise est forcément absurde ( à ce propos, méconnaissance totale du monde du travail ou simple erreur : Sarah se retrouve avec une supérieure hiérachique avant la naissance de ses enfants et quinze ans plus tard, c’est toujours la même… rien ne semble avoir bougé! Elle est toujours dans la même entreprise et sous les ordres de l’inflexible Astrid…) et les collègues absolument convertis à l’idéologie capitalistes et aveugles. Le frère rebelle est incompris et pourtant c’est lui qui a tout compris… Les gens sages sont mortellement ennuyeux. La vie ne vaut que par ses excès. Les Japonais sont mystérieux et accueillants. La nature est belle et poétique. E tutti quanti… Stop, n’en jetez plus…

Aucune surprise, rien qui tranche sur cette accumulation de lieux communs. De plus, la langueur poisseuse qui plane sur tout le roman finit par plomber le lecteur. Et l’on se dit, marre de tous ces quadras mal dans leur peau qui n’en finissent pas de geindre, qui se mettent à dérailler, qui attendent qu’une bonne âme leur mette la main sur l’épaule et qui ne voient le monde que par la lorgnette de leur égoïsme.

Ce qui m’a permis d’aller jusqu’au bout de ce collier invraisemblable d’idées toutes faites, de ce rendez-vous de dépressifs chroniques, c’est la prose d’Olivier Adam. Poète, il excelle à décrire les paysages du Japon, les temples, les jardins. On s’y croit vraiment mais malheureusement, cela ne suffit pas à faire un roman.

Un carnet de voyage dans lequel se seraient glissés par mégarde des ébauches de personnages, voilà à quoi ressemble ce Cœur régulier…

Extrait :

La maison m’avalait, ses teintes douces et mornes, sa lumière fade, sa décoration sans âme parce que Alain n’aimait pas la fantaisie, ses baies vitrées sans croisillons parce que Alain voulait de la lumière, ses meubles design parce que Alain n’aimait pas les vieilleries, ses pièces rangées parce que Alain ne supportait pas le désordre, son bourdonnement éléctrique parce que Alain raffolait des dernières nouveautés technonlogiques, son absence de livres parce que Alain ne voyait pas l’intérêt de les garder une fois lus, parce que nous ne lisions pas « faute de temps », son absence de disques parce que Alain n’aimait pas particulièrement la musique et s’en vantait presque, « j’aime un peu de tout, disait-il, j’écoute ce qui passe », tout ce raffinement, ce dépouillement froid m’étranglaient.

C’est lourd, non?

Le cœur régulier, Olivier Adam, Editions de l’Oliver, 18 €

Merci à Clara qui fait voyager ce livre.

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