L’évangile du billet vert

Ce troisième opus de Larry Beinhart, traduit en français, est la photo, prise sur le vif de l’Amérique blanche pro-Bush. Une Amérique chrétienne, bien-pensante, dont la croisade contre les « islamo-fascistes » n’est qu’un paravent destiné à masquer son appétit toujours plus grand pour l’argent.

Dans une petite ville du sud-ouest des Etats-Unis, Carl Vanderveer est un privé qui travaille souvent pour le compte de son ami Manny, avocat riche et renommé. Carl est un ex-flic. C’est aussi un ex-alcoolique repenti, qui a trouvé sa voie le jour où il a croisé celle de Paul Plowright, prêcheur charismatique à l’origine de la communauté de la Cathédrale du Troisième Millénaire. Jouant de ses contacts dans la police et de ses accointances dans la communauté religieuse, Carl est connu pour mener à bien les missions qu’on lui confie. Dans le système judiciaire américain, les avocats de la défense peuvent, en effet, rechercher preuves et témoins et ils font souvent appel, pour cela, à des détectives privés bien entraînés et disposant de moyens conséquents. Néanmoins, quand Manny demande à Carl de l’aider pour défendre un jeune américain d’origine iranienne, inculpé pour le meurtre d’un universitaire athée, celui-ci hésite. Il sait que ses recherches vont l’opposer à sa communauté évangélique et à sa femme… Pris entre deux feux, il se résout néanmoins à aider son vieil ami. C’est le début de réactions en chaîne qui vont amener Carl à voir son environnement d’un autre œil…

Dans ce livre, l’intrigue n’est pas le souci premier de l’auteur. Relativement simple, elle a même un petit goût de déjà-vu… Non, ce qui intéresse Larry Beinhart ici, c’est de nous montrer cette Amérique traumatisée par le 11 septembre, qui cherche des coupables, n’importe lesquels du moment qu’ils soient musulmans. Une Amérique qui a cessé de penser pour se réfugier derrière les enseignements de la Bible, pour se bercer d’illusions en écoutant la parole de prêcheurs fanatiques. Le tableau qu’il dresse de ces Américains blancs transformés en croisés, pour la « bonne cause » – c’est à dire la défense de leur pays, de leur famille et de leur travail -, est à la fois stupéfiant et inquiétant. Toute réflexion, toute pensée sont bannies. La seule solution : la guerre. Une guerre intransigeante, intraitable, en dehors même de toute légalité car Satan est partout et les voies de Dieu sont impénétrables. Mais derrière cette manipulation des esprits, on devine aussi en filigrane, la silhouette de ceux qui restent avides d’argent et de pouvoir. Car au-dessus de Dieu, il y a toujours le billet vert qui dicte sa loi… la seule qui compte.

Merci à Dialogues qui, par l’intermédiaire de son groupe de lecteurs, m’a permis de découvrir ce livre.

L’avis de Pierre

L’évangile du billet vert, Larry Beinhart, Gallimard Série Noire, 20€

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