Court, noir, sans sucre

Des avis lus ici et  m’avaient donné très envie de lire le recueil d’Emmanuelle Urien, Court, noir et sans sucre. Et je n’ai pas été déçue. Les nouvelles sont bien telles que les décrit le titre…

Ames sensibles s’abstenir! Car sans prendre de gants ni de pincettes, l’auteur décrit au scalpel les maux de notre société : maladie, esclavage domestique, folie meurtrière, solitude, pauvreté, anorexie, sénilité… Les histoires, brèves pour la plupart, font mouche. Et plusieurs frappent comme un direct du droit dans l’estomac du lecteur. Emmanuelle Urien n’a pas têté du Harlequin dans sa jeunesse… Elle est sans doute passée directement à la case Sade et Céline! Les bons sentiments n’ont pas cours dans ses histoires et même son écriture reste froide et distante, à la manière d’un légiste découpant méthodiquement un foie en tranches. Ce qu’elle décrit très justement, c’est une certaine sauvagerie à l’œuvre dans nos sociétés, moins spectaculaire qu’un attentat ou un massacre mais bien plus violente. Souterraine, pernicieuse, elle se love dans le couple tranquille et transforme le mari en monstre, elle niche dans la tête d’une mère dont le fils est condamné, elle envahit le corps de l’anorexique et la conduit à petits pas jusqu’à la mort …

Les tempêtes, jusque là, ce n’était pas son genre : Marie-Claire a toujours fait profil bas, elle a la patience d’une plante verte qui attend d’être arrosée, stigmatisant la négligence de son entourage en s’étiolant sans bruit dans le petit coin où elle a décidé de prendre racine. Elle dépérit sans faire de vagues, la discrétion est le prix à payer quand on vit aux dépens des autres. Le tarif doit lui convenir, elle ne s’est jamais plainte.

Ramassée, telle une bête prête bondir, chaque nouvelle prend le lecteur à la gorge et le laisse à la fin, déboussolé, avec juste l’envie de se laisser tomber au fond d’un vieux fauteuil, non sans s’être auparavant versé un fond de Knappogue qu’il boira lentement en écoutant du jazz. Beaucoup de jazz…

Court, noir, sans sucre, Emmanuelle Urien, Editions Quadrature, 15€

Un grand merci à Sylire!

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