Un temps fou

Un temps fou est d’abord et avant tout une histoire d’amour. La rencontre éternellement recommencée entre un homme et une femme. Maud et Vincent se sont déjà vus une première fois, six ans auparavant. Toute une longue soirée sur un canapé à partager des confidences. Et puis, un grand blanc. Elle n’a jamais pu oublier ce moment et quand, des années plus tard, il l’appelle pour lui proposer une collaboration, elle ne peut pas dire autre chose que « oui ». Oui aux retrouvailles, oui au travail commun, oui à l’amour, qui tel une évidence, surgit entre eux.

J’ai distingué deux parties dans ce livre. La première, que je qualifierais de montée en puissance de cet amour et la seconde qui illustre, comme sur un graphique, par un jeu d’allers et retours entre passé et présent, les creux qui suivent inévitablement l’apogée, symbolisée par l’acte charnel, la consommation de l’amour. L’attente et l’écriture énergique se conjuguent pendant les cent quarante premières pages pour faire croître l’intérêt du lecteur. De beaux passages où le froid de l’hiver se mêle à la chaleur des cœurs qui battent à l’unisson. Curieusement, la narratrice évoque sa mère mais moi, c’est la figure paternelle que j’ai surtout distinguée en filigrane de ce récit. Car c’est d’un amour inconditionnel que rêve Maud et quand elle évoque ce Vincent désiré, on a parfois l’impression d’un nourrisson découvrant dans le brouillard de sa vision la consistance et l’odeur du corps de son père.

Ce sont d’abord vos mains qui m’apparaissent, très près. Ce sont elles qui viennent en premier. Leur peau, leur chair. Elles sont ouvertes, paumes vers moi. Elles sont ouvertes et je les vois et j’ai envie de les tourner et retourner, de les amener à moi, de les embrasser. Puis votre bouche. Je vois votre bouche, vos lèvres. Vos lèvres encore loin de moi, vos lèvres qui m’attirent et contre lesquelles j’ai très envie de presser les miennes. Vos lèvres détachées du reste de votre visage. J’entends votre voix. Je l’entends de l’intérieur de moi, un long frémissement dans mon corps.

On devine chez Maud un vide immense, un manque, une attente insupportable qu’elle ne semble pas savoir combler autrement qu’en se jetant éperdument dans cet amour fou. Mais de l’amour rêvé à l’amour réel, il y a loin et Maud sera forcément déçue.

Il y avait eu deux hommes, celui à l’intérieur de moi, vision hallucinée que j’avais tant rêvée, que j’avais tant aimée et dont j’aurais voulu, à chaque instant, me persuader qu’elle existait vraiment et l’autre, le réel, le vivant, celui pour lequel j’avais été une femme à conquérir mais qui ne m’avait pas aimée…

Néanmoins, en dépit de la blessure infligée, Maud continue à voir de temps en temps Vincent et peu à peu, entre eux, c’est un autre sentiment qui s’épanouit. Une complicité amicale, une entente secrète et précieuse tissée des rêves, des peurs et du temps qui passe.

Il ne vous faudra pas un temps fou pour lire ce roman qui évoque très justement une certaine forme d’amour, un peu bancale, vouée à l’échec, mais qui ressemble parfois à un passage obligé pour mûrir. Comme si la femme ne pouvait être pleinement femme qu’une fois détachée de l’impératif amoureux. Une belle réflexion en forme d’histoire…

Un temps fou, Laurence Tardieu, Editions Stock, 17€

 

2 réflexions sur “ Un temps fou ”

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