Sous la tonnelle

L’histoire se déroule à Beyrouth en 2006. La narratrice y est venue pour les funérailles de sa grand-mère. Alors que la famille et les amis défilent pendant trois jours dans le salon, pour présenter leurs condoléances, elle se réfugie dans le boudoir et, tout en parcourant les lettres et les cahiers ayant appartenus à son aïeule, elle se remémore son enfance et les heures heureuses passées dans cette maison, entourée d’un jardin luxuriant. Sa grand-mère, femme d’exception, veuve très jeune, a vécu dans ce lieu malgré la guerre civile, s’accrochant à ses livres, ses plantes et ses chats, aimant sans compter amis, ennemis, famille, employés, inconnus… Libre et généreuse, elle a toujours représenté un modèle pour sa petite-fille éperdue d’amour et de fantaisie, qui alors, étouffait dans une famille bourgeoise un peu trop  conventionnelle. Mêlant souvenirs, réflexions, citations, extraits de lettres, la pensée de la narratrice s’égare dans une mémoire foisonnante, cherchant une réponse qui n’existe pas.

Très bien écrit, d’une grande justesse, le récit déroule d’abord cette complainte de la perte, dans les souvenirs d’un pays dévasté et divisé, d’où la beauté, pourtant, n’est pas absente. Et juste au moment où l’on pourrait se lasser de ce panégyrique, le récit bascule avec l’apparition d’un jeune inconnu. Son histoire, racontée sous la tonnelle où fleurit le jasmin, révèle alors une femme plus complexe et mystérieuse qu’elle n’apparaissait dans les yeux de sa petite-fille. Il y est aussi question d’un prisme très ancien, symbole de toutes ces facettes qu’on porte en soi et qu’on utilise, ou non, au gré des évènements, des rencontres, de la vie. Des facettes que les autres, souvent, n’imaginent pas…

A la croisée des chemins entre destins particuliers et déchirements de l’histoire, ce deuxième roman, dense et riche, d’Hyam Yared dresse un très beau portrait de femme.

Il t’offrit la maison de tes rêves. Avec du vert et des couleurs à profusion. Des grimpants. Bougainvilliers. Jasmins. Hortensias. Gardénias. Ton jardin embaumait plusieurs rues avoisinantes. Tu aurais pu vivre sans pierre. Jamais sans le vert. « Un arbre vous prolonge, disais-tu. Vous étend à l’infini. » C’est ce que tu voulais pour toi. Pour les autres. Pour toute personne qui traversait la grille de ton jardin.

Sous la tonnelle, Hyam Yared, Sabine Wespeiser Editeur, 21€

 

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