8 mars : Journée de la Femme. Je ne l’ai pas fait exprès mais ce jour, c’est une femme qui est à l’honneur sur mon blog!
Comme je vous l’annonçais, Angélique Villeneuve a accepté de se prêter à un petit jeu. Plutôt que de lui poser des questions qui risquaient de devenir vite “bateau”, j’ai préféré lui envoyer une liste de dix mots sur lesquels elle s’est exprimée en toute liberté.
Pour ceux et celles qui ne la connaîtraient pas encore, voici quelques repères : elle est née en 1965 à Paris, a voyagé en Suède et en Inde et est l’auteure de plusieurs livres dont Grand Paradis et Un territoire, chroniqués sur ce blog (et ailleurs!). Elle sera au Salon du livre de Paris, le 18 mars, sur le stand des éditions Phébus, de 15h30 à 18h00. Si vous passez par là, allez échanger quelques mots avec elle, elle est très sympa et avoue même – vous le verrez dans ses réponses – être bavarde! Elle m’a promis aussi de répondre aux questions que vous laisserez en commentaire, alors n’hésitez pas!
Enfance
J’ai été une petite fille plutôt sauvage, du genre qui passe sa vie perchée en haut des arbres ou à quatre pattes en train d’attraper des sauterelles. Je me souviens m’être levée à cinq heures du matin, un été, pour aller voir où les mouches pouvaient bien s’installer pour dormir…
Brune et maigrichonne, je devais avoir l’allure de Mowgli. Dans Grand Paradis, le trait est forcé mais l’héroïne enfant me ressemble, c’est vrai, fureteuse et solitaire parmi les herbes (il me semble que par la suite, j’ai mieux tourné que Dominique…).
Et depuis toute petite, je lis, j’écris.
L’enfance, les fêlures de l’enfance et la façon dont ces fêlures nous construisent et nous enrichissent sont, je crois, à la base de mon écriture aujourd’hui.
Rituels
Je réfléchis, mais je n’en ai pas tant que ça ! Est-ce que tenir à avoir une lampe toujours allumée sur son bureau, même en plein soleil, peut être considéré comme un rituel ?
J’écris directement sur mon ordinateur, même si j’ai pas mal de carnets sur lesquels je travaille, par vagues, au début de chaque livre, dans un café près de chez moi ou à la bibliothèque si j’ai besoin de documentation.
Ah, si, allez. Lorsque je fais des recherches sur un sujet (les femmes de la Salpêtrière pour Grand Paradis, le vécu de la surdité pour Un territoire, par exemple), je ne peux me résoudre à faire des photocopies des documents que je découvre. Il me faut recopier à la main les mots qui m’intéressent, même si ça prend des heures, des semaines.
J’aime aussi m’appuyer sur des photos. Pour Un territoire, j’ai trouvé aux Puces un cliché des années 70, représentant le sosie de Marylin fumant une cigarette dans une cuisine modeste : le personnage de la Sœur était né.
Secret
C’est vrai, il y a souvent des secrets dans mes livres. Secrets de famille, personnes et pensées secrètes… Le secret ne m’intéresse peut-être pas tant pour lui-même que pour les traces qu’il peut laisser.
Poésie
Je dois avouer que je n’en lis plus très souvent.
J’ai malgré tout la faiblesse de croire qu’elle est présente dans ce que j’écris. En tout cas la rythmique poétique. La scansion du texte, la musique des mots s’accordant les uns aux autres sont essentiels. Je cherche et cherche encore le souffle de la phrase, ce que dans sa chair elle dit du mouvement qu’elle exprime, du ressenti.
Et la poésie est partout, j’aime la saisir dans les herbes et les prairies, bien sûr, mais aussi la traquer dans les plis de la vie domestique, dans des choses plus triviales. Dans ce qu’on ne voit pas, ce à quoi on n’accorde plus d’importance, ce qu’on oublie.
J’ai vécu deux années en Inde récemment, je viens de finir un récit sur mon expérience là-bas. L’Inde m’a appris plus que jamais à voir la poésie du petit rien.
Nuit
Je ne suis pas une fille de la nuit. Je me couche tôt, me lève tôt et caquette au réveil. Si je pondais plus souvent des œufs, il est fort probable qu’on me confondrait avec une poule.
Gourmandise
Ah, la gourmandise est drôlement importante ! J’aime beaucoup faire la cuisine et il n’y a pas meilleur endroit au monde qu’un marché. Dans n’importe quelle ville que je ne connais pas, ce sont les marchés que je cherche en premier et où je traîne insidieusement mon mari en lui faisant croire qu’on va visiter un musée.
J’ai écrit l’année dernière un tout petit livre qui s’appelle La feuille de figuier, dix façons de la préparer, sorti en juin 2011 aux éditions de l’Epure. Tout ce qui me plaît est là : la sensualité des parfums, la sève, l’évocation de l’été… Le sucre de figuier, franchement, c’est à tomber par terre. Et puis mon éditrice m’a laissé l’écrire comme je voulais, avec la poésie et l’humour idiot que j’aime.
Mer
Comme pas mal de gens, je rêve d’une maison avec vue sur la mer, un escalier qui dégringole dans les rochers et, un peu plus loin, des oursins à aller pêcher. Le seul problème, c’est que, si j’avais une maison pareille, je ne ferais vraisemblablement rien d’autre que de me trouver en extase. Je suis contemplative. J’aime regarder les paysages, les gens aussi, j’aime les voir et les écouter, les mouvements de leur corps, ceux de leurs mots quand ceux-ci leur échappent.
Dans Un territoire, mon héroïne n’a jamais vu la mer et en rêve d’une façon confuse, absolument physique.
Elle cherche la texture de l’eau à l’endroit où celle-ci vient frotter l’horizon.
Le parfum qui flotte en surface.
Peut-être est-il celui des algues, qu’elle renifle le samedi chez le poissonnier, au marché. Celui du râpeux des coquillages, du sel, des articulations mouillées des crabes qu’il ne faut pas toucher. Quelle couleur, quelle température et surtout quelle puissance peut bien avoir un courant d’une telle ampleur, quand il vient dans les jambes.
Lorsqu’elle coud, elle sent une vague enfler, se saisir de ses doigts, déferler jusqu’à son poignet. Son lit d’ici est un torrent arrêté alors qu’un peu plus loin, elle le sent, existe une eau plus vaste, un vent immense. Elle voudrait enfouir son ventre dans l’élan de la mer.
Musique
Mes goûts musicaux, je m’en aperçois, évoluent peu ! Comme à vingt ans, j’aime Barbara et Tom Waits. Et puis aussi, bien sûr, j’écoute des idioties et des merveilles avec mes trois enfants, qui sont grands et connaissent cent fois plus de trucs que moi.
Quand j’écris, il m’arrive de passer en boucle, à peu près un million de fois, le même morceau qui peu à peu se dilue et finit par faire partie du geste de l’écriture. Généralement, à ce moment-là mes enfants, dont les chambres sont voisines de mon bureau, deviennent zinzins.
Féminité
Dans mon cas, elle a été un peu longue à venir. J’étais garçon manqué, je l’ai dit. À seize ans, j’en faisais douze et ne le vivais pas très bien (j’aimerais d’ailleurs qu’on m’explique pourquoi, maintenant que ce décalage m’arrangerait, il n’est plus tout à fait là !).
Une fois sortie de l’adolescence, il me semble que tout rentra dans l’ordre. Aujourd’hui j’aime la mode, me maquiller et les talons…
Ecrire sur le corps des femmes, la douceur et la violence, voilà qui me transporte à présent.
Influence
Quel bonheur d’admirer ! Quelle chance d’être portée par les auteurs plus grands que soi, d’être ainsi tirée vers le haut…
J’aime Faulkner et aussi les merveilleux écrivains femmes qui font un travail sur la langue, comme Annie Ernaux, Marie-Hélène Lafon ou Emmanuelle Pagano.
Dans un autre genre, je lis et relis sans cesse les délicieux romans démodés de l’anglaise Barbara Pym.
J’essaie, de mon côté, à ma modeste mesure, de trouver mon chemin, mon souffle personnel. Il y a encore du travail…




















